L’état catastrophique des finances du Vatican a été un sujet du Conclave au printemps, tout comme le dérapage du déficit structurel ces dernières années. Cependant, un rapport financier publié courant novembre indique que le déficit structurel a été diminué de moitié, et en 2024 le Vatican a dégagé un (petit) excédent grâce à une forte augmentation des dons. Ledit rapport, qui n’aborde pas le déficit du système de retraites estimé entre 350 millions et… 1 milliard d’euros, a été accueilli avec scepticisme par les employés du Vatican, échaudés par des années de coupes budgétaires, de scandales financiers et de déficits qui augmentent.
« Le Saint-Siège a généré un revenu de plus de 1,23 milliard d’euros en 2024, contre 1,152 milliard d’euros en 2023. Ce revirement a permis au Saint-Siège de passer d’un déficit total de 51,2 millions d’euros en 2023 à un excédent de 1,6 million d’euros en 2024. Le Saint-Siège a reçu 20 millions d’euros de plus en dons l’année dernière qu’en 2023, selon le rapport budgétaire. Le rapport indique que les résultats montrent que le Vatican est parvenu à réduire de 50 % son déficit structurel — l’écart entre les recettes et les dépenses ordinaires – ce montant s’élevait encore à 44 millions d’euros en 2024″, ce qui signifie que le déficit structurel dépassait 80 millions d’euros en 2023.
Néanmoins les principaux postes budgétaires continuent de croître : « les frais administratifs et généraux, s’élevant à 187,7 millions d’euros, ont constitué la plus importante dépense financière du Saint-Siège en 2024, tandis que 175,4 millions d’euros supplémentaires ont été consacrés aux salaires du personnel du Vatican. Ces deux postes de coûts ont augmenté de 6 % en 2024« , à cause de l’inflation.
Le Saint-Siège a supervisé les dépenses de plus de 393 millions d’euros pour les initiatives de sensibilisation de la « Mission apostolique et des fonds papaux » afin de maintenir et de communiquer le message religieux de l’Eglise catholique romaine : il s’agit de dépenses très diversifiées : « le poste principal, qui représente 37 % du total (146,40 millions d’euros), est consacré au soutien des Églises locales en difficulté et dans des contextes spécifiques d’évangélisation. Les autres domaines de dépenses les plus importants sont le culte et l’évangélisation (14%), la communication du message (12%), la présence dans le monde par le biais des nonciatures apostoliques (10%) et le service de charité (10%). Les 17 % restants couvrent d’autres activités telles que l’organisation de la vie ecclésiale, les biens historiques et les institutions académiques« .
Par ailleurs, selon ce rapport budgétaire, la valeur des actifs détenus par le Vatican en 2024 s’élevait à 6,32 milliards d’euros, soit une augmentation de 67,4 millions d’euros par rapport à l’année précédente. Lesdits actifs – ainsi que ceux qui ont été cédés pour équilibrer le budget – n’ont pas été détaillés.
Prudence du Vatican et critiques des employés laïcs
Néanmoins et le Vatican, et des analyses externes convergent vers une certaine prudence, puisque l’amélioration est liée aux dons, à certaines ventes d’actifs et que le déficit structurel reste notable : « le Secrétariat à l’Économie a souligné la nécessité de faire preuve de prudence dans l’interprétation de ce chiffre, car cette amélioration est principalement due à une augmentation des dons et à un impact comptable ponctuel des investissements, lié à la vente d’investissements de longue date ».
L’association des employés laïcs du Vatican s’est félicitée de l’excédent comptable, mais demandé que les comptes de la Curie soient plus clairs; ils souhaitent « que l’obligation de publier le budget consolidé et les comptes définitifs, avec le détail des postes et les documents explicatifs et de certification y afférents, soit dûment respectée, plutôt que d’avoir à se contenter de diapositives qui, bien qu’attrayantes visuellement, ne sauraient être considérées comme exhaustives pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet. » Ils ont aussi pointé les hausses de salaires pour les cadres, alors que les employés dont les salaires ont été diminués de 3 à 8% ces dernières années, n’ont pas été augmentés.
Et surtout, ils constatent que le déficit structurel n’est en rien résolu : » il a été clairement indiqué que ce résultat est dû à des dons et à une amélioration des performances financières grâce à des tendances de marché favorables ces deux dernières années. Cela tient davantage à des facteurs exceptionnels qu’aux décisions du nouveau Comité d’investissement ou, plus généralement, aux politiques de la SPE ou du Conseil économique, ce dernier semblant avoir un rôle plus administratif que décisionnel. Le bilan est positif, mais pas grâce à une stabilité opérationnelle totale. Le problème structurel n’est pas résolu. »
Augmentation du bénéfice net de l’APSA
Il est possible qu’une partie de la performance budgétaire du Vatican soit liée aux performances de l’APSA (administration du patrimoine du Siège apostolique) qui a présenté un des meilleurs bilans des dernières années, avec un bénéfice net de 62,2 millions d’euros – soit 16 millions d’euros de plus qu’en 2023 – et une contribution à hauteur de 46,1 millions d’euros au déficit du Saint-Siège, soit 8 millions d’euros de plus qu’en 2023. Il s’agit en l’occurrence d’une part fixe de 30 millions d’euros et d’une part variable équivalant à la moitié du bénéfice net.
L’APSA explique avoir mieux valorisé ses biens, en les louant (enfin) aux prix du marché : « nous remplissons notre mission : nous contribuons largement au financement de la Curie. Il ne s’agit pas simplement de louer des biens vacants. Nous avons restructuré la gestion immobilière, permettant ainsi des locations aux prix du marché, ce qui génère des ressources supplémentaires« .
Dans le détail, « la gestion immobilière, qui représente une part essentielle du patrimoine du Saint-Siège, a généré des revenus stables de 35,1 millions d’euros (40,7 millions de dollars). Ce résultat s’explique par un effet conjugué : une hausse des revenus locatifs (+3,2 millions d’euros [3,7 millions de dollars] en Italie et +0,8 million d’euros [0,92 million de dollars] à l’étranger) » et une diminution des dépenses. Elle gère « 4 234 logements en Italie, dont 2 866 lui appartiennent. Elle possède également des actifs à l’étranger par le biais de sociétés affiliées en Angleterre, en France, en Suisse et en Italie« .
L’IOR en bénéfice net de 32.8 millions d’euros en 2024
Selon un communiqué de presse de juin 2025, l’IOR connait lui aussi une hausse de ses bénéfices en 2024, de près de 7% :
– Bénéfice net de 32,8 millions d’euros , en hausse de 7 % par rapport à 2023.
– +5,8 % de marge d’intérêt, +13,2 % de marge de commission, +3,6 % de revenus nets d’intérêts et autres revenus bancaires par rapport à 2023.
– +16,1 % par rapport à 2023 pour le ratio Tier 1 , à 69,43 % , en raison d’une diminution générale des risques et d’une augmentation des fonds propres.
– 5,7 milliards d’euros de financements totaux (dépôts, comptes courants, gestion d’actifs et titres en dépôt) gérés par la Banque, contre 5,4 milliards d’euros en 2023.
– 731,9 millions d’euros de capitaux propres, soit une augmentation de 64,3 millions d’euros par rapport à 2023.
La croissance du bénéfice net a été réalisée grâce à la contribution positive des produits nets d’intérêts, de la marge de commission et des produits nets d’intérêts et autres produits bancaires, ainsi qu’à une maîtrise rigoureuse des coûts.
[…] Au vu de la solidité des données financières du rapport annuel 2024 et compte tenu des besoins de capitalisation de l’Institut, la Commission des cardinaux a décidé de distribuer un dividende de 13,8 millions d’euros au Saint-Père, conformément à la mission de l’Institut de soutenir les œuvres religieuses et caritatives« .
