Le 1er février, un collectif national de victimes d’abus dans les établissements des Frères des écoles chrétiennes (lassaliens) a annoncé sa création, regroupant des victimes et témoins d’établissements à travers la France, de la région parisienne à la Bretagne en passant par Bordeaux, Lyon ou encore Rouen.
« Coups, punitions corporelles avec immobilisation du corps pendant des heures, humiliations », décrit Philippe, co-fondateur du collectif, au micro de France Inter. « On met les gens dans les poubelles, on les accroche à des porte-manteaux », poursuit-il. « Il y avait aussi des actes sexuels sur des enfants de 8 à 15 ans », ajoute-t-il.
Le collectif, qui dénonce de nombreuses situation d’abus dans les colonnes de la presse nationale et régionale, demande « un appel à témoignage pour libérer la parole des victimes » et de créer « un fonds de réparation de 100 millions d’euros, à la hauteur du préjudice réel (vies professionnelles entravées, soins à vie, préjudices affectifs et relationnels) et du nombre de victimes ».
L’attitude des Lassaliens mise en cause
Le collectif dénonce l’attitude de la congrégation, qui « se limite à une posture de compassion protocolaire et d’indemnisation dérisoire, quand ce n’est pas un mutisme complet ». Ce que confirme une des victimes du frère Roudaut, au Likes à Quimper – établissement où l’actuel frère visiteur (responsable) de la congrégation en France a enseigné, puis dirigé – qui témoigne dans Ouest-France en mars 2025 n’avoir aucune nouvelle de la congrégation, trois ans et demi après avoir témoigné dans les colonnes de la presse locale à ce sujet.
Des victimes dénoncent aussi des tentatives d’imposer des clauses de confidentialité, des archives qui ont été caviardées (en ligne notamment) ou ont disparu – c’est ce qui a été opposé à une victime de Saint-Nicolas d’Issy notamment – et une cellule d’écoute qui « note tout, surtout les noms des frères impliqués, et ne rappelle ensuite jamais« .
Contacter le collectif national des victimes des lassaliens :
70 victimes indemnisées par les Lassaliens pour un total de 2.4 millions d’euros pour des faits des années 1950 à 1980
Par communiqué signé par l’avocat Matthias Pujos – qui est aussi celui des MEP (missions étrangères de Paris), autre congrégation engluée dans plusieurs scandales d’abus, les lassaliens affirment que « depuis 2022, [la congrégation] a « directement effectué trois signalements en justice, dont le dernier date du 15 décembre 2025, auprès des procureurs de la République de Besançon, Évry-Courcouronnes et Reims ».
Par ailleurs pour des faits d’abus « commis des années 1950 à 1980 », « 72 saisines de la cellule d’écoute de la Congrégation ont été enregistrées, 70 ont d’ores et déjà conduit à la signature d’un protocole reconnaissant le caractère vraisemblable des accusations portées contre un membre de la Congrégation », conduisant au versement « d’une indemnité financière, pour un montant total de 2 434 882 euros ». Soit de l’ordre de 34.000 euros par victime – « si les lassaliens appliquent les barèmes de l’INIRR et de la CRR, il s’agit de faits graves », relève une personne habituée à accompagner des victimes d’abus.
Deux affaires d’abus dans des établissements lassaliens jugées en 2026
Toutefois, contrairement à d’autres congrégations et diocèses, qui ont connaissance d’abus plutôt anciens (années 1950 à 1980 habituellement) les lassaliens ne peuvent pas affirmer que la problématique des abus est derrière eux. Deux affaires d’abus dans deux établissements lassaliens vont en effet être jugées en 2026 :
- A Saint-Genes la Salle (Bordeaux) le professeur laïc Gilles Delignac est renvoyé devant la cour criminelle pour 36 victimes de viols, agression sexuelle et voyeurisme. L’enquête de la presse locale a démontré qu’il avait fait l’objet d’un signalement en 2011-12, « géré en interne » par la DDEC de Bordeaux – rien n’avait été fait. La presse locale a aussi trouvé plusieurs autres auteurs d’abus dans l’établissement, dont un -un ex-prêtre devenu laïc – jugé en 2002 (9 victimes), un laïc présent des années 1980 à 2002 éloigné sans faire de vagues (4 victimes), etc. D’anciens élèves dénoncent d’autres auteurs d’abus; un ancien frère directeur, passé par plusieurs établissements en France et en Belgique, y a aussi commis des abus sur des élèves au début des années 1980.
- Au collège Saint-Jean Baptiste de la Salle de Reims un professeur d’électrotechnique a été condamné le 20 janvier dernier pour corruption de mineurs, agression sexuelle et détention de 300 images pédopornographiques; en 2019-22 il envoyait des messages déplacés à des élèves adolescentes scolarisées dans le collège, et s’était même fait passer pour une femme afin d’avoir des confidences et des photos. Il a été condamné à 30 mois de prison avec sursis, obligation de travail et de soins, et interdit définitivement d’exercer toute activité en contact avec des mineurs.


