La création le 1er février dernier du collectif national des victimes des lassaliens impose de faire un point sur les affaires d’abus déjà connues au sein des établissements lassaliens, et celles qui ont été signalées depuis – la libération de la parole d’anciens élèves a déjà commencé sur les réseaux sociaux, notamment en marge d’une publication de France Bleu Breizh Izel en Bretagne. A ce jour, des abus sexuels et/ou des violences sont signalés dans plus de 20 établissements en France, deux en Belgique, un en Suisse et plusieurs autres au Canada – où une action collective de plus de 200 victimes est en cours et où la congrégation s’est déjà engagée à indemniser toutes les victimes qui se présenteront d’ici l’homologation de l’action collective par la justice.
En France, des abus sont recensés dans les établissements suivants :
- Bordeaux St genes (au moins 5 auteurs dont 3 laïcs, notamment Gilles Delignac renvoyé devant la cour criminelle de Gironde en 2026 pour 36 victimes de viols, agressions sexuelles et voyeurisme)
- Bordeaux Saint-Genes Talence (frère Jean Clément, condamné à dix ans de prison ferme en 2002)
- st Vincent de Bagnères dans les Hautes-Pyrénées (frère Jean Clément)
- Mauléon Licharre en Pyrénées Atlantiques (frère Jean Clément)
- Quimper collège Ste Marie Likes dans le Finistère (frère Lucien Roudaut, 13 victimes connues, décédé en 2020); des témoignages sur les réseaux sociaux en marge d’une publication de France Bleu Breizh Izel font aussi état d’un professeur de musique arrêté en train de jouer de l’orgue dans une église nu en 1986
- Quimper école St Corentin la salle (violences, voyeurisme de la part du frère directeur Henri MAZO, frère Dominique Yves, de 1983 à 1991 – des témoignages sur les réseaux sociaux en marge d’une publication de France Bleu Breizh Izel font état de violences sur des élèves, mais aussi qu’il « essuyait les filles après le kayak jusqu’à ce qu’une mère de famille vienne faire un scandale dans sa classe« )
- collège St Jean Baptiste de la salle de Rouen (4 auteurs d’abus dans les années 60 ainsi que des viols entre elèves et 1 surveillant en 1992, Lionel Sanchez, ultérieurement jugé pour viols à France Bleu – il avait fait aussi une victime dans l’établissement lors de séances de « soutien scolaire« )
- deux des quatre établissements des lassaliens en Lozère, dont le collège de Langogne
- st Nicolas d’Igny en Essonne (deux affaires, un surveillant de dortoir en 1953-56 cité dans l’autobiographie de Pierre Tourlier; un autre jugé en 2011 pour agression sexuelle sur 2 élèves en 1995, encore 2 victimes se sont fait connaître à l’époque)
- st Nicolas d’Issy dans les Hauts-de-Seine (un surveillant laïc violent auteur d’abus en 1971, témoignage d’une victime en 2014, mention d’une autre victime et d’un surveillant qui admet « maintes affaires d’abus » dans l’établissement, mais les archives transférées à Lyon auraient disparu).
- Loquidy à Nantes en Loire-Atlantique (surveillant de dortoir)
- collège St Félix Nantes en Loire-Atlantique (à ne pas confondre avec l’école primaire St Félix où des abus ont été commis dans les années 1980 et jusqu’en 1995 par un directeur laïc, mais après le passage de la tutelle au diocèse de Nantes en 1978)
- St Jean Baptiste de la salle à Guérande en Loire-Atlantique (1 victime s’est adressée au diocèse de Nantes)
- St Augustin à St Germain En Laye dans les Yvelines (n’est plus sous tutelle lassalienne à partir du milieu des années 1980)
- Passy Buzenval à Rueil-Malmaison dans les Hauts-de-Seine (frère directeur Francis Frezel – plusieurs victimes auraient été indemnisées par la CRR)
- Francs Bourgeois Paris (frère directeur Francis Frezel)
- Passy Brétigny en Essonne, établissement ouvert en 1948 et fermé en 1964 (frère directeur Francis Frezel)
- école Nazareth de Boulogne sur Mer dans le Pas-de-Calais, de 1974 à 1980 (violences)
- institut st Charles à Chauny dans l’Aisne (faits de 1955 à 1965, n’est plus sous tutelle lassalienne depuis le début des années 1970 et a été agrégé à deux autres établissements au sein de la direction diocésaine de l’enseignent de l’Aisne, dont une ex-école de jeunes filles gérée par des Dominicaines où des élèves ont été maltraitées)
- Grenoble collège La salle l’aigle (violences – un ancien élève a témoigné dans la presse locale en mars 2025)
- école La salle Pibrac 31 (violences)
- Reims collège Saint-Jean Baptiste de la Salle (un enseignant laïc d’électrotechnique condamné en janvier 2026 pour corruption de mineurs, agression sexuelle et détention de 300 fichiers pédopornographiques entre 2019 et mai 2022 à 30 mois de prison avec sursis, obligation de soins et de travail. Il est interdit définitivement d’exercer toute activité en lien avec des mineurs).
D’autres faits survenus dans des établissements de Haute-Garonne, Gers ou encore de la Manche ont aussi été signalés depuis la création du collectif.
- collège de l’Union Estaimpuis BELGIQUE (fermé 1984) – frère Philippe (psychologue) 1971/72, frère Jean Marie DEVIENNE qui couchait avec ses favoris au dortoir, le frère Gérard directeur et chef de chœur (1956-84) décédé en 2020, a couvert les abus. Ceux-ci ont été abordés dans son livre Starmustang par un des frères Sirkis et par la presse belge dans les années 2000
- Passy Froyennes
En Suisse :
- A l’institut la Salle de Neuchâtel, dont l’internat ferme après une grave crise et une baisse des inscriptions en 2001. Le 16 février 2008 un article d’Arc Infos publie le témoignage d’une victime au sujet d’un frère qui y enseignait en 1986. Un autre frère décédé avait été dénoncé au procureur en 2003.
Canada : plus de 200 victimes dans une action collective contre les lassaliens
Au Canada, actuellement, une action collective réunit déjà plus de 200 anciens élèves des frères des écoles chrétiennes : « Les victimes sont principalement des garçons qui avaient, en moyenne, 13 ans [au moment des agressions]
, a ajouté Me Arsenault, précisant que l’action inclut toutes les victimes des Frères des Écoles chrétiennes du Canada francophone du 1er janvier 1940 jusqu’à aujourd’hui. Alain Arsenault, du cabinet Arsenault Dufresne Wee Avocats, a précisé que les indemnités monétaires seront de 50 000 $ à 270 000 $« .
Il s’agit d’un cabinet qui a accompagné d’autres actions collectives de victimes contre divers congrégations et diocèses du Canada. Fait inhabituel, il n’y a pas de montant maximum alloué à l’indemnisation : « Habituellement, il y a toujours un maximum. Si le nombre de victimes est trop élevé, les indemnités baissent. Là, il n’y a pas de limite. Les Frères se sont engagés à indemniser toutes les victimes« .
Des auteurs d’abus mutés au lieu d’être sanctionnés et des archives détruites
Il est ressorti de l’instruction que les Lassaliens mutaient les religieux auteurs d’abus plutôt que de les sanctionner – ce qui s’est aussi produit en France avec le frère Jean Clément ou le frère directeur Francis Frezel. Le Devoir cite, en septembre 2024, une trentaine de témoignages de victimes à ce sujet. Notamment celui d’un élève en 1986-87 à « pensionnaire à l’école secondaire Saint-Joseph à Pointe-du-Lac, a été agressé à plusieurs reprises en 1986 et en 1987 par le frère Ghislain Frigon, qui sera plus tard condamné pour ces gestes. Le garçon avait averti le directeur de l’école des agressions. Celui-ci aurait tenté de convaincre les parents de la victime qu’il était préférable que le frère Frigon demeure à l’école pour éviter le « scandale ». Face aux pressions des parents, le frère sera [finalement] transféré.
Les témoignages répertoriés dans la demande introductive d’instance sont ceux qui établiraient que la direction de la congrégation était au courant, indique au Devoir Me Alain Arsenault. « On a gardé les témoignages de gens qui ont été agressés par un supérieur ou dont les parents sont allés voir le frère directeur ou encore dont l’agresseur a été changé de place. » Les avocats reprochent aux Frères de l’instruction chrétienne de ne pas avoir protégé les enfants qui étaient sous leur responsabilité, de ne pas avoir agi pour que les agressions cessent et d’avoir détruit des documents d’archives compromettants« .
