Un enseignant en CM1 à Saint-Genes la Salle, arrêté en juin 2023 pour faits de voyeurisme et agressions sexuelles lors d’une classe de mer à Andernos, va être jugé pour 17 viols et des agressions sexuelles sur 36 élèves de l’établissement lassalien. Peu après l’arrestation de ce professeur, le directeur de l’établissement Pascal Desmet s’est jeté sous le train d’Arcachon à la Teste. Il est avéré qu’il avait mis en cause ce professeur – Gilles Delignac – en 2011, mais le signalement avait été « géré en interne » et rien n’avait été fait – ce que confirme Sud Ouest dans un article. Par ailleurs, ce n’est pas la première affaire dans cet établissement du réseau lassalien, congrégation enseignante au coeur de nombreuses autres affaires d’abus dans ses établissements.
Comme l’indique Sud-Ouest, « agé de 54 ans, cet ancien maître de CM1 à Saint-Genès-La Salle – l’un des établissements les plus réputés de l’agglomération bordelaise –, actuellement en détention provisoire, est accusé de viol sur 17 de ses élèves, entre 2008 et 2012, et d’agression sexuelle sur six autres, entre 2017 et 2023. Lui sont également reprochés des actes de voyeurisme et d’atteinte à l’intimité sur d’autres enfants.
Confiée à la sûreté départementale, l’enquête a identifié 36 victimes présumées, des fillettes de 10 et 11 ans au moment des faits, et n’exclut pas qu’il y en ait eu d’autres, qui n’ont pu être retrouvées. Avec ce nombre, il s’agit de l’un des plus importants dossiers de ce type mettant en cause un enseignant. S’il a, à ce stade, reconnu une partie des accusations, Gilles Delignac reste présumé innocent. Il a toujours contesté les viols, qui lui font encourir vingt ans de réclusion criminelle. Sollicité, son avocat n’a pas souhaité s’exprimer ».
Des premiers signalements au sujet de ce professeur étouffés en 2011-12 ?
Nous écrivions quelques jours après le suicide du chef d’établissement, « des signalements auraient notamment été faits par feu le chef d’établissement en 2011 et en 2012, mais auraient été « gérés en interne » par la DDEC« .
Une plainte pour non-dénonciation de crime a été déposée par Me Matthias Darmon de Paris, à ce sujet : « Pour les plaignants, l’information judiciaire révèle « un climat de silence préoccupant autour des agissements de Gilles Delignac, alors que certains faits auraient dû alerter et conduire à des mesures fermes et immédiates » En mars 2011, une mère d’élève s’était émue d’apprendre que Gilles Delignac faisait venir des fillettes dans sa classe, portes fermées, pendant les pauses de midi, et leur bandait les yeux pour des séances de « jeu du goût ». La lettre de cette mère à la direction n’a pas été retrouvée. Mais dans les archives du diocèse de Bordeaux, les enquêteurs ont trouvé une trace de ce signalement ».
En revanche comme l’explique Sud-Ouest, une lettre du chef d’établissement Pascal Desmet, alors directeur de l’école primaire, et du directeur coordinateur de l’établissement Marc Segarra, avait été adressée à Gilles Delignac et retrouvée dans les archives : « vous avez reconnu les propos de la maman tout en nous précisant que le »jeu » était le préalable de la découverte d’une nouvelle notion d’impératif présent. Compte tenu de la zone obscure qui entoure cette façon de procéder, nous vous avons clairement énoncé ce dont vous n’aviez pas conscience : la gravité de cette pratique et les conséquences possibles de tels agissements, qui sont par ailleurs interdits« .
Une enseignante avait aussi attesté du fait que Pascal Desmet l’avait « bien informée de cette procédure, mais considérant l’affaire classée, lui avait demandé de ne plus évoquer le sujet ». Une autre a affirmé « que l’affaire lui avait été présentée comme une maladresse de Gilles Delignac« . A l’époque les parents avaient aussi signalé qu’il envoyait les garçons se changer avant le cours de sport dans le vestiaire, tandis que « les filles se changeaient dans la classe en sa présence ».
Cependant à l’époque, les enfants et les parents n’auraient pas été interrogés. Dans les colonnes de Sud-Ouest, Marc Ségarra, devenu depuis délégué de tutelle des Frères des écoles chrétiennes (lassaliens) pour la région parisienne, nommément visé par la plainte, affirme ne rien savoir des suites de la procédure de 2011. Quant à la congrégation, elle a renvoyé le journal vers la direction de l’enseignement diocésain.
D’autres affaires à Saint-Genes au début des années 2000 et dans les années 1980 ?
L’affaire Delignac n’est pas la première dans l’établissement navire amiral de l’enseignement catholique bordelais, et un des plus grands du réseau lassalien. Selon nos informations, au début des années 2000, un professeur laïc de technologie a abusé de deux enfants avant d’être licencié en toute discrétion. Il n’exerce plus dans l’enseignement à ce jour.
L’établissement a aussi été dirigé au début des années 1980 par le frère directeur Agilbert Marie, Francis Frezel de son nom civil. Ce dernier, né en 1915 et décédé en 1984, est mis en cause par plusieurs victimes au cours de son passage dans plusieurs établissements du réseau lassalien. Certaines ont été indemnisées par la CRR. Francis Frezel, décoré de l’ordre national du Mérite par Valéry Giscard d’Estaing en 1979, a été successivement :
- directeur de Passy-Brétigny en 1949-1953 (établissement aujourd’hui fermé)
- a Passy-Froyennes en Belgique en 1958-1960
- directeur de Passy-Buzenval en 1960-70 – au moins quatre victimes se sont faites connaitre
- directeur aux Francs Bourgeois à Paris dans les années 1970, une victime l’accuse d’attouchements en 1974
- directeur de Bordeaux saint Genes en 1980-82 où il a commis des attouchements sur au moins un élève sous couvert de « leçons de yoga » dans son bureau
Il est aussi connu pour avoir été cofondateur avec d’autres frères lassaliens de l’association Gabriel Drolin pour l’évangélisation des gens du voyage

Encore une affaire d’abus dans le réseau lassalien, après quatre des sept établissements en Loire-Atlantique (dont le Loquidy et Saint-Félix à Nantes), le Likès à Quimper, Igny, Issy, Saint-Augustin de Saint-Germain en Laye, Passy-Buzenval, Passy-Froyennes, les Francs Bourgeois à Paris, le lycée de l’Union à Estaimpuis où sont passés les jumeaux Sirkis (Indochine), etc etc.
