Paix Liturgique établit dans sa dernière lettre ce qui pourrait être un bilan chiffré du pontificat du Pape François… et il rappelle les comptes de bien des diocèses français : il y a des moins et du déficit à toutes les lignes. Ainsi, dans nombre de pays, la déchristianisation, le reflux du nombre de fidèles, du recours aux sacrements et des vocations s’accélère. Y compris dans ce qu’on croyait être des réservoirs de Foi et des terres d’avenir, comme l’Amérique Latine, la Pologne ou même certains pays d’Afrique.
“Le bergoglisme en résultats chiffrés. Dans les pays de vieille chrétienté, et pas seulement, le nombre de catholiques décline. Alors certes, nombre de raisons ne datent pas d’hier, comme la sécularisation, l’urbanisation, la concurrence d’idéologies ou de religions concurrentes, le détricotage des cellules familiales et des valeurs traditionnelles dans nombre d’endroits. Mais les statistiques font constater une inquiétante accélération depuis le début du pontificat du pape François, et ce notamment là où les évêques voire l’Église toute entière se glorifie de son progressisme et de son entrée dans la merveilleuse synodalité.
L’Allemagne, fer de lance du progressisme catholique, perd 500.000 catholiques par an
Exemple type, l’Allemagne, fer de lance du progressisme dans l’Église, et dont les diocèses sont, avec les États-Unis la principale source d’argent pour le Vatican. Riposte Catholique en août 2024 publiait les statistiques de « sorties d’Églises » en Allemagne, qui permettent de constater que pendant que leurs évêques fuient en avant dans un « chemin synodal » de moins en moins catholique, les catholiques allemands se désintéressent de leur religion :
« Les sorties d’Église ont régressé par rapport à l’année passée : 402 694, à comparer au chiffre de 2022 de 522 821 départs, mais l’office statistique note que c’est toutefois le deuxième chiffre le plus élevé dans l’histoire des statistiques de sorties d’Église. Si l’on ajoute « les décès, les entrées et les déménagements », le nombre de membres de l’Église en Allemagne a diminué de 591 718 fidèles. Au niveau national, les statistiques comptent encore environ 20,3 millions de catholiques à la date de référence du 31 décembre 2023. Un an plus tôt, ils étaient encore 20,94 millions ».
Comme il y a aussi 18.56 millions de personnes qui se rattachent au protestantisme en Allemagne, la majorité des allemands n’est donc plus chrétienne – ou plutôt n’est plus rattachée fiscalement à une des principales Églises chrétiennes du pays. Pour rappel, en 2020 l’Allemagne comptait encore 22 millions de catholiques et 20 millions de protestants pour 83 millions d’habitants. Le déclin des catholiques est aussi visible à travers une autre statistique, partagée par Katolisch.de le 9 juillet dernier : « en 2011 il y avait encore 23 villes à majorité catholique en Allemagne. Il ne reste plus que Münster, Paderborn, Bottrop et Trèves. A Ratisbonne et Ingolstadt par exemple la proportion des catholiques a diminué de près d’un quart ».
Surtout les sorties d’Église ne font que s’accélérer, suivant la dynamique du « chemin synodal allemand » et donc de la ligne impulsée par le pape François : « si en 2010 181.000 catholiques et 141.000 protestants avaient quitté leurs Églises, en 2020 ils étaient respectivement 221.000 et 220.000. En 2011, il y avait 24.07 millions de catholiques et 23.37 millions de protestants – les deux religions représentaient alors 60% des Allemands ».
Et évidemment, moins de catholiques signifie moins d’impôt redistribué à l’Église et donc pour les diocèses, et par suite pour le Vatican – nous y reviendrons : « en 2023, les revenus des 27 diocèses allemands s’élèvent à 6.51 milliards d’euros. Cela représente 330 millions d’euros, soit 5% de moins qu’en 2022. En tenant compte de l’inflation, la baisse est encore plus nette ».
Dans la Belgique voisine, pas mieux
tout aussi progressiste, la pratique a chuté sous les 1% de la population, et dans la Flandre jadis plus pratiquante, en 2022 70% des documents d’enregistrement des demandes d’euthanasie étaient rédigés en néerlandais – la langue de la minorité flamande. Surtout, il reste à peine une trentaine de séminaristes pour tout le pays, comme l’expliquait le responsable du séminaire de Namur en mars 2024 lors de la commission parlementaire sur les abus dans l’Église : « au séminaire Jean XXIII de Louvain, 15 séminaristes étudient actuellement pour les cinq diocèses flamands et à Namur 17 séminaristes étudient pour la partie francophone du pays [dont 5 de Liège et 8 de Bruxelles en 2023] ».
La Suisse : 34.000 catholiques de moins par an
En Suisse, pas mieux – les statistiques de 2022 mises en ligne par Riposte Catholique dénotent une accélération de 10% des sorties d’Église catholique par rapport à l’année précédente, et surtout une prévalence plus forte des sorties d’Église dans le diocèse le plus progressiste, celui de Bâle :
« “En 2022, 34.561 personnes sont sorties de l’Église catholique en Suisse, soit à peu près le même nombre qu’en 2021, mais sensiblement plus que les années précédentes (en 2021: 34.182; 2020: 31.410; 2019: 31.772), note le SPI dans un rapport publié le 30 octobre 2023 ; contre 1080 entrées dans l’Église et 910 en 2021. Fin 2022, le nombre de membres de l’Église s’élevait à environ 2,89 millions (en 2021: 2,96 millions). Les cantons qui ont enregistré les pertes les plus importantes sont Bâle-Ville (3 sur 100), Argovie (2,7 sur 100) et Soleure (2,2 sur 100) ».
En Italie : les jeunes en voie de disparition
En Italie, la pratique religieuse se maintient… mais pas chez les jeunes, et l’arrêt des célébrations pendant la pandémie a été un coup d’accélérateur… comme la soumission de bien des évêques italiens à des mesures sanitaires aussi intrusives que changeantes et inefficaces.
En août 2023, Riposte Catholique traduit le rapport de l’institut italien des statistiques (Istat) qui dresse le bilan de tant de soumission – et de la faible natalité de l’Italie :
« En vingt ans, la pratique religieuse en Italie a régulièrement diminué, jusqu’à n’atteindre que la moitié : de 36,4 % de la population en 2001 qui se déclarait “pratiquante”, à moins de 19 % l’année dernière, donc moins d’une personne sur cinq. Le plus grand “saut” a été enregistré entre 2019 et 2020, avec la perte de 4 points de personnes allant à la messe. Il s’agit de l’année de la pandémie, au cours de laquelle les célébrations « en présentiel » ont été suspendues, mais la fréquentation des églises était autorisée.
Selon les dernières données du diocèse de Milan, l’un des plus grands au monde, les baptêmes sont passés de 37-38 000 dans les années 2000 à 20 000 aujourd’hui. Même en tenant compte de la baisse de la natalité, ce chiffre est faible. Quant aux mariages dans le diocèse, ils sont passés de 18 000 par an dans les années 1990 à 4 000 aujourd’hui.
Les églises se vident progressivement pour tous les groupes d’âge, mais la baisse la plus évidente concerne les jeunes (18-24 ans) et les adolescents (14-17 ans). Si la pratique religieuse globale a diminué de 50 % au cours des vingt dernières années, pour ces groupes d’âge, la baisse est de deux tiers ».
En Pologne, en Corée du Sud : chute des vocations de moitié
Dans les diocèses de la vieille Europe déchristianisés, vieillissants et dont la natalité est souvent faible, les prêtres polonais, voire sud-coréens offrent souvent une alternative aux Fidei Donum africains ou indiens. Mais pour combien de temps encore ? Ces deux pays connaissent en effet une chute drastique des vocations.
En juillet 2023 Riposte Catholique rappelait que le rassemblement des quelques 1400 séminaristes polonais au sanctuaire de Jasna Gora était l’arbre qui cachait la forêt de l’effondrement des vocations :
« En 2021 les entrées dans les séminaires polonais ont chuté de 20%, la Pologne accusant le double choc après Amoris Laetitia et la fermeture des églises diocésaines pendant la semaine sainte 2020, sous prétexte de Covid et les restrictions dites “sanitaires” par la suite – ce qui n’était jamais arrivé, même sous le régime communiste. La mise en place au forceps de la communion à la main et de diverses innovations impulsées par Rome n’a rien arrangé.
“Le Père Piotr Kot, président de la Conférence des recteurs des grands séminaires de Pologne, a indiqué à l’agence de presse catholique KAI que 356 séminaristes avaient commencé leurs études en 2021. Ils étaient encore 441 en 2020, ce qui signifie une baisse d’environ 20%. Les chiffres étaient de 498 en 2019 et 828 en 2012“. Soit une baisse de moitié (57%) depuis 2012 ».
En Corée du Sud, ce n’est pas mieux, relève Fides en février 2025 – du fait notamment de la pire natalité du monde (0.72), mais pas seulement, le nombre de séminaristes a baissé de 40% en dix ans, et le nombre de baptisés s’effondre à mesure que les générations rajeunissent : « selon les données du Dicastère pour l’évangélisation, en 2013, il y avait un total de 1 264 grands séminaristes dans les différents diocèses de l’Église coréenne. Dix ans plus tard, en 2023, il y avait 790 séminaristes, soit une baisse d’environ 40 % en dix ans.
Si l’on considère, encore plus en amont, le nombre de catholiques baptisés, dans les statistiques officielles de la Conférence épiscopale de Corée (à l’horizon 2023), on constate que les enfants baptisés entre 0 et 4 ans représentent 1,8% de la population coréenne ; dans la tranche 5-9 ans, les enfants baptisés sont 3,9% ; et entre 10-14 ans, ils représentent 5,8% de la population coréenne totale. Si l’on compare ces chiffres avec le chiffre général, selon lequel les catholiques représentent 11,5 % de l’ensemble de la nation coréenne, on constate qu’au fur et à mesure que les générations passent, leur nombre diminue ».
En Argentine, moitié moins de séminariste et 80% d’entrées en moins en 25 ans
Les statistiques du reflux des vocations sacerdotales sont encore plus marquées en Argentine, le pays d’origine du Pape, mais aussi du cardinal Fernandez. Les affaires morales n’aident pas : le pape François a tenté d’innocenter un prêtre pédophile quand il était archevêque de Buenos Aires, le père Julio Cesare Grassi, condamné à quinze ans de prison en 2009 et incarcéré depuis 2013 (RC 18/9/2021), comme il a protégé jusqu’au bout Mgr Zanchetta, évêque d’Oran en Argentine, contraint la démission en 2017 mais qu’il a recasé immédiatement comme conseiller de l’administration du patrimoine du Siège apostolique au Vatican, mais qui, en 2025 a été condamné à quatre ans et six mois fermes pour viols sur des séminaristes a été confirmée par la cour d’appel).
Résultat de la sécularisation et de l’effet Pape François, un effondrement des vocations : « alors que le pays comptait 2260 séminaristes en 1990, ils ne sont plus que 481 séminaristes diocésains en 2024 d’après le site américain The Pillar. Si le nombre de séminaristes religieux n’est pas disponible, il faut rappeler qu’ils étaient 351 en 2020. On peut estimer qu’il y aurait moins de 900 séminaristes en Argentine. On constate donc une baisse nette des vocations, qui se vérifie également par un faible nombre d’entrées dans les séminaires. Cette année, il y a eu seulement 57 entrées dans les séminaires diocésains. Pour rappel, en 1997, on recensait 256 entrées, soit une baisse de presque 80% en vingt-cinq ans ».
L’Amérique Latine devenue évangélique
Statistiques à l’appui sur l’ensemble du sous-continent, la revue Hérodote en avril 2018 revient sur un basculement d’ampleur : l’Amérique latine… ne l’est plus tellement.
« Si, au début des années 1970, 90 % de Latino-Américains se déclaraient catholiques, aujourd’hui, ils ne sont plus que 65 %. Ce recul du catholicisme prend trois grandes formes. D’abord, un repli du nombre des catholiques assorti d’une augmentation de celui des évangéliques. C’est le cas des pays les plus peuplés de la région, le Brésil et le Mexique, où les catholiques sont respectivement passés de 95 % à 61 % et de 99 % à 81 % entre 1970 et 2014.
Cette diminution est d’autant plus frappante que ce sont les deux pays du monde qui comptent encore le plus grand nombre de catholiques : le Brésil avec 172,2 millions de baptisés, soit 26,4 % des catholiques du continent américain, suivi par le Mexique avec 110,9 millions de baptisés. La diminution du nombre des catholiques au Brésil s’accompagne d’une augmentation significative d’affiliations aux Églises protestantes et évangéliques, qui représentent 26 % de la population.
La deuxième forme du recul du catholicisme est la transformation du paysage religieux des pays centraméricains où le catholicisme est devenu une religion minoritaire. Tous ces pays comptent désormais moins de 50 % de population catholique, contre plus de 90 % dans les années 1970. Le recul du catholicisme au Nicaragua, au Salvador et au Guatemala est d’autant plus frappant au regard du fort enracinement de la théologie de la libération au cours des années 1980-1990, et aussi du rôle d’accompagnement joué par l’Église catholique auprès des victimes des abus tant des dictatures militaires que du gouvernement sandiniste au Nicaragua. Ces trois pays, auxquels s’ajoute le Honduras, sont aussi les seuls où les Églises évangéliques pourraient à terme devenir majoritaires : la part de la population qui les a rejointes s’élève ainsi pour le Nicaragua à 30,4 % ; pour le Salvador à 35,3 % ; pour le Guatemala à 38,2 et pour le Honduras à 43,9 % ». Enfin au Chili ce ne sont pas les évangéliques, mais les athées qui gagnent en puissance avec 16% de la population, alors que les catholiques diminuent.
Résultat, des pays encore monobloc catholiques en 1950 et à plus de 90% au début des années 1970 ont perdu, en 2014, 20% des fidèles en Argentine, 34% au Costa Rica, 31% au Brésil, 43% au Salvador, 47% au Honduras – la moitié, 43% au Nicaragua, 15% au Mexique, 31% à Porto Rico ou encore 20% au Venezuela. Et le nombre de catholiques n’a cessé de baisser depuis.
Une carte mise en ligne par le centre des journalistes orthodoxes en 2024 indique que si le Paraguay compte encore 89% de catholiques et le Mexique 74%, ainsi que la Colombie, l’Équateur et le Pérou 70%, ils ne sont plus que 57% au Brésil, 52.5% au Chili, 49% en Argentine, l’un des moins catholiques d’Amérique Latine désormais, et 37% en Uruguay. Parallèlement, le Guatemala, le Honduras, le Salvador et le Nicaragua comptent désormais entre 36 et 43% d’évangéliques, le Venezuela 23%, le Brésil 25%, le Mexique 4.5% seulement et l’Argentine 7%.
D’ailleurs c’est aussi l’Argentine qui a détrôné le Chili pour le nombre de gens qui se disent agnostiques ou athées – 40% de la population. Et 51% au Paraguay, contre 13% au Brésil, 5% au Venezuela pourtant communiste et 16% au Mexique. Moins de la moitié de la population catholique dans un pays qui l’était à 91% en 1970, 40% d’athées, irréligieux ou agnostiques, l’effet Pape François bat son plein en Argentine, un vrai carton.
Le grand déclin catholique touchera-t-il l’Afrique ?
Certains devant un tableau si catastrophique voudront croire que l’Afrique est un sanctuaire chrétien qui résiste au déclin. Il est vrai que les vocations restent à haut niveau, et nombre de diocèses africains jumelés avec les diocèses de la vieille Europe à court de vocations leur envoient des séminaristes et des diacres pour leur permettre de tenir la géographie paroissiale à bout de bras. Certes, l’Afrique a été le fer de lance du refus de Fiducia supplicans, et le cardinal Ambongo a brocardé la « perte de vitesse en termes de valeur, une décadence culturelle et morale de l’Occident » à qui il a souhaité, depuis Kinshasa en RD Congo le 16 janvier 2024 une « bonne disparition ».
Pourtant, certaines conférences épiscopales s’inquiètent déjà. Au Ghana, le nombre de catholiques a diminué d’un tiers entre les deux recensements de 2010 et 2021, s’alarme la conférence épiscopale en 2023 : « les membres de la Conférence des évêques catholiques du Ghana (GCBC) proposent le développement de programmes de catéchèse et de formation bien structurés, parmi d’autres propositions, pour faire face à la diminution du nombre de fidèles catholiques dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Le recensement de la population et du logement de 2021 (2021 PHC) au Ghana montre que le nombre de catholiques a diminué de 15,1 % à 10,0 % depuis le recensement de 2010 ».