Le cardinal Ouellet est devant la justice à Montréal jusqu’au 11 mars, suite au procès en diffamation qu’il a intenté à l’une des femmes qui l’accuse – et qui a été la première à parler à visage découvert. Cette initiative, où il réclame 100.000 dollars canadiens, semble cependant se retourner contre lui, puisque deux autres femmes l’ont accusé aussi d’attouchements au cours du procès.
La femme à qui le cardinal Ouellet aurait poussé 50 dollars canadiens entre les seins – un geste fort équivoque – a témoigné à visage découvert elle aussi : « Mélissa Trépanier entretenait une relation de confiance avec le cardinal Ouellet depuis ses 18 ans. Comme jeune chrétienne, elle le considérait comme un « père spirituel », témoigne-t-elle. Ils se tenaient longuement la main quand ils se voyaient, et cela n’avait rien de sexuel, précise-t-elle.
Un premier évènement survient dans les années 2000. À la fin d’un câlin, le cardinal Ouellet descend sa main sur le chemisier de la jeune femme « jusqu’à son cœur », raconte-t-elle. « J’ai senti qu’il avait une tentation. Que sa main passe de l’épaule jusqu’au bord des seins », témoigne-t-elle. Dans les années suivantes, Mélissa Trépanier poursuit ses chaleureux échanges épistolaires avec le cardinal. « Votre petite fille xxx », signe-t-elle dans ses courriels. Puis, en 2014, elle revoit le cardinal Ouellet en personne. Elle est accompagnée de son fiancé.
À la fin de la rencontre, Mélissa Trépanier fait un deuxième câlin à Marc Ouellet. « Ses bras étaient rassurants », dit-elle. C’est là que son monde bascule. L’homme d’Église glisse un billet de 50 $ dans le « col en V » de son chandail très ajusté « typique d’adolescente ». La main du cardinal se rend carrément entre ses seins, au point de toucher à ses côtes, dit-elle. Ses doigts étaient loin dans son chandail, poursuit-elle. « Comment il peut se permettre ça ! […] Je suis extrêmement fâchée. Je n’aurais pas hésité à le frapper si ce n’était pas une personne âgée », raconte-t-elle, la voix brisée. « Je braille… J’ai la tentation d’abandonner la foi et l’Église au complet. […] Ça n’a pas de sens que quelqu’un qui représente l’Église puisse avoir un geste aussi déplacé ».
Ces faits ont été reconnus par le cardinal Ouellet au début du procès : » le cardinal Ouellet a reconnu avoir glissé un billet dans le chandail de Mme Trépanier afin de l’aider financièrement. Il a toutefois minimisé le geste, le qualifiant de « maladresse » et de « geste malencontreux ».
Une autre femme a témoigné de gestes déplacés du cardinal – alors recteur d’un séminaire – à son encontre en 1992 : « à l’époque, elle était responsable de la préparation de la messe au Grand Séminaire de Montréal. Marc Ouellet était le recteur de l’établissement. Un jour, près de Pâques, Mme Moreau s’affaire à placer des signets liturgiques sur une table. Elle est debout sur une marche. Marc Ouellet se place alors derrière elle. La femme de 84 ans assure avoir un vif souvenir de la suite. « Il a mis ses mains de chaque côté de moi, de sorte que je ne pouvais pas m’échapper, et il a frotté son bassin contre mon derrière. Sur mon fessier. J’étais tellement… étonnée, choquée, que je me suis libérée. J’ai fait un geste pour me libérer du côté droit », raconte-t-elle d’un trait« .
Le cardinal a nié les gestes qui lui étaient reprochés, tandis que son avocat a demandé au juge d’ignorer ces deux témoignages.
Le parti-pris du juge ?
Autre fait quelque peu étonnant pour nos juridictions européennes où les jurés et les juges doivent se montrer impartiaux au possible, le juge n’a pas hésité à prendre ouvertement parti du Cardinal Ouellet en accusant l’avocat de Paméla Groleau – un spécialiste de la défense des victimes d’abus sexuels du clergé et des actions collectives de celles-ci contre les congrégations et les diocèses canadiens – de vouloir faire le procès du diocèse de Québec : « le magistrat a reproché à Me Arsenault de vouloir faire le procès du diocèse de Québec. « J’en ai plein les bras avec votre dossier, ça va rester un dossier ! », a lancé le juge. « Vous semblez me prêter des intentions que je veux faire le procès de Québec à Montréal », s’est offusqué Me Arsenault« .
En France, il arrive que l’on récuse des magistrats qui manquent à leur devoir d’impartialité. En Nouvelle-France, faudra-t-il, pour que la vérité se manifeste enfin, que les victimes attendent leur procès en appel ?
