On pouvait penser que le retentissement de l’affaire du père Moulay, de l’Emmanuel, et la mise en lumière du rôle trouble de deux évêques du Mans – Mgr Benoit-Gonnin pour l’avoir ordonné en ignorant des rapports du séminaire qui le déconseillaient franchement puis Mgr le Saux pour avoir ignoré de nombreux signaux d’alerte, questions sur lesquels vont se pencher les visiteurs apostoliques, allaient rendre le diocèse du Mans plus prudent sur les nominations. Il n’en est rien. L’évêque du Mans vient de nommer un vice-official qui a fait la Une voilà onze ans en Martinique pour des comportements inappropriés avec des séminaristes que plusieurs prêtres ont dénoncé directement à Rome; l’affaire avait suscité un tollé sur l’île, d’autant que l’archevêque d’alors… avait interdit de ministère et suspendu les prêtres lanceurs d’alerte. Il s’agit d’un membre de la communauté de l’Emmanuel.
On apprend en effet des nominations du diocèse du Mans : « Monseigneur Pierre d’Ornellas, Modérateur du Tribunal inter-diocésain de la province ecclésiastique de Rennes, et les évêques des diocèses de la province nomment le Père Jean-Max Renard vice-official pour le diocèse du Mans, à compter du 1er septembre 2024, pour une durée d’un an, jusqu’au 31 août 2025« .
Présent dans le diocèse du Mans depuis 2020 comme vicaire aux Sablons et St Bernard du Mans – cette nomination se fait « en accord avec l’archevêque de Fort-de-France » où il semble toujours incardiné, puis septembre 2022 comme vicaire à Loué, l’abbé Jean-Max Renard était depuis octobre 2014 dans le diocèse de Paris. Il y a été transféré après avoir été mis à l’écart en Martinique où il a été la cause d’une grave crise de l’Eglise locale en février-mars 2014.
Cinq prêtres de Martinique écrivent à Rome au sujet de Jean-Max Renard, l’archevêque les suspend
En janvier 2014, après avoir constaté que le nonce ne semble jamais avoir reçu un signalement précédent, cinq prêtres de Martinique, – Jean De Coulange, Hugues Lafine, Jean-Michel Monconthour, Gaby Valard et Alain Ransay [qui deviendra par la suite évêque de Cayenne] – écrivent une lettre confidentielle à Rome au sujet de Jean-Max Renard, pressenti pour prendre la suite de Mgr Michel Meranville, qui a alors 78 ans.
Comme le rappelle alors la Croix, « les signataires de la lettre mettaient en cause le P. Renard dans sa manière d’exercer l’autorité et de gérer l’argent diocésain, soulignaient son manque d’expérience pastorale (ordonné en 2002, il n’a été curé de paroisse qu’une année) et s’inquiétaient de comportements ambigus, joignant au courrier des témoignages écrits de jeunes du foyer vocationnel Dominique-Savio, dont il a eu la charge pendant cinq ans. Ils demandaient que Rome réfléchisse à un candidat qui fasse davantage l’unanimité ».
Cette lettre aurait du rester confidentielle, mais un des laïcs qui en était l’intermédiaire l’a transmise à la presse locale.
L’affaire éclate, et suscite un tollé. Rentré de Paris où il était en session de formation, le vicaire général répond à ses détracteurs par communiqué, en
qualifiant « d’odieux, outrageants et diffamatoires » les faits qu’on lui prêtre.
La réaction de l’archevêque en est d’autant plus difficilement compréhensible et datée :
Mgr Méranville prend la défense de l’abbé Jean-Max Renard et suspend les cinq prêtres signataires, leur interdisant ministère et prédication. La polémique ne fait que s’intensifier. France Antilles, alors, écrit :
« au sein de leurs différentes paroisses, trois des quatre prêtres concernés, à savoir les pères Jean-Michel Monconthour de la cathédrale, Hugues Lafine de la paroisse de Redoute et Gabriel Valard de Coridon, sont des personnalités très appréciées, pour les quels les paroissiens craignent une mise à l’écart ou une sanction trop lourde. Il en est de même pour le quatrième, le père Jean de Coulanges, ex-vicaire général aujourd’hui à la retraite, qui n’a laissé que de bons souvenirs auprès des fidèles. Sans parler du véritable charisme que beaucoup reconnaissent au père Alain Ransay de la paroisse de Saint-Christophe, à Fort-de-France, et que toutes les sources désignent comme le cinquième homme de l’affaire. C’est pourquoi, à l’initiative de personnes engagées ou non dans les affaires du diocèse, une lettre de pétition circule, et aurait déjà recueilli aujourd’hui plusieurs centaines de signatures, pour exprimer leur soutien à leurs pasteurs et « dire qu’une sanction à leur égard serait non seulement injuste, mais aussi préjudiciable à notre Eglise »
Le 22 février, près de 700 fidèles martiniquais
défilent dans une marche silencieuse à Fort-de-France. Le 10 mars, les sanctions contre les prêtres étaient
levées lors d’une assemblée générale du clergé. Jean-Max Renard finit par être
écarté à l’automne de la Martinique et envoyé dans le diocèse de Paris. Quant à Mgr Meranville, dont
l’image est définitivement troublée dans l’affaire, il
démissionne pour raison d’âge en mars 2015 – Mgr Macaire est nommé par le pape François.
Quant à l’ex-vicaire général de Fort-de-France, à l’officialité du Mans il s’occupera des nullités de mariage… mais aussi des affaires liées à la justice canonique… notamment des abus. Les victimes savent à quoi s’en tenir…

Le discernement des évêques est toujours formidaaaable.
Le droit canonique prévoit (canon 1420 §4) que le vicaire judiciaire et ses adjoints (donc en l’occurrence le vice-official nommé) doivent jouir d’une réputation intacte, ce qui ne semble pas être le cas de l’abbé Renard, quand bien même il n’aurait pas été jugé ou condamné pour ces affaires passées.
Cela dit, en ce qui concerne les abus, il n’est pas possible qu’il prenne part à de futures procédures judiciaires pénales de l’officialité de Rennes, car seul le TPCN (tribunal pénal canonique national) en a la compétence depuis 2023.