Le dernier recours de l’ex-modérateur des Béatitudes et ex-diacre Philippe Madre, renvoyé de l’état clérical pour abus sexuels en 2010, a été définitivement rejeté par Rome par le Tribunal de la Signature apostolique en janvier 2026; la décision, insusceptible d’appel, a été communiquée à plusieurs victimes par téléphone, sans être rendue publique. Revenu à la vie civile, Philippe Madre s’était installé comme médecin généraliste en Vendée, où il a eu maille à partir avec la justice civile et l’ordre des médecins en 2014, pour avoir mis en place un système de facturation frauduleux – 250 actes facturés n’avaient pas été réalisés, et plus d’une centaine d’actes techniques à des dates fictives, selon l’instruction.
Comme le précise la Croix, « après deux condamnations par les officialités d’Albi, en 2010, puis de Rodez, en 2011, il avait alors contesté le jugement pour vice de forme auprès de la plus haute instance juridique du Vatican. Mais son recours n’avait pas été pris en compte, entérinant son renvoi de l’état clérical. En parallèle, Philippe Madre avait été exclu des Béatitudes en 2010, et s’était installé avec son épouse en Vendée, où il exerçait comme médecin généraliste et homéopathe. En 2014, il a été condamné à un an de prison avec sursis pour « faux, usage de faux et escroquerie », pour avoir mis en place un système de facturation frauduleux dans le cadre de son activité médicale. La même année, il aurait aussi été suspendu six mois, dont trois avec sursis, pour les mêmes faits par le conseil régional de l’ordre des médecins des Pays de la Loire ».
En revanche pour ses méfaits aux Béatitudes, il a fini par obtenir un non-lieu dans la justice des hommes en 2018, du fait d’un « élément intentionnel » insuffisamment caractérisé. Selon le dossier canonique, huit victimes l’accusaient « de viols et attouchement pendant plusieurs années, dans la maison communautaire de Cordes-sur-Ciel (Tarn) où il cumulait les fonctions de « berger », d’accompagnateur spirituel et de médecin traitant. L’ancien modérateur, qualifié de très brillant et charismatique, y avait, selon plusieurs témoins, constitué autour de lui une sorte de « garde rapprochée » de religieuses toutes « jeunes, sveltes et jolies » au prétexte d’une vie contemplative plus intense. D’après la principale plaignante, parmi les huit victimes potentielles concernées par la procédure, celui-ci justifiait leurs rapports sexuels au nom d’une « communion particulière voulue par Dieu », agrémentée de cadeaux mais aussi de fréquentes humiliations. « Beaucoup de jeunes moniales ont subi l’emprise fusionnelle de Philippe Madre, qui se les attache, les abîme, les dépersonnalise et les rejette, dès qu’elles manifestent une certaine indépendance, ou, dans mon cas, la maladie »,
Le frère d’une victime a témoigné dans la Croix : « « Quand j’ai appris que cet homme, pervers notoire, essayait encore de se faire blanchir, je suis tombé de ma chaise, réagit le frère d’une ancienne religieuse, Blanche (1), qui s’est suicidée en 2006 quatre ans après sa sortie des Béatitudes. Cela me met très en colère, il n’a pris manifestement aucune mesure du mal qu’il a fait. »
