Dans la dernière lettre des Moniales du Barroux, La Font de Pertus (n°132, 18 février 2026), Mère Placide, abbesse, évoque la joie de la liturgie divine :
Chers amis,
Il y a quelques mois, nous avons vu paraître un nouveau servant de messe : un tout petit garçon, vif comme un cabri et sérieux comme un pape. Arrivant du côté des fidèles, Pio-Néri franchit comme d’un bond la table de communion, fait sa génuflexion au tabernacle en un autre bond et disparaît à la sacristie. Il reparaît sanglé dans son aube et se hisse sur la pointe des pieds pour allumer les cierges d’autel. Au moment voulu, le petit bonhomme présente, posé sur sa tête, le lourd missel d’autel, afin que le prêtre y lise la collecte. Il s’intéresse à tout durant la messe.
L’enthousiasme de Pio-Néri pour le service de messe est une parabole vivante. Du haut de ses cinq ans et demi, l’enfant perçoit la beauté de la liturgie, il ne voudrait rester passif à aucun prix. Eh, mais c’est tout notre désir, cela ! Toute la vie du catholique devrait être passionnée par la liturgie. Vous connaissez la réponse faite à Charlemagne par son savant ministre et confident, Alcuin. L’empereur avait demandé : « Qu’est-ce que la liturgie ? » Réponse immédiate du moine : « La liturgie, c’est la joie de Dieu ! » Or, sa joie, Dieu veut qu’elle devienne nôtre. « Je vous ai dit ces choses pour que vous ayez en vous ma propre joie« , confiait Jésus au seuil de la Passion.
Un excellent moyen de recevoir la Joie divine, c’est de vivre au rythme de l’année liturgique. Du premier dimanche de l’Avent à la dernière semaine après la Pentecôte, nous bénéficions d’une année d’apprentissage et de croissance à l’école de Dieu. La Sainte Église y déroule devant nos yeux les mystères de la vie du Seigneur Jésus, pour nous les faire mieux comprendre et goûter. Et surtout l’Église actualise ces mystères, elle nous invite à entrer en eux, afin d’être configurés peu à peu au Fils bien-aimé. À propos des mystères de l’année liturgique, Dom Gérard écrivait : « Un monde s’ouvre à vous d’une grandeur infinie, qui suffirait à étancher la soif éternelle des élus. Parce que chaque mystère contient une action du Christ et qu’une action dont le sujet est l’Homme-Dieu acquiert par là même une valeur infinie.«
Vous le savez, à « l’école du service du Seigneur » qu’est la vie bénédictine, la liturgie tient la première place. Mais le trésor de l’année liturgique vous appartient comme à nous, chers amis ! Élisabeth Leseur l’avait compris : « Il m’est doux de parcourir le cycle liturgique, revivant l’existence du Sauveur, de son Incarnation à sa mort et à son Ascension ; de Lui dire, par les accents des prophètes, des Pères, des saints de tous les âges, ma foi et mon amour ; d’adorer avec ceux qui L’ont adoré au cours des siècles ; de m’offrir à Lui avec les bergers, les disciples, les martyrs, avec les âmes de tous les temps ; de me sentir une unité vivante dans la grande unité catholique (1) »·
Cherchons les vraies richesses, cherchons la Joie de Dieu ! Et que le Seigneur nous accorde la grâce d’un fervent carême.
Soeur Placide o. s. b., abbesse
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1. Élisabeth Leseur, Journal et pensées de chaque jour, J. de Gigord, 1924, p. 198.
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