Mgr Stefan Oster, évêque de Passau, un des quatre évêques allemands qui s’étaient retirés du chemin synodal allemand en juin dernier, a annoncé début février qu’il n’en appliquera pas les réformes dans son diocèse, dans un billet paru sur son blog personnel après avoir participé à la 6e réunion du chemin synodal allemand.
Situé tout au sud-est de l’Allemagne, érigé en 737 et jadis grand de 42.000 km², le diocèse de Passau fut le le plus vaste diocèse du Saint Empire romain Germanique, mais il a été successivement démembré pour ériger les diocèses de Vienne (1469), Salzbourg (1728), Linz, Sankt Polten et Leoben (1785), Munich (1818) dont Passau devient suffragant. Il couvre aujourd’hui 5442 km² pour 646.000 habitants dont 73% de catholiques, 285 paroisses, 224 prêtres séculiers résidant dans le diocèse, 74 prêtres réguliers, 48 diacres permanents, 96 moines et 250 religieuses; un prêtre a été ordonné en 2024 et il y a encore quatre séminaristes ainsi que 215 écoles catholiques.
« Problématique pour la Foi et l’Eglise »
Qualifiant le chemin synodal de « problématique pour la Foi et l’Eglise » Mgr Oster reste « convaincu que les conséquences problématiques du Chemin synodal pour l’Église en Allemagne et dans le monde entier l’emportent largement sur ses aspects positifs« . Il souligne aussi le risque de prise de distance entre certains catholiques allemands et le reste de l’Eglise, ainsi que l’aggravation des divisions : « il est indéniable que certaines personnes à l’étranger adhèrent aux thèmes de réforme du Chemin synodal. À mon avis, elles sont majoritaires dans les pays occidentaux, mais pas à l’Est ni dans les pays du Sud. Et en effet, je crois que la poursuite de la mise en œuvre des décisions du Chemin synodal ne fera qu’accélérer la désintégration de notre Église au lieu de la renouveler« .
Il souligne déjà l’accroissement de la polarisation – un thème qui est aussi cher au pape Léon XIV, engendrées par le chemin synodal allemand : « depuis le début du Chemin synodal, la polarisation entre les positions libérales-progressistes et les positions plus traditionnelles et conservatrices s’est intensifiée au sein de notre Église. Cela concerne les relations entre l’Église de notre pays et le Vatican, ainsi qu’avec les conférences épiscopales d’autres pays. Cela concerne également les relations entre les membres de notre conférence épiscopale, ainsi qu’au sein du clergé et parmi les fidèles. Certes, des tensions et des divergences existaient bien avant, mais à mon sens, le Chemin synodal les a considérablement accentuées ; les camps respectifs sont devenus plus distincts, et il est plus facile d’y associer des individus – ce qui facilite aussi la diffamation, notamment dans les médias. De plus, il est apparu clairement dès le départ que le Chemin synodal promeut explicitement un programme libéral ».
La dérive protestante du schisme allemand
Il souligne aussi la dérive protestante du chemin synodal allemand : « un motif sous-jacent aux efforts de libéralisation, conscient ou inconscient, est l’élimination de la revendication de Dieu tout en survalorisant sa promesse. Or, cette approche même risque de faire disparaître la vocation de l’humanité à être et à devenir sacrements. Le pape François a, à juste titre, mis en garde à plusieurs reprises les protagonistes du Chemin synodal contre la création d’une nouvelle Église protestante, puisqu’il en existe déjà une en Allemagne« .
Et de préciser : » je n’ai trouvé nulle part dans le Chemin synodal un débat sérieux sur la manière d’approfondir notre compréhension du sens du « sacrement » et, partant, de repenser le sens du salut. Mon désaccord personnel avec le Chemin synodal réside donc dans la conviction que la crise de l’Église est avant tout une crise de vie spirituelle et d’intériorisation du contenu de notre foi, qui est bien plus qu’un simple « message » ».
Le chemin synodal présuppose une nouvelle morale sexuelle et une nouvelle anthropologie
Autre critique du prélat, « le suivi présenté lors du Chemin synodal présuppose fondamentalement une nouvelle morale sexuelle et, par conséquent, une nouvelle anthropologie. Il examine donc les étapes de sa mise en œuvre. Le compte rendu de ce suivi fournit des retours d’information des diocèses, par exemple sur les mesures concernant le célibat des prêtres et son ouverture, les efforts en faveur d’une réévaluation magistérielle de l’homosexualité, l’ordination des femmes aux ministères sacramentels, les cérémonies de bénédiction pour les couples qui s’aiment, la question de la diversité des genres, et d’autres sujets.
Sur tous ces points, il est présupposé que la doctrine doit nécessairement changer – et qu’elle a déjà changé dans la conscience de la grande majorité des membres du synode. Dès lors, des mesures concrètes sont requises, en insistant explicitement sur le fait que la pratique doit précéder la doctrine – afin que celle-ci puisse enfin évoluer. Bien sûr, nous avons observé ce schéma dès le début du Chemin synodal : la pression publique sur les conservateurs doit rester forte ; alors, ils finiront par se soumettre ou reconnaître leur propre étroitesse d’esprit et se plieront finalement à l’avis de la majorité. Et espérons-le, les Romains aussi« .
Il a aussi rejeté les revendications LGBT+ exprimées par le chemin synodal allemand, car comme l’explique Infovaticana « ces propositions partent d’une compréhension insuffisante de l’anthropologie chrétienne et de la relation entre Dieu et la création. De plus, il met en garde contre le fait qu’elles pourraient générer de nouvelles blessures et expériences d’exclusion, au lieu d’offrir une réponse véritablement intégratrice. Il est particulièrement critique envers le soi-disant « monitoring » ou système de contrôle pour vérifier l’application des décisions synodales dans les diocèses« .
Ceux qui souhaitent rester fidèles à la Foi catholique « suspects » voire « extrémistes » pour les zélateurs du chemin synodal ?
Mgr Oster s’y oppose nettement : « N’attendant moi-même aucun changement et étant convaincu de la validité et de la valeur de la doctrine actuelle, je ne peux souscrire à la grande majorité des points du document de suivi et de ses exigences de mise en œuvre. Ceci s’explique aussi par le fait que, diacre, prêtre et évêque, j’ai promis à maintes reprises et solennellement de préserver et de proclamer l’enseignement de l’Église« .
Et il avertit quant au creusement des divisions entre les suiveurs du schisme allemand, et ceux qui souhaitent rester fidèles à la foi catholique, qualifiés de « suspects » par les réformateurs, voire extrémistes : « si la plupart des diocèses appliquent systématiquement les mesures préconisées par ce document de suivi, un creusement des divisions au sein de l’Église est inévitable. Ce creusement se fera principalement à l’encontre de ceux qui souhaitent simplement être catholiques et vivre la foi transmise par l’Écriture, la Tradition et le Magistère, et comprendre la conception de l’homme, de l’Église et du salut par le Christ. Le fossé entre eux et la foi établie se creuse, le prétendu centre se déplace toujours plus à gauche – et les croyants ordinaires qui souhaitent fidèlement vivre selon les sacrements sont de plus en plus perçus comme des extrémistes de droite. En tout cas, ils sont très suspects aux yeux des réformateurs« .
Les fidèles attachés à la Foi et au Magistère toujours plus marginalisés par la future conférence synodale ?
L’évêque de Passau revient sur la composition de la future conférence synodale, chargée de surveiller la mise en oeuvre des orientations du chemin synodal allemand : « sa composition doit inclure trois groupes de 27 personnes : 27 évêques diocésains, 27 représentants du Comité central des catholiques allemands (ZdK) et 27 personnes supplémentaires élues par l’Assemblée synodale. Ces groupes doivent respecter des quotas d’au moins 13 femmes, au moins cinq personnes de moins de 30 ans et au moins trois personnes issues des communautés de langue maternelle. Cependant, puisque l’organe d’élection est à nouveau l’Assemblée synodale, la nouvelle Conférence synodale sera, une fois de plus, composée en grande majorité de soi-disant réformateurs, et les nombreux fidèles attachés à la tradition magistérielle se sentiront une fois de plus non représentés et encore plus marginalisés. Conséquence ? L’autosécularisation se poursuit ! »
Le renouveau existe hors du chemin synodal allemand, mais les responsables catholiques allemands n’en veulent pas
Mgr Olster témoigne aussi de signes de renouveau qui apparaissent tant dans les pays voisins de l’Allemagne, qu’en Allemagne même. Mais comme ces jeunes veulent une profondeur spirituelle, une vie sacramentelle et une beauté liturgique – des thèmes que les soutiens du chemin synodal allemand ont étiquetés comme conservateurs, les responsables catholiques allemands n’en veulent pas – et justifient même la hausse des sorties d’Eglise des dernières années – une véritable fuite des fidèles, aggravée par la démographie, par l’insuffisante rapidité de la mise en oeuvre du schisme allemand !
» Les nombreux baptêmes de jeunes adultes en France, en Belgique et en Suisse romande ; la redécouverte significative de la foi catholique, principalement chez les jeunes hommes en Angleterre et aux États-Unis ; et la quête d’une identité de foi chez les jeunes d’ici aussi. Cependant, d’après mon observation, ces personnes suivent leur formation théologique en parallèle des parcours traditionnels de la paroisse, de l’association ou des études théologiques reconnues (« formation cachée »). Elles sont plus susceptibles de découvrir la foi par le biais de conférences en ligne, de forums de discussion et de communautés internet, de grands événements ou de nouvelles communautés spirituelles. Cet intérêt croissant existe également ici.
Mais contrairement à d’autres pays, l’establishment catholique local s’interroge : souhaitons-nous vraiment accueillir ces personnes ? Il ne s’agit pas principalement de ceux qui sont touchés par les thèmes du Chemin synodal, mais plutôt, semble-t-il, de personnes en quête de profondeur, d’une spiritualité authentique et existentielle, de la beauté de la liturgie, d’un engagement intellectuel avec la grande tradition. Donc – pour reprendre le terme controversé – plutôt conservateur« .
