Dans un long communiqué qui recense plusieurs affaires d’abus survenues dans les dernières décennies dans le diocèse de Reims-Ardennes, l’association Eclats – initialement créée en juin dernier par les victimes de l’abbé Prot – met en cause Mgr de Moulins-Beaufort et accuse le diocèse de refuser d’aider les victimes, de ne pas faire d’appel à témoignages – contrairement à bien d’autres diocèses – et de destruction d’archives; celui-ci a répondu aujourd’hui par communiqué, niant toute destruction d’archives.
Communiqué de l’association ECLATS :
À Reims et dans les Ardennes, des abus sexuels sur enfants ont été commis pendant plus de soixante ans dans le cadre des activités de l’Église catholique. Malgré quelques articles dans la presse locale, l’ampleur réelle des faits demeure largement ignorée.
L’association Éclats Reims, créée par des victimes aujourd’hui âgées de 50 à 65 ans, accompagne environ 30 victimes d’agressions sexuelles commises entre 1950 et 1990. Ce chiffre est très largement sous-estimé.
Les faits concernent notamment trois prêtres aujourd’hui décédés – Daniel Prot, Peter Meulendijks et Jean-François Pinard – ayant exercé entre les années 1960 et 2020 à Reims et dans les Ardennes. Les violences rapportées sont extrêmement graves et répétées : viols, agressions sexuelles, violences physiques et psychologiques, emprise, voyeurisme, exhibition, soumission chimique, prises de photographies à caractère pédopornographique.
Ces actes ont eu lieu dans toutes les activités liées à l’Église : colonies de vacances (Association Le Sourire de Reims et Pouillon), activités scoutes, écoles maternelles et élémentaires, catéchisme, enfants de chœur, retraites de communion, foyer de la DASS « Bethléem-Saint-Rémi ». Plusieurs victimes ont été reconnues par la justice, malgré la prescription, et plusieurs ont été reconnues et indemnisées par l’INIRR (Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et Réparation).
Points particulièrement préoccupants
• Refus d’appel à témoins
L’archevêque de Reims, Éric de Moulins-Beaufort, ancien président de la Conférence des évêques de France et acteur de la création de la CIASE, refuse catégoriquement de lancer un appel public à témoignages, contrairement à ce qui a été fait dans d’autres diocèses. Ce refus empêche de nombreuses victimes de comprendre leur histoire, d’accéder à des soins et à une indemnisation.
• Destruction des archives
L’association constate la disparition quasi totale des archives : listes d’élèves, photos de classe, documents des colonies de vacances et des Scouts de France, dossiers de prêtres pourtant signalés dès le séminaire et déplacés à plusieurs reprises.
• Conséquences humaines majeures
Les victimes présentent des troubles psychotraumatiques sévères, des amnésies, des maladies chroniques, des addictions, un isolement social important. Plusieurs suicides ont été rapportés. Aujourd’hui, ce sont les victimes elles-mêmes qui accueillent et soutiennent les nouveaux témoins, en partenariat avec France-Victimes-Le Mars, sans aucune aide de l’Église locale.
Contacts de l’association Eclats :
Mail : [email protected]
Site internet : https://coabusesreims.wixsite.com/victimesprotreims
Le diocèse nie toute destruction d’archives, met en avant ses initiatives en faveur des victimes et de la reconnaissance des abus, et annonce un appel à témoignages à venir dans le prochain hors-série de la lettre diocésaine, communiqué à l’association Eclats :
Communiqué du diocèse de Reims :
« Depuis 2016, le diocèse de Reims comme tous les diocèses de France a entrepris, grâce à des personnes victimes qui sont venues rencontrer la cellule d’écoute mise en place, un travail de vérité. Tous les témoignages ont été transmis par le diocèse lui-même à la justice qui a fait les enquêtes qu’elle a jugées nécessaires.
Les fondateurs de l’association Eclats avaient été reçus par la cellule d’écoute lorsqu’ils l’ont demandé et il a toujours été répondu à leurs questions concernant leurs agresseurs, dans la mesure de ce que le diocèse pouvait connaître. Il est vraisemblable que toutes les personnes qui ont pu être victimes d’un prêtre du diocèse n’ont pas encore parlé.
C’est pourquoi la cellule d’écoute du diocèse se tient toujours à leur disposition. Elle s’est renouvelée et ses membres se forment pour les recevoir au mieux. Il est compréhensible que certaines personnes ne souhaitent pas s’adresser au diocèse et se tournent donc directement vers l’INIRR (Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et de Réparation créée par les évêques de France en 2021) ou vers une association comme Éclats. Mais la cellule d’écoute, comme cela a été dit à plusieurs reprises dans les journaux locaux, se tient toujours à leur disposition.
Sollicité par Ici Champagne Ardennes, le diocèse ne peut que regretter que le communiqué transmis ce jour à Ici Champagne Ardennes par l’association Éclats télescope des faits (violences, destruction d’archives, silence institutionnel) sans les mettre en perspective historique et mentionne trois noms de prêtres comme si les faits les concernant étaient établis de la même façon.
Le communiqué mentionne des faits : soumission chimique, prise de photographies pédopornographiques, dont le diocèse n’a aucune connaissance.
Le diocèse n’a connaissance d’aucune destruction d’archives faite pour dissimuler des faits à la justice. Les archives sont parcellaires parfois. Les faits d’agression mentionnés n’étaient pas connus, la plupart n’ont été dénoncés qu’à une date récente. Encore une fois, tous ceux qui ont été connus ont fait l’objet d’un signalement.
Enfin, l’archevêque a organisé à deux reprises des conférences de presse, la dernière le 30 avril 2025, au cours desquelles il a répondu à toutes les questions qui lui avaient été posées.
En septembre 2021, le diocèse avait fait jouer la pièce « Pardon ? » à Reims et à Charleville-Mézières et une vidéo avait été présentée à Fismes, à Givet et à Pouru-Saint-Remi.
Chaque année, la journée de prière pour les personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église a fait l’objet d’une communication et a été ouverte à tout public. La prochaine aura lieu le jeudi 12 mars 2026, à 20h, à l’église Saint-Maurice à Reims.
Enfin, il est prévu qu’un appel à témoignages soit lancé dans un prochain hors-série de la Lettre d’information du diocèse à destination de tous les diocésains. L’association Eclats en a été averti, le texte de cet appel à témoignages lui a été soumis et elle a été invitée à se présenter dans ce document.
L’association Eclats est invitée depuis deux ans à rencontrer le Conseil de Vigilance du diocèse ainsi qu’à la réunion annuelle de préparation du temps de prières pour les victimes.
Le diocèse de Reims redit sa détermination à accueillir les personnes victimes, à recevoir leur témoignage, à mettre au jour les faits commis par des prêtres qui seraient mis en cause et à le faire en toute transparence à l’égard de la justice de notre pays. Il sait combien les violences sexuelles subies dans l’enfance peuvent engendrer de souffrances et de traumatismes et il souhaite contribuer à leur reconnaissance et à la réparation grâce à l’instance mise en place. Il redit sa disponibilité à travailler avec l’association Éclats qui l’a sollicité il y a quatre jours pour mettre en place un soutien psychologique aux personnes victimes ».
Contact de la cellule d’écoute du diocèse de Reims et des Ardennes : [email protected]
Contact de l’Instance nationale Indépendante de reconnaissance et de réparation (INIRR) : [email protected]
Communique-du-diocese-de-Reims-et-des-Ardennes-11-fevrier-2026

EMB a toujours été un grand spécialiste de la dissimulation. On se demande comment le rapport de la CIASE a pu être publié dans ces conditions