Le site des Franciscains Mineurs Conventuels – la congrégation de Mgr Bustillo, qui ne compte que 16 religieux en France (Lourdes, Cholet, Narbonne, le couvent de Tarbes a été fermé) et 3 à Bruxelles en Belgique, communique sur des poursuites canoniques au sujet d’un frère non prêtre et d’un autre qui l’est :
« À la suite de la conclusion de l’enquête préliminaire interne à la Custodie provinciale de France-Belgique, menée par le dominicain Albert Bazyk sur mandat de l’Ordre des Frères Mineurs Conventuels, en synergie avec la Province italienne de Saint-Antoine de Padoue et la Custodie elle-même – ouverte à la suite de signalements concernant certains frères appartenant à la Custodie de France-Belgique – il est annoncé que, après vérification de la vraisemblance et du bien-fondé des accusations (CIC can. 1717), les actes seront transmis par le Ministre général au Dicastère pour la Doctrine de la Foi, compétent pour décider de la suite à donner (Sacramentorum Sanctitatis Tutelam, art. 10) ; si un procès canonique est engagé, ce sera l’occasion de vérifier davantage la véracité des faits, l’imputabilité et la responsabilité des individus, et de permettre à nos confrères d’exercer leur droit à la défense.
Pour le confrère non prêtre, la procédure disciplinaire appropriée a été engagée par le biais d’une admonestation canonique (CIC can. 1339).
Nous renouvelons notre proximité avec toutes personnes concernées et confirmons notre engagement à les protéger.
Fait à Cholet le 24 décembre 2025, fr Jean-François-Marie Auclair, Custode Provincial
Sur Threads Natalia Trouiller donne quelques précisions :
- il s’agit des frères Jack Mardesic et Daniel-Marie Thévenet du couvent de Bruxelles
- le frère non prêtre (Jack) fait l’objet d’une sanction : »l’enquête préliminaire est suffisamment solide pour que le frère non prêtre soit l’objet d’une sanction et non d’une mesure conservatoire. Les faits sont donc crédibles, graves et non prescrits« .
- le frère prêtre (Daniel-Marie) est renvoyé pour procès éventuel au Dicastère pour la Doctrine de la Foi. Cela signifie que nous sommes dans le domaine des « cas réservés » au DDF, les fameux « délits les plus graves » [delicta graviora]. En gros, abus sur mineurs ou atteinte aux sacrements.
Le frère Daniel Marie Thévenet, ancien délinquant ordonné prêtre en 1991 a refondé le couvent de Narbonne avec le futur Mgr Bustillo et un autre frère en 1994. A cette époque, faute d’exorciste diocésain, il pratique des exorcismes et fréquente les sessions Agape aux Béatitudes du Château-saint-Luc. Il pratique aussi des guérisons. Muté au couvent de Cholet qu’il refonde en 2006 – c’est la plus grosse communauté des Franciscains mineurs conventuels en France et Belgique à ce jour, dans cette ville la pastorale des jeunes leur est confiée – il part ensuite pour Bruxelles en 2012.
Sous le coup d’une enquête canonique préliminaire depuis juin 2025 et interdit de tout ministère public, il prêche quand même dans un groupe charismatique de Bruxelles. Il est aussi depuis 2013 le référent du réseau spirituel Les sentinelles de la sainte Famille, fondé en Belgique dans le diocèse de Malines-Bruxelles.
Prières de guérison et pseudo-guérison de l’arbre généalogique
Grand adepte des prières de guérison y compris sur des mineurs, il s’est aussi illustré à Quimper, relève le site Après la Ciase : « en 2023, le Jesus’Day 4 est organisé dans la cathédrale de Quimper avec le soutien du diocèse de Mgr Laurent Dognin Lors de la veillée du samedi, le Père Daniel-Marie propose aux participants de revivre les neuf mois dans le ventre de leur mère et guérir « maladies et […] souffrances qui ont été transmises par les ancêtres ».
Dans un article publié dans la revue Etudes, sœur Anne Lécu analyse une vidéo (retirée de Youtube depuis) de Daniel Thevenet : « Daniel Thevenet commence par modifier l’expression « messe de guérison de l’arbre généalogique » et propose de la remplacer par « messe pour les vivants et les défunts de nos familles ». Il s’appuie sur l’arbre généalogique (le « génogramme ») pour y débusquer les récurrences « inquiétantes et anormales » (17’54) de pathologies diverses (stérilités, décès à répétition, etc.), car « les mauvaises pratiques de nos ancêtres restent parfois comme des liens transgénérationnels et la messe nous aide lorsqu’il y a une trop forte pression de ce foyer du péché ».
Seulement en 2007, une note doctrinale de la CEF a condamné sans équivoque ce type de pratiques et de prières : « Que les âmes des défunts encore au purgatoire puissent nuire de façon actuelle et décisive à la santé spirituelle de leurs descendants, et qu’en délivrant les uns, on puisse actuellement guérir les autres, voilà qui apparaîtrait comme une vérité nouvelle dans l’Église catholique et sans appui dans la Tradition : on ne saurait ni la reconnaître ni la mettre en pratique« .
« des enseignements en flagrante opposition au catéchisme«
Dominique Auzenet s’était exprimé sur son blog au sujet de Daniel-Marie Thévenet et des responsables religieux qui légitiment ses dérives spirituelles :
« Outre qu’il prodigue une pastorale et des enseignements en flagrante opposition au catéchisme (par ex. les « âmes errantes »), Daniel-Marie promet à ses fidèles de les guérir immédiatement de maladies graves, de leur faire surmonter l’échec scolaire ou de les libérer de pratiques ésotériques exercées par leurs ancêtres jusqu’à la dixième génération. Il serait même capable de faire replonger ses adeptes dans leurs souvenirs durant les neuf mois qu’ils ont passés in utero, jusqu’à leur naissance, comparant le vagin maternel à celui de la Vierge Marie, qualifié de « tunnel de gloire ».
Il est sans doute disciple des funestes Agapèthérapies du Dr. Dubois, à l’époque dans la mouvance de la communauté des Béatitudes, qu’il a vraisemblablement côtoyée dès l’époque du Château Saint-Luc à la fin des années 1990. Daniel-Marie se présente aussi comme l’unique référent d’une communauté de plusieurs centaines de femmes aux statuts nébuleux. Il se prend à disserter avec les femmes de cette communauté, « d’épousailles mystiques ». La relation entre lui et ces femmes est comparable à celle de Joseph à Marie, selon ses propres mots. Daniel-Marie choisit ses combats, en refusant de « se laisser culpabiliser » par les scandales d’abus sexuels dans l’Eglise, ou en cultivant des liens avec la pastorale des jeunes de Bruxelles et une ONG visée par une enquête pour complicité de crimes de guerre par le parquet antiterroriste français« .
Et de déplorer le manque de discernement de plusieurs prélats qui l’ont laissé remplir des églises et l’ont légitimé – tout en donnant pour certains d’entre eux des leçons de morale et de communion à d’autres communautés de fidèles, qui n’abusent pas des prières de guérison et des dérives charismatiques (ceci explique peut-être cela) : « ses enseignements, relayés sur les réseaux sociaux et légitimés par plusieurs responsables religieux (Mgr Aupetit, Mgr Joly, Mgr Dognin, indirectement par Mgr Delmas et le cardinal de Kesel), mettent en danger la santé psychologique et physique des fidèles, en plus d’ouvrir la voie à une mystique dévoyée ».
