Miné par des conflits ethniques et internes, le diocèse de Wemba en RD Congo – 365 000 catholiques, répartis dans 25 paroisses desservies par 58 prêtres, refuse mordicus son évêque nommé par le pape François en janvier 2024 encore – Mgr Emmanuel Ngona Ngotsi, membre des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs). Une partie du clergé insiste pour avoir un évêque local, en réponse, Rome a suspendu la formation du séminaire diocésain et invité les séminaristes à finir leur formation dans des diocèses voisins.
Comme l’explique sur son site la FSSPX, « l’évêque Ngona Ngotsi succède à l’évêque Janvier Kataka Luvete, un Zambien qui a pris sa retraite en 2024 à l’âge de 76 ans, après trente ans de service épiscopal. Né à Bambu-Mines, dans le diocèse voisin de Bunia, l’évêque Ngona Ngotsi a exercé son ministère au Niger et au Burkina Faso avant de revenir en RDC. Consacré évêque le 15 septembre 2024 à Kinshasa par le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de la capitale, il est perçu par ses opposants comme un « étranger », non originaire de la région de Wamba« ; le diocèse est administré par Mgr Sosthène Ayikuli Udjuwa de Mahagi-Nioka.
Non seulement il n’a pas pu prendre possession de son évêché, mais le 26 février 2024 des fidèles ont envahi la cathédrale puis saccagé l’évêché de Wemba.
Le cardinal Fridolin Ambongo s’est rendu dans le diocèse mi-octobre 2025 pour tenter de convaincre le clergé d’accepter son évêque, sans y arriver. Les fidèles se sont même opposés à ses propos de vive voix : « face aux fidèles qui refusent de céder, l’archevêque de Kinshasa a usé en vain de sa rhétorique. «Alors, écoutez, écoutez moi bien. Le pape dit; j’ai écouté votre demande, je suis même disposé à aller dans le sens de ce que vous avez demandé, mais pour pouvoir le faire, il faut que le processus de nomination du premier soit complété, parce que si ce n’est pas complété je ne peux pas le transférer», a-t-il expliqué avant que les fidèles réagissent en criant ensemble et en chœur «NON». «Vous dites non parce que vous ne connaissez pas la loi de l’église. Si vous êtes des catholiques, c’est cela la procédure dans l’église. Ou nous sommes des catholiques ou nous ne sommes pas des catholiques», a poursuivi le prélat, en demandant d’éviter des réactions émotionnelles et d’être manipulés ».
Comme l’explique la presse locale, « les fidèles catholiques de Wamba voulaient voir l’abbé Masizandre, un natif, devenir évêque, à la place de l’évêque Ngona que Vatican a nommé à la fin du mandat de janvier Kataka ». Le cardinal Ambongo a expliqué dans son sermon que le pape Léon XIV était prêt à l’accepter, à condition que le clergé et les fidèles acceptent la nominaton de Mgr Ngontsi, qui sera ensuite transféré : « «La vérité c’est ce que je vous transmets maintenant. Le pape est disposé à accéder à votre demande, cela signifie qu’il ne peut le faire qu’en transférant l’évêque. Or l’évêque n’est pas encore devenu votre évêque, comment il va le transférer?». Peine perdue.
Subsides coupés et séminaire fermé
Dans son homélie, le cardinal Ambongo a expliqué qu’accepter la nomination de 2024 – avant un éventuel transfert – permettrait de rouvrir les maisons de formation du diocèse et obtenir de nouveau les subsides venant de Rome : « «Nous trouverons une solution avec la réouverture des maisons de formation propédeutique, petits séminaires, nous trouverons des solutions avec le retour de nos enfants dans les grands séminaires à Kisangani et à Bunia, ce qui est interdit aujourd’hui. Nous trouverons des solutions aussi sur le plan financier. Aujourd’hui le diocèse de Wamba ne reçoit plus des subsides, des fonds qui arrivent des organismes de l’église».
Le 7 octobre dernier en effet, le Vatican a suspendu la formation des prêtres dans le diocèse, invitant les séminaristes à se présenter dans d’autres séminaires du pays : « dans sa lettre du 7 octobre, Mgr Sosthène Ayikuli Udjuwa indique que le Dicastère pour l’Évangélisation a estimé que « la formation des futurs prêtres dans un environnement ecclésial aussi difficile serait totalement inappropriée, et en a donc ordonné la suspension jusqu’à nouvel ordre. Ainsi, le Dicastère a décidé que les séminaristes souhaitant poursuivre leur formation sacerdotale peuvent s’adresser à d’autres évêques disposés à les accueillir, après un discernement approprié. Cela signifie que les séminaristes du diocèse de Wamba ne pourront poursuivre leur formation sacerdotale qu’après avoir rempli la condition mentionnée ci-dessus. Implicitement, cela signifie aussi que si un séminariste souhaite plutôt embrasser une vocation à la vie religieuse, il peut demander à être admis comme candidat dans un institut de vie consacrée ou une société de vie apostolique, afin d’y continuer sa formation selon les normes de cet institut ou de cette société. », explique l’évêque de Mahagi-Nioka.
Néanmoins à ce jour la crise ne semble toujours pas résolue.
Un précédent au Nigéria en 2012
D’après la FSSPX, le cas du diocèse de Wemba n’est pas le premier : « la crise de Wamba rappelle celle de 2012 dans le diocèse nigérian d’Ahiara, où les fidèles avaient rejeté l’évêque Peter Ebere Okpaleke, nommé par Benoît XVI, car il n’appartenait ni au clergé local ni à l’ethnie Mbaise. N’ayant pu être installé, Mgr Okpaleke fut contraint à la démission en 2018 ; en guise de consolation, le pape François le nomma cardinal en 2022″.
A l’époque, Rome avait aussi essayé la force pour soumettre le clergé, sans résultat, rappelle College of Cardinals report : ‘‘la crise s’est envenimée au point que le pape François est intervenu en 2017, donnant aux prêtres d’Ahiara trente jours pour écrire au Vatican et s’engager à obéir sous peine de suspension. Bien que les prêtres aient répondu à l’ordre, ils ont continué à rejeter Okpaleke. Le 19 février 2018, le pape François a accepté la démission d’Okpaleke de son poste d’évêque d’Ahiara ». Deux ans plus tard il a été nommé « premier évêque du nouveau diocèse d’ Ekwulobia« , où il a été installé sans problèmes en avril 2020.
