L’assassin du père Olivier Maire, Emmanuel Abayisenga, réfugié rwandais en situation irrégulière, a été condamné à 30 ans de prison ferme après quatre jours de procès du 19 au 22 janvier en Vendée. Précédemment, il avait été condamné à quatre ans ferme pour l’incendie de la cathédrale de Nantes. Le procès n’a pas permis d’en savoir plus sur les motivations de l’accusé, qui a gardé son silence – et même refusé de venir le deuxième jour, il a du être extrait de force de la maison d’arrêt au début de l’audience.
Dès le premier jour du procès, apparaissant très affaibli, l’accusé « réclame un papier et prend le temps infini d’écrire. La présidente, Anne Haye, le lit à la cour. « Merci de respecter mon droit au silence. Je n’ai pas besoin d’interprète, ni d’avocat. » Le second jour, les comptes-rendus d’audition de l’accusé en garde à vue après l’assassinat du supérieur des monfortains ont été lus : « placé en psychiatrie pendant 14 mois, Emmanuel Abayisenga a été entendu en garde à vue par les militaires au sein de l’Unité pour malades difficiles d’Albi. On avait l’impression qu’il se positionnait en victime , se remémore l’adjudante de la brigade de recherches de La Roche-sur-Yon, qui a mené l’interrogatoire. L’accusé assurait à l’époque vouloir se défendre d’une agression du provincial dans l’escalier. Par peur, il aurait saisi une chaise en bois pour frapper le prêtre et aurait porté deux coups à la victime. Il a également évoqué le fait qu’Olivier Maire cherchait à le castrer. Problème, les nombreuses investigations menées pendant des mois viennent contredire l’ensemble de ses déclarations. D’abord, personne n’a jamais entendu une quelconque castration être évoquée au sein de la communauté. Et ce malgré une cinquantaine de personnes entendues. Ensuite, les éléments techniques viennent démontrer qu’Olivier Maire a été tué à l’aide d’un objet contondant ».
Au troisième jour du procès sont apparus les éléments diffus d’une préméditation – ce qui explique aussi le quantum de peine. Ainsi, un homme qui avait pris en stop l’accusé explique : « on a discuté une quarantaine de minutes. Il m’a dit qu’il venait de Nantes. Qu’il vivait chez les Montfortains. Il disait qu’il n’avait pas de liberté là-bas. Au fil de la discussion, le conducteur assure avoir recueilli une confidence troublante du Rwandais de 45 ans. Il m’avait dit que son ami aurait dû faire pire à Nantes pour que toute la France en parle. Un malaise s’installe devant la cour d’assises. Je n’ai compris qu’après qu’il parlait de lui. Emmanuel Abayisenga a en effet été condamné à quatre ans de prison pour l’incendie de la cathédrale de Nantes, en 2023« .
Le parcours d’Emmanuel Abayisenga témoigne aussi d’une certaine faillite de l’Etat : il a été condamné quatre fois à une obligation de quitter le territoire français, aucune n’a été exécutée. « Il s’est inventé enfant soldat et victime de génocide pour obtenir l’asile en France. Puis gravement malade auprès de plus de quatre-vingts médecins entre 2013 et 2020, toujours pour obtenir des papiers« .
Il a incendié la cathédrale pour punir le préfet d’avoir fait échouer son inscription au séminaire ?
La déposition d’un autre prêtre monfortain a pesé lourd pour l’accusation : « il m’a parlé de l’incendie de la cathédrale de Nantes. C’était la première fois qu’il l’évoquait. Il m’a expliqué que le diocèse avait accepté de l’inscrire au séminaire, mais que ça n’avait pas pu se faire sans titre de séjour. Il m’a dit qu’il avait mis le feu pour montrer sa colère contre le préfet. […] Fiammetta Esposito, l’avocate générale, l’interroge : Vous n’aviez pas peur qu’il brûle l’église comme à Nantes quand il est arrivé ? Le missionnaire laisse filer quelques secondes. Le dimanche de la mort d’Olivier, je n’étais pas à Saint-Laurent. Quand on m’a appelé, on m’a dit qu’Emmanuel avait fait des dégâts. Je pensais qu’il avait brûlé la basilique ».
En revanche, les expertises psychologiques n’ont pas permis d’éclairer les motivations de l’accusé, notamment au sujet de ses mensonges successifs sur son parcours migratoire : « quelle portée donner aux analyses d’experts qui n’ont quasiment rien pu tirer de l’accusé ? J’ai arrêté l’entretien au bout de vingt minutes , concède la psychologue. L’examen a été particulièrement laborieux , abonde la psychiatre. Pour pallier le mutisme d’Emmanuel Abayisenga, les experts s’appuient sur un ancien dossier […] Alors, quand la psychiatre s’appuie sur les mensonges de l’accusé pour étayer son propos, le malaise s’installe. Il a un parcours marqué par différents traumatismes qui crée une personnalité d’une grande complexité , résume l’experte. Anne Haye, la présidente, révèle la vérité à la professionnelle. Cela change-t-il quelque chose pour vous ? questionne la magistrate. Réponse de la psychiatre : Il a pu en rajouter de manière opportuniste, mais il ne peut pas inventer un stress post-traumatique ».
