Sur RTL, Pierre-Vincent Guéret, président de la Fédération nationale des organismes de gestion de l’enseignement catholique (Fnogec) a annoncé la fermeture de Bétharram, établissement dont 237 anciens élèves ont déposé des plaintes pour viols ou violences physiques – deux d’entre elles ne sont pas prescrites, et un ancien surveillant actuellement en détention sera bien jugé. Néanmoins le démenti de la fermeture de l’établissement par Guillaume Prévost, secrétaire général de l’enseignement catholique, a déclenché un feuilleton médiatique, bien pénible pour les victimes totalement passées sous silence, entre caciques de l’enseignement catholique qui souhaitent tirer un trait, et communication plus ou moins mal maîtrisée.
Pierre-Vincent Guéret a annoncé la fermeture de l’établissement à l’été : « L’établissement Bétharram éclabousse par sa réputation l’intégralité de l’enseignement catholique, souligne-t-il. Le mot Bétharram doit être envoyé aux oubliettes de l’Histoire ». « Institutionnellement, Bétharram va fermer. Opérationnellement, Bétharram doit déménager », poursuit-il, en fixant une échéance « à l’été ».
Très offensif, il a développé son propos : « derrière la notion d’établissement de Bétharram il y a le symbole et l’établissement physique [qui] doit disparaître car vous ne pouvez pas porter un projet positif» dans ces lieux. En termes de calendrier «la logique […] est qu’à l’été, il faut que ce soit fait. Toutefois, «la tutelle est internationale» et pour mener le projet à bien, «il faut que Rome donne son accord« .
Le site Bétharram ferme, pas l’établissement le Beau Rameau
Néanmoins l’enseignement catholique et le SGEC Guillaume Prevost ont rapidement démenti la fermeture de l’établissement par communiqué, semant une certaine confusion. » «A ce stade», il n’est «pas question de fermeture de l’établissement» scolaire Le Beau Rameau, anciennement Bétharram. « L’Enseignement catholique «travaille collectivement à réunir toutes les conditions pour rétablir la confiance et la sérénité» dans cet établissement béarnais. Ce travail demande temps et discernement. Il n’est pas question de fermeture de l’établissement à ce stade»
En réalité, le site de Betharram fermera bien – il accueille aujourd’hui un collège et une trentaine d’élèves internes – et l’établissement le Beau Rameau (le nouveau nom du collège de Betharram depuis 2008) va se recentrer sur le site de l’ancienne école de filles à Igon où se trouvent déjà l’école et le lycée.
Le syndicat SNEC-CFTC a précisé qu’il s’agissait du déménagement de l’établissement vers Igon : « La recherche d’un buzz médiatique ne doit pas prendre le pas sur la réalité. Une annonce imprécise crée une tension inutile chez les élèves, les familles et les personnels. L’ensemble scolaire Le Beau Rameau est en restructuration depuis plusieurs mois et le déménagement du collège de Bétharram et de l’internat des garçons sur le site d’Igon où sont implantés l’école et le lycée, est acté depuis plusieurs mois, après une réflexion menée depuis longtemps. Le Snec-CFTC agit localement pour que les intérêts des salariés et des enseignants soient respectés. Gommer le nom Bétharram ne fera pas oublier les faits criminels qui s’y sont déroulés et la responsabilité de leurs auteurs. Les équipes au travail aujourd’hui dans cet ensemble scolaire sont au service des élèves et des familles. Le Snec-CFTC les soutient. Le Snec-CFTC invite chacun à s’abstenir à ce stade de tout effet d’annonce susceptible d’altérer la sérénité scolaire et de fragiliser la communauté éducative. »
Une fermeture surtout liée à l’état des bâtiments et au manque d’élèves
Dans la presse régionale, un syndicaliste de l’UNSA décrit un établissement à bout de souffle : « : “c’est un établissement, dans lequel, finalement il restait peu d’élèves. En fait, il avait différentes structures, notamment un lycée professionnel. Ce n’était pas un établissement pérenne en terme financier, avec notamment la problématique des locaux à rénover, qui étaient vraiment à la limite de l’insalubrité, comme on a pu le voir sur les documents photographiques publiés à la faveur de la crise. L’internat en particulier était en très mauvais état. Tout tenait par des bouts de ficelles. Pour moi cette fermeture est multifactorielle. Certes, pour l’enseignement catholique, cette fermeture a une dimension symbolique. Mais l’association de gestion, l’OGEC, a surtout dû regarder l’ampleur de la rénovation des locaux et son coût financier. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la décision est annoncée par le président national de la fédération des OGEC: c’est aussi une décision politique: c’est une façon, aussi, de se retirer du guêpier”.
Le site lui même, contraint par le Gave, bordé par les bâtiments de la congrégation (sanctuaire de Bétharram, maison de retraite dans l’ancien apostolicat, musée) et de bâtiments en ruine (ancien lycée notamment) est assez morose et ne permet guère d’extensions et de rénovations.

La congrégation de Betharram a abandonné la tutelle sur l’ex-collège Betharram
Réagissant au feuilleton médiatique, « la Congrégation de Bétharram assure avoir appris l’annonce de la fermeture de l’établissement dans la presse et précise que l’ensemble scolaire Le Beau Rameau est sous la tutelle de la congrégation des Filles de la Croix depuis juillet 2025« .
« Tirer un trait sur Betharram ne change rien à la souffrance des victimes, qui demeure »
La fermeture annoncée du site de Betharram a suscité de nombreuses réactions, politiques, mais aussi de personnalités liées au combat des victimes. Certaines se sentent « oubliées par ces annonces de pure communication, en plus hésitantes – le SGEC contredit presque ouvertement le Fédération nationale des organismes de gestion de l’enseignement catholique, ce qui souligne très bien la crise des responsabilités dans l’enseignement catholique, où en pratique personne n’est vraiment responsable de rien« .
Pour une autre, « tirer un trait sur Betharram en fermant l’établissement ne changera rien à la souffrance des victimes, qui demeure notre vie durant. Dans cette séquence médiatique, les victimes sont totalement passées sous silence par l’enseignement catholique, on comprend bien que ce sont des problèmes de gestion et d’image qui sont mis en avant« .
Jean Pierre Massias, président de la commission d’enquête sur les violences à Betharram, a réagi dans Sud-Ouest : « il ne faut pas que la fermeture de Bétharram soit une opération de blanchiment à peu de frais. Si on peut en comprendre la logique, cela ne règle pas la question de la violence passée à Bétharram et encore moins celle des violences dans les lieux d’enseignement catholique. La fermeture ne peut pas occulter la question des réparations, de la reconnaissance des victimes et de la prévention des violences. »
