Le curé de la cathédrale Notre-Dame Immaculée de Monaco, le chanoine Daniel Deltreuil, a été jugé le 6 janvier dernier pour des faits de harcèlement moral sur trois salariés entre 2019 et 2022. Mgr Dominique Marie-David, archevêque de Monaco, avait alerté la justice après avoir reçu deux courriers d’alerte du sacristain sur la « situation épouvantable » des employés laïcs.
Comme le développe la presse locale, « Daniel Deltreuil, 67 ans, archidiacre, curé de la cathédrale, président de la vénérable Archiconfrérie de la miséricorde et aumônier de l’association des chevaliers Pontificaux, comparaissait pour des faits de harcèlement moral au travail commis entre novembre 2019 et novembre 2022 sur trois gardiens* de la cathédrale : un encore en poste et deux anciens salariés.
Les faits reprochés sont nombreux : menaces répétées de licenciement, insultes et remarques désobligeantes en public, humiliations sur le physique ou l’absence de diplômes, retards dans le versement des salaires, conditions matérielles dégradées, et même l’obligation de fournir des preuves photographiques pour justifier un passage aux toilettes« .
Le chanoine Deltreuil : « je demande de l’exigence«
Pour sa défense, le chanoine Daniel Deltreuil, qui avait été placé sous contrôle judiciaire en 2022 avec interdiction de paraître à la cathédrale, évoque son parcours : » « enfant d’une famille d’artisan dans le Périgord », converti à 20 ans, ordonné prêtre le 21 juin 1992. Face aux accusations, il reconnaît avoir été exigeant mais nie toute intention de nuire : « Si je me mets en colère, c’est sur le moment, après c’est terminé. Je demande de l’exigence et je le suis aussi pour moi, que cette cathédrale soit impeccable, c’est ce qui m’a été demandé. Ces employés prenaient certaines libertés. C’est normal que la moutarde monte au nez et que j’aie dit des choses maladroites. Je ne suis pas le patron idéal mais je ne suis pas un tortionnaire non plus ».
Expertise psychologique et témoignages des salariés accablants
L’expertise psychologique est en revanche accablante : « personnalité de type narcissique avec une composante borderline – ou « trouble de la personnalité limite» qui se caractérise par une instabilité émotionnelle – faible empathie, besoin d’autoritarisme et de domination, « certaine perversité » avec un «plaisir à nuire à l’autre », selon les termes lus par le tribunal« .
Tout comme les témoignages des victimes et ex-employés : « « Dès ma prise de fonction, je n’étais jamais assez rapide, je ne prenais que des remarques. Il me tutoyait, je lui faisais la bise même si je ne voulais pas ».
Un autre employé témoigne : « Il me rabaissait devant les gens. Il faisait des remarques sur les pauses toilettes, je devais montrer par une photo que j’étais bien allé aux toilettes. On ne pouvait pas boire pendant le service. Nos chaussures étaient très abîmées, j’avais de l’eau dedans pendant les temps de pluie. Les tenues étaient très peu changées. ».
« Bande de cons, pas de diplôme, vous ne savez rien faire, vous êtes des imbéciles, beaucoup trop payés pour ce que vous faites, je connais du monde haut placé »
« On le craignait. Il nous montait les uns contre les autres. Il arrive à manipuler, il passe son temps à dénigrer les autres. »
Un avocat souligne « des insultes, des poubelles renversées où l’on donne l’ordre de ramasser pour humilier, la menace permanente du licenciement pour que les employés vivent dans la crainte. On est à la limite du sadisme. Il prend consciemment plaisir à nuire à l’autre »
Le prévenu aurait voulu que l’affaire passe à huis clos – raté
Le procureur a souligné que « le comportement du père Deltreuil est « contraire aux préceptes des hommes d’Église ». Elle lira par la suite certains échanges téléphoniques entre le prévenu et d’autres membres de l’Église monégasque, qu’elle qualifie d’« affligeants ». Dans l’un d’eux, adressé à un ami prêtre, il aurait écrit : « Il faut que cette affaire passe à huis clos, il faut demander au Palais de clore le dossier. Il ne faut pas qu’il y ait des journalistes présents... »
Elle requiert » 12 mois d’emprisonnement avec sursis assorti d’une mise à l’épreuve de deux ans avec obligation de soins, une interdiction de contact avec les victimes, une interdiction de paraître à la cathédrale de Monaco, une interdiction d’exercer la profession de prêtre pendant trois ans et une interdiction de contact avec les mineurs« . La défense plaide la relaxe. Décision le 19 janvier prochain.
