Dans une dépêche du 15 février, l’agence I.Media, « spécialisée sur le Vatican », écrivait : « La proximité des fêtes de Pâques et l’anticipation avec laquelle Benoît XVI a annoncé son retrait pourraient pousser les cardinaux à avancer quelque peu cette date, indiquent à I.MEDIA des sources vaticanes. » Citant le Père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican, I.Media précise : « Si ce texte [Universi Dominici gregis, UDG] laisse au collège des cardinaux “la faculté de différer de quelques jours, s’il y a des motifs graves, le commencement de l’élection” […] », etc.
Il n’en est évidemment rien. Les cardinaux, même réunis au complet en collège, même unanimement, n’ont pas le pouvoir d’avancer la date d’entrée dans le conclave et UDG ne laisse pas cette « faculté » aux cardinaux. Seul le pape régnant peut, avant la date de la prise d’effet de sa renonciation (28 février, 20 h), décider souverainement de fixer la date d’ouverture du conclave et de l’anticiper – ce qui serait raisonnable – en modifiant une ou plusieurs prescriptions de la constitution apostolique de son prédécesseur. Ils ne le peuvent ni avant le 28 février, ni après (« Pendant la vacance du Siège apostolique, le Collège des Cardinaux n’a aucun pouvoir ni aucune juridiction sur les questions qui sont du ressort du Souverain Pontife, durant sa vie ou dans l’exercice des fonctions de sa charge ; ces questions devront toutes être réservées exclusivement au futur Pontife. Je déclare donc invalide et nul tout acte de pouvoir ou de juridiction appartenant au Pontife Romain, durant sa vie ou dans l’exercice des fonctions de sa charge, que le Collège des Cardinaux lui-même croirait devoir poser, sinon dans les limites de ce qui est expressément permis par la présente Constitution », UDG 1 ; « Durant la vacance du Siège apostolique, on ne peut en aucune façon corriger ni modifier les lois promulguées par les Pontifes Romains, ni leur ajouter ni leur retrancher quelque chose, ni en dispenser même partiellement, surtout en ce qui concerne les règles pour l’élection du Souverain Pontife. De plus, s’il se produisait éventuellement que quelque chose soit fait ou tenté contre cette prescription, de par ma suprême autorité, je le déclare nul et non avenu », UDG, 4).
Pas d’accord du tout avec votre analyse.
D’abord, parce qu’ IMedia n’invente rien mais ne fait que répercuter les propos du P. Lambardi qui est le porte parole officiel du Saint-Siège, qui marche sur des oeufs depuis lundi et qui ne se serait pas hasardé sur ce terrain délicat sans informations sérieuses.
Ensuite et surtout, parce qu’il faut je crois relire la constitution apostolique, à son n°37 « J’établis aussi que, à partir du moment où le Siège apostolique est légitimement vacant, les Cardinaux électeurs présents doivent attendre les absents pendant quinze jours pleins ; toutefois, je laisse au collège des Cardinaux la faculté de différer de quelques jours, s’il y a des motifs graves, le commencement de l’élection. Mais, passés vingt jours au plus depuis le commencement de la vacance du siège, tous les Cardinaux électeurs présents sont tenus de procéder à l’élection. »
Le délai de 15 jours est fait pour attendre que le collège des cardinaux soit au complet. Si tous les électeurs sont présents à Rome et en sont d’accord, il leur est possible de se réunir plus rapidement.
Et de fait, vous citez le §4 du UDG. Il faudrait aussi citer le 5: « S’il surgissait des doutes sur les prescriptions contenues dans la présente Constitution, ou sur la façon de les mettre en œuvre, je dispose formellement que tout pouvoir d’émettre un jugement en ce domaine appartient au Collège des Cardinaux, auquel j’attribue donc la faculté d’en interpréter les points douteux ou controversés, établissant que, s’il faut délibérer sur ces questions et sur d’autres semblables, excepté l’acte de l’élection, il suffira que la majorité des Cardinaux réunis s’accorde sur la même opinion. »
Ce paragraphe permettra si le collège cardinalice est au complet et si une majorité de cardinaux en est d’accord, d’interpréter le §37 et considérer que le délai d’attente est inutile. Et comme le collège des cardinaux est l’autorité suprême pendant la vacance et qu’il n’y pas d’instance d’appel, nul ne pourra s’opposer à cette décision.
En revanche, il me semble extrêmement peu probable que Benoît XVI publie dans les prochains jours un Motu Proprio sur cette question: ce qui se passera après le 28 février ne lui appartient déjà plus.
Les jours qui viennent nous départageront sur ce point!
La constitutiion apostolique est parfaitement claire et ne prête à aucune interprétation. Le conclave ne pourra être avancé que si Benoît XVI, avant son départ, modifie sa teneur.
Jusqu’au 28 à 20 heures il en a le droit et le pouvoir.
Ni le père Lombardi, ni les cardinaux ne peuvent modifier une constitution apostolique.
Je vous ai lu comme j’ai aussi lu hier la constitution UDG1 dont un seul article fut modifié par Benoît XVI il concerne celui du % de votes requis pour l’élection d’un pape. Il le maintient à 75 %. et rend caduc le 50 %+1 prévu par JPII. Quand au Père Lombardi il ne peut annoncer une modification du nombre de jours prévus par la constitution UDG1, pour le début du conclave qui est entre 15 et 20 jours. Le seul cas qui permet aux cardinaux de modifier le nombre de jours est celui d’en augmenter les jours, en cas de forces majeures, mais en aucun cas ils ne peuvent réduire le minimum de 15 jours.
Sauf si Benoît XVI décide d’amender la constitution, ce dont je doute.
Merci, Mr Charles Ed. Durand, de votre analyse qui correspond à la mienne. Le 50 % + 1 était prévu par Jean-Paul II à partir du 31e tour de scrutin, afin de débloquer une élection dans l’impasse ou interminable, comme cela s’est, hélas, plusieurs fois produit dans le passé.
Benoît XVI a supprimé cette clause, il est revenu au 75 % des voix dans tous les cas.
Le No 37 est très clair. L’élection doit commencer au plutôt le 16e jour après la vacance officielle et au plus tard le 21e, sans exception. Faut-il citer l’article à la lettre ?
N’oublions pas que cette constitution apostolique a déjà connu des entorses. Jean-Paul II d’une part, Benoît XVI d’autre part mais de manière plus limitée, ont créé des cardinaux électeurs en nombre supérieur à ce que prévoit le texte par eux promulgué ou confirmé.
Le 21 février 2001, il y avait 136 cardinaux électeurs. Que se serait-il passé si la vacance du siège apostolique s’était produite le lendemain. on faisait un conclave à 136 cardinaux? ou on laissait à la porte les 15 derniers dans l’ordre protocolaire (rappel, un peu anecdotique, la résidence Sainte Marthe, logement prévu par la constitution, compte 129 chambres…).
S’il plait au collège des cardinaux d’anticiper de quelques jours la date du conclave (ce qui n’est pas évident, ils peuvent souhaiter des congrégations nombreuses avant le huis clos) , ils n’auront aucune difficulté à le faire.
Notez au passage que j’ai de sérieux problème d’arithmétique (ou que je tape trop vite et ne me relis pas assez…)
Merci de corriger dans le commentaire précédent « on laissait à la porte les 15 derniers dans l’ordre protocolaire » par « on laissait à la porte les 16 derniers dans l’ordre protocolaire ».
Excusez-moi, Yves, vous raisonnez très mal. Un pape peut enfreindre la constitution apostolique. C’est lui qui l’a promulguée. Le père Lombardi ni les cardinaux ne le peuvent en aucune manière.
@Jean Ferrand: Citer l’article à la lettre? C’est déjà fait, mais je peux recommencer. « J’établis aussi que, à partir du moment où le Siège apostolique est légitimement vacant, les Cardinaux électeurs présents doivent attendre les absents pendant quinze jours pleins ». Le délai de 15 jours est un délai d’attente des absents. Si tous ceux qui doivent venir sont là, la nécessité d’attendre tombe de facto.
Mais s’il doit encore en arriver ne serait-ce qu’un, l’attente est incontournable.
Je vous le dit, comme il n’y a pas de volcan en éruption qui bloque le trafic aérien, pas de grippe aviaire qui isole une partie du monde, etc, ce texte laisse de la place à une anticipation, si les cardinaux le souhaitent.
Interprétation intéressante, je le reconnais, du numéro 37. Mais le numéro 49 est sans ambiguïté :
« Les cardinaux électeurs se réuniront dans la Basilique Saint-Pierre du Vatican, ou ailleurs, selon l’opportunité et les exigences de temps et de lieu, au jour fixé – donc le quinzième jour après la mort du Pontife ou, selon ce qui est prévu au n.37 de la présente Constitution, non après le vingtième jour… »
Le choix des cardinaux ne peut porter que sur l’échéance entre le 15e et et le 20e. C’est formel.
@Jean Ferrand: mon commentaire visait surtout à pointer le fait qu’en cas de conclave s’il y a plus de 120 électeurs, ce qui serait de la responsabilité du pape, c’est bien aux cardinaux qu’il reviendrait de jongler avec une constitution qu’ils pourraient difficilement respecter, avec dans ce cas là, comme je l’exposait hier, une question irrésolue: quelle norme appliquer? On fait entrer tous les cardinaux électeurs dans la Sixtine, ou on s’arrête au 120ème pour coller à la lettre à la constitution?
Il me semble que, dans un tel cas, on aurait pris des libertés avec le texte et fait rentrer tout le monde…
Aucun rapport avec la question. Vous n’avez pas répondu à mes arguments.
Le cardinal Dolan ne veut surtout pas précipiter le conclave. Et il a raison. Je cite.
« Il a aussi dit qu’il estimait qu’il ne fallait pas précipiter le conclave (des informations ont évoqué la possibilité qu’il soit avant le 15 mars – quinze jours après la vacance du siège de Pierre – au 10 mars dès lors que nombre de cardinaux sont déjà partis pour Rome ou s’apprêtent à s’y rendre).
“Je n’ai reçu aucune information sur [le conclave] à ce jour, j’attends des instructions” a déclaré Dolan. Nos sommes conscients du fait qu’il nous faut être patients car il y a beaucoup de problèmes délicats à régler. Toutefois, j’inclinerais à penser qu’il ne faut pas précipiter le conclave. »
Pour ce qui est de l’article 49, il parle du quinzième jour après la mort du pontife. Si on veut ergoter, on peut donc considérer qu’il ne s’applique pas dans ce cas. Mais sur le fond, il renvoie au N°37 que nous avons amplement discuté.
La vraie question est bien celle que vous posez: la presse aimerait que le conclave soit anticipé. Le futur pape peut-être aussi, pour des raisons pratiques visant à avoir un peu de temps pour préparer la Semaine Sainte et Pâques. mais le collège des cardinaux, ce n’est pas évident. Et c’est bien aussi ce que je prends soin de dire dans chacun e mes messages: s’ils le veulent, ils pourraient sans trop de difficulté anticiper le conclave d’une semaine. Mais le veulent-ils? C’est une autre question.
Bon, si j’en crois Sandro Magister, il y aura Motu proprio…
(il confirme mon analyse analyse sur le fait que même sans motu proprio, les cardinaux auraient pu anticiper, mais il ajoute qu’un tel document lève toute ambigüité)
http://vaticaninsider.lastampa.it/vaticano/dettaglio-articolo/articolo/benedetto-xvi-benedict-xvi-benedico-xvi-conclave-conclave-conclave-22496/