
Le ton vient encore de monter d’un cran entre l’épiscopat américain et le gouvernement Obama. L’obstination idéologique de ce dernier ne laisse pas beaucoup d’autre choix à la Conférence épiscopale que d’aller devant les tribunaux pour défendre le principe de la liberté religieuse victime d’une attaque sans précédent de la part de l’État fédéral.
C’est ce que laisse envisager la nouvelle lettre à ses confrères dans l’épiscopat – c’est la troisième en quelques semaines –, que cardinal Timothy Dolan, archevêque de New York et président de la Conférence épiscopale des États-Unis, leur a adressée le 2 mars. Il n’y mâche pas ses mots en dénonçant la prétention du ministère fédéral de la Santé (HHS) – dont le ministre, Kathleen Sebelius, est une “catholique” ! – « de définir ce qui constitue le ministère ecclésial et comment il peut être exercé ». Les évêques, écrit le cardinal Dolan, « ont exprimé clairement et sans ambigüité au gouvernement qu’ils ne resteraient pas inertes face à cette tentative envahissante de réduire la liberté religieuse que nous chérissons comme catholiques et comme Américains. Ce n’est pas nous qui avons voulu ce combat, mais nous ne le fuirons pas ». Le cardinal dénonce, en termes forts, les pratiques gouvernementales comme « intrusion bureaucratique » et « décrets radicaux », c’est-à-dire extrémistes…
Tout en redisant la disponibilité et l’ouverture des évêques à la discussion avec le gouvernement, le cardinal Dolan ne cache pas que l’obstination de l’interlocuteur les rend vaines. Les fonctionnaires de la Maison Blanche ont, en effet, « conseillé à la conférence épiscopale d’écouter les voix “éclairées” du compromis, telle celle du récent éditorial, peu surprenant mais très gravement malheureux, d’America [l’hebdomadaire progressistes des jésuites américains]. La Maison Blanche semble penser que nous, les évêques, ne connaissons pas et ne comprenons pas l’enseignement de l’Église et ainsi, s’alignant sur sa propre définition de la liberté religieuse, elle a désormais désigné sa sélection d’enseignants catholiques officiels ». Visiblement outré par les déclarations irresponsables d’America, le cardinal, si je puis m’exprimer ainsi, en “remet une couche” quelques paragraphes plus loin : « il y en a, comme au magazine America, qui veulent que nous cédions et arrêtions le combat en disant qu’il s’agit là d’une affaire strictement politique », alors qu’il s’agit bien d’une attaque en règle contre la liberté religieuse et, à cet égard, le cardinal Dolan a bien raison de rapporter l’incroyable déclaration du gouverneur Mike Huckabee (un pasteur baptiste !) : « Dans cette affaire, nous sommes tous des catholiques ».
Les discussions étant au point mort avec le gouvernement, le cardinal Dolan, s’appuyant sur le récent arrêt de la Cour suprême des États-Unis (Hosanna Tabor v. EEOC), rendu à l’unanimité des neuf Juges, qui confirme que le Premier Amendement doit s’entendre pour le droit d’une Église de choisir des employés répondant à ses principes religieux, envisage désormais un recours devant les tribunaux : « notre conférence épiscopale (…) travaille avec des cabinets d’avocats de premier plan, qui sont si sensibles à cette affaire qu’ils nous représenteront bénévolement ». On notera le présent et futur – le conditionnel ne semble plus de mise désormais – employés par le cardinal Dolan, qui avertit, ses confrères dans l’épiscopat : « Dans les tout prochains jours, vous en apprendrez davantage sur ce développement encourageant et bienvenu ».
« Nous devons nous préparer à des temps difficiles », met en garde le cardinal. Que nos prières accompagnent le courageux épiscopat américain dont la fermeté devrait inspirer d’autres épiscopats à l’échine un peu trop souple…
Cher camarade Daniel, il est une petite anecdote (malheureusement) révélatrice dont je tiens à vous faire part. Il est en effet un argument récurrent et décisif ici à propos de ce conflit. Les catholiques américains ne cessent de dénoncer le gouvernement et sa vision laïciste par ces mots : « Nous ne sommes pas en France ! » Tout est dit.
En effet ! Merci, cher émigré…