Dom Geoffroy Kemlin, Abbé de Saint-Pierre de Solesme, vient de publier la lettre qu’il a adressée au Pape Léon XIV concernant les querelles liturgiques et la messe traditionnelle en novembre dernier. Il répond également aux questions de RCF (extrait ci-dessous) suite à la communication de cette lettre (Lettre en bas de notre article)
L’antagonisme entre les catholiques attachés au rite ancien en latin et les partisans du nouveau missel de Vatican II remonte au début des années 1970… Pourquoi avez-vous écrit au Pape maintenant ?
J’ai eu l’opportunité de concélébrer avec le Pape Léon à Sant’Anselmo, l’abbaye des bénédictins à Rome, en novembre. Le Père Abbé primat avait invité le Saint-Père pour les 125 ans de la dédicace de l’église. Et il a accepté ! A l’issue de la messe, j’ai été présenté au Pape comme étant le père abbé de Solesmes. Il s’est alors exclamé : “Ah !! Solesmes !!”, montrant qu’il nous connaissait. J’ai aussitôt eu envie de lui écrire pour lui partager certaines choses qui me tenaient à cœur depuis longtemps, sur la situation liturgique en France et au sein de l’Eglise universelle.
Pourquoi la question de l’unité liturgique vous touche-t-elle autant ?
Dans notre Congrégation de Solesmes nous avons des monastères qui célèbrent selon les deux rites : l’ancien et le nouveau. J’ai vécu cela personnellement dans mon parcours… Je suis entré à l’abbaye de Fontgombault à l’âge de 20 ans, où l’on célèbre selon l’ancien missel de Saint Pie V, avant d’arriver à Solesmes où les moines disent la messe (en latin) selon la réforme de Vatican II. J’ai vécu cette question très personnellement, très intimement.
Alors quand je vois des divisions sur ce thème je souffre ! La liturgie est faite pour faire grandir l’unité dans l’Eglise, pas pour nous diviser ! C’est pour cela que j’ai voulu partager au Saint Père, modestement, une proposition pour essayer d’avancer sur le sujet…
Dans cette lettre vous écrivez : “l’heure est venue d’œuvrer pour un véritable retour à l’unité”. Vous pensez que les désaccords sont allés trop loin ?
Tout antagonisme dans l’Eglise nous fait souffrir. Nous sommes les membres du Corps du Christ. C’est notre témoignage de montrer au monde que nous sommes unis. Pour autant, cette unité n’est pas uniformité ! Le Pape François l’a beaucoup souligné.
Concrètement, votre proposition consisterait à retoucher l’Ordo Missae de Paul VI, c’est-à-dire l’ordinaire de la messe qui comprend l’ensemble des prières et parties invariables du rite romain. Pourquoi ?
Je crois qu’il faut que chacune des sensibilités catholiques accepte de faire un pas vers l’autre. On pourrait ainsi réduire les divisions et retrouver cette unité si importante. Ce que je propose, c’est une démarche inclusive : insérer le Vetus Ordo [ndlr : l’ordinaire de la messe du missel latin d’avant Vatican II] dans le missel romain actuel. Cela permettrait d’intégrer les différentes manières de célébrer en une seule…
Quels points précis de la messe pourraient être modifiés ?
Le prêtre pourrait tout simplement choisir d’intégrer des éléments de l’ancien missel qui ne figurent plus dans celui de Paul VI. Je pense par exemple aux prières au bas de l’autel, ou à l’ancien offertoire qui a été réformé.
Cela ne risque-t-il pas de rajouter de la confusion pour les fidèles ?
Il y aura certainement un cadre à poser. La liturgie appartient à l’Eglise, c’est donc au Saint-Siège de décider ce qu’il en est. Je crois néanmoins que cette solution est possible, car la réforme liturgique a conservé beaucoup d’éléments communs avec l’ancien missel. On rajouterait simplement certaines possibilités.
L’ancien missel de Saint Pie V, auquel les communautés traditionnelles sont restées attachées, serait donc un peu modifié lui aussi ?
Effectivement. Si le Vetus ordo était inséré dans le missel actuel, cela ouvrirait de nouvelles possibilités. Par exemple : célébrer la messe selon l’ancien rite mais dans la langue du pays et plus seulement en latin. Cela permettrait aussi au prêtre d’utiliser les nouvelles prières eucharistiques et les nouvelles préfaces. Enfin, je pense au cycle des lectures : le lectionnaire actuel voulu par Vatican II est beaucoup plus riche que l’ancien. Il y aurait un vrai apport biblique pour les fidèles. Tout cela viendrait féconder le Vetus ordo.
>> La lettre de Dom Kemlin au Pape (via le site de RCF)



la solution proposée proposerait une grande avancée en faveur des prêtres diocésains dont beaucoup attendent cette possibilité officielle de revenir à l’offertoire ancien, le Canon Romain silencieux…
Mais l’idée d’unifier les calendriers, qui résoud le problème des fêtes de Saints depuis 1962, oblige aussi à de très grands abandons propres au calendrier ancien :
*le temps de la septuagésime qui est un temps de réflexion d’avant-Carême et qui a été abandonné et regretté par beaucoup
*la semaine d’octave de la Pentecôte abandonnée et regrettée aussi
*140 saints qui ne sont plus dans le calendrier du Sanctoral Romain de 1969
…
et puis se pose les questions suivantes aussi :
*quid des Vêpres dominicales dont la version Paul VI est très changée et appauvrie ?
*quid des autres sacrements (cf comparaison des sacrements Paul VI/ Pie V ) ?
*quid des instituts ex-eclesia dei ?
*quid des paroisses personnelles ?
*quid de la Semaine Sainte dont la réforme a été souvent très importante ?
donc : bonne solution si c’est en plus de ce qui existe actuellement et non pas en remplacement de ce qui existe actuellement
PS : une étude détaillée de la comparaison des calendriers Paul VI / Pie V serait la bienvenue !!
Il s’agirait d’une « fusion-absorption »
La solution proposée est effrayante et représente la sentence de mort pour la vraie messe qu’on réduit à une collection « des options » facultatives pour la messe Paul VI…
La seule solution cohérente et salutaire est la coexistence des deux rites pourque tous les prêtres puissent de nouveau et pour toujours de célébrer selon le missel de Pie V… car la messe de toujours convertie autant des prêtres que des laïcs
L’aveuglement du leadership ecclésiastique est flagrant, frustrant et fatigant : Solesmes n’a pratiquement plus de nouvelles vocations malgré un certain conservatisme ascétique et un usage du latin dans la liturgie…donc meme Solesmes risque de se vider dans 15-20 ans, à la différence des monastères et des communautés fidèles à la messe de toujours… seul le maintient du latin ou du chant grégorien ne suffisent pas en soi pour maintenir la vie monastique florissante…
Le comble de l’hypocrisie consiste à dire que les familles et les communautés attachées aux messes traditionnelles le sont pour raisons « mystérieuses », émotionnelles et esthétiques… Il suffit de demander aux familles les raisons de leurs choix: les laics ont finalement plus de courage que les clercs… Ce ne sont pas seulement les différences des offertoires qui attirent, c’est surtout et avant tout la clarté du catéchisme traditionnel, la clarté sans ambiguïtés des enseignements sur la morale et la pratique simple des sacrements fiables… en fait, quand on commence a fréquenter la Tradition, on découvre l’efficacité des sacrements et le bonheur d’une vie chrétienne normale simple et joyeuse… on arrête enfin d’entendre des chants débiles, des sermons creux et insipides dont le seul objectif est de n’offenser personne…
Pour ce qui est du seul Ordo, cela semble encore plus simple, sans besoin d’intervention « supérieure ».
Un jour le cardinal Paul Philippe OP disait à saint Paul VI: « Très Saint Père, j’ai du mal avec le nouvel offertoire. Alors je célèbre le nouveau par obéissance, mais à voix basse j’ajoute l’ancien. Me permettez-vous de continuer ainsi? »
Réponse de saint Paul VI: « Je fais moi-même ainsi ».
En célébrant ainsi, il n’y a aucune désobéissance au « nouveau rite »: le Prêtre peut ajouter par dévotion personnelle des prières (cf. saint Padre Pio!)… donc en particulier celles de l’ancien Ordo!
Quand j’étais au séminaire français de Rome, plusieurs jeunes prêtres faisaient ainsi: personne n’y trouvaient à redire, ni même à critiquer; on devinait bien sûr ce qu’ils faisaient, car l’offertoire durait un peu plus… Aucun supérieur ne les a embêtés.
Avec un minimum de charité, on pourrait régler beaucoup de choses!
« Traditionis Custodes » était destiné à mettre fin aux divisions? Ce n’est pas du tout l’impression que j’en ai eue. Cela ressemblait plutôt à une tentative de liquidation du vetus ordo. Ce que nous propose ce père Abbé c’est le retour à la créativité débridée de la nouvelle Pentecôte dans l’Eglise. Merci, on a déjà donné.
Contrairement à ce que dit Dom Kemlin le lectionnaire ancien est beaucoup plus riche que le nouveau. Il y a moins de lectures mais du coup elles sont plus longues donc plus riches. Contrairement au novus ordo elles racontent une histoire un miracle une parabole et ceci en son entier. Elles été choisies de façon à nous rappeler les enseignements du cathechisme.
D’autres vous diront qu’il n’est pas complet et que reprendre en semaine les lectures du dimanche est appauvrissant.
Les lectures vetus ordo du dimanche sont extraites du Nouveau Testament. En semaine en revanche on a beaucoup de passages de l’Ancien Testament. D’un point de vue pratique toutes ces lectures tiennent dans un seul livre de messe. Pas besoin de s’abonner à des fascicules jetables qui changent tous les ans. Retrouver les mêmes lectures tous les ans rythme l’année liturgique des fidèles. Une fois rentrés chez eux ils approfondiront ce qu’ils ont entendu en se plongeant dans des lectures bibliques. Question : pourquoi le père Kemlin est-il passé de Fontgombault à Solesmes ? Je n’ai toujours pas compris d’où sort le chant grégorien de Solesmes, utilisé aussi à Evron. Dimanche dernier à Laetare, la chorale a chanté le propre, introït, graduel, trait, etc…, en grégorien. J’ai pu suivre les paroles sur mon livre de messe. Rien de tout cela dans les fascicules jetables. Alors comment font-ils ? J’attends la réponse de Dom Kemlin.
Le Père Abbé fait de la messe une question de sensibilité alors que c’est une question doctrinale. Et réformer la Messe de toujours pour la rapprocher de la messe nouvelle c’est non non et non.
Il est effectivement vrai que la réforme n’avait pas prévu d’intégrer les pièces grégoriennes existantes. Dans le missel Paul VI l’antienne d’ouverture (introit), l’acclamation de l’évangile (trait ou alleluia ou graduel), antienne de communion (Communion) n’ont rien à voir avec les pièces grégoriennes comme si il n’était plus prévu de chanter la messe Paul VI en grégorien. C’est Solesmes qui a fait ce travail de correspondance des messes avec des pièces grégoriennes ce qui donne des textes différents. Au passage dans la nouvelle messe il n’y a plus d’antienne d’offertoire mais le chant d’offertoire a été réintroduit dans la messe grégorienne façon Solesmes.
Le missel Laudate qui ressemble au Feder donne les textes des chants grégoriens de Solesmes et non les textes officiels du missel Romain.
CQFD
Saint Pie V, a déclaré que ceux qui modifieraient cette messe recevraient une malédiction. Voilà pourquoi, il ne faut surtout pas y toucher.
La Communauté Saint Martin à Evron utilise donc le missel Laudate de Solesmes, du moins dans leur chapelle intérieure, car dès qu’on passe dans la basilique attenante il n’y a déjà plus de grégorien. Tout ça pour le propre car pour l’ordinaire de la messe les CSM se trahissent avec un kyrie binaire frustrant comme s’il ne fallait pas honorer la Sainte Trinité.