Le bulletin La Bonne Nouvelle de la chapelle FSSPX de Nouvelle-Calédonie, à la Païta, de février dernier, donne un éditorial sur les sacres, rédigé par un prêtre du district australien de la FSSPX. Voilà ce qu’on dit des sacres aux antipodes :
« Bien chers fidèles,
La fête de la Chandeleur a permis à M. l’abbé Pagliarani, Supérieur général de la FSSPX, d’annoncer cette nouvelle des sacres à venir, comme vous avez dû l’entendre. Cette annonce est tombée comme un coup de tonnerre, dont l’écho s’est répercuté dans l’univers jusqu’à Païta.
Pourtant, ce choc était attendu. On était prêts. Cette annonce, nous la désirions. Nous en rêvions, la nuit, en contemplant la Croix du Sud au dessus du Mont-Dore et du Mont-Mou. Non seulement les rumeurs de sacres en approche allaient bon train depuis des mois, mais surtout ces sacres ressortent à la nature même de la Fraternité, à son origine, à son histoire et à son fonctionnement quotidien dans les 77 pays où cet institut vit et travaille.
Le 2 février dernier, à Flavigny-sur-Ozerain, où les séminaristes francophones de la FSSPX font leur première année de séminaire, l’abbé Pagliarani a prêché sur l’obéissance de Notre-Dame, qui se rend au Temple par respect pour la loi de Moïse. Il a parlé de la prophétie du vieillard Siméon, qui proclame haut et clair que c’est par le sacrifice et la souffrance que le Salut s’opère, et qu’il s’opère à travers ce glaive qui transperce le Cœur de Marie, dont l’Enfant va devenir un « signe de contradiction » qui ne laissera personne indifférent.
Combien cette Mère très sainte et très parfaite, modèle de toute coopération à la Rédemption, debout au pied de la Croix, doit maintenant se tenir au pied de nos autels pour offrir le Sang de son Fils, ce Sang qui est son sang, qui coula sur les cailloux du Calvaire et qui coule maintenant dans nos calices d’or et d’argent ! Le Sauveur lui-même nous demandera des comptes, prévient l’abbé Pagliarani : « Qu’as-tu fait de Ma Mère ? »
Je me permets ici d’engager ce dialogue imaginaire :
« Votre Mère, Seigneur, Elle n’est guère œcuménique, guère libérale, guère moderniste, guère adaptée au monde qui change, guère à la mode, guère politiquement correcte ni guère démocrate. »
« Elle te dérange ? »
« Hélas, Seigneur… »
« Alors va-t’en loin de Moi, au feu éternel, préparé pour Satan et ses anges depuis le commence‐ ment du monde… »
Le document romain de novembre dernier (Mater Populi Fidelis, sur les titres de Corédemptrice et de Médiatrice, dont votre bulletin paroissial préféré a fait état, cf. Bulletin 55), fait la démonstration éclatante que la crise de l’Église est pleinement doctrinale, et non pas seulement liturgique, ni disciplinaire, ni même morale.
Dans ce cas, c’est un acte d’obéissance que de pourvoir la Fraternité de nouveaux évêques. Car l’obéissance ne consiste pas à coopérer à l’œuvre de destruction que nous voyons sous nos yeux. L’obéissance ne consiste pas à accepter la débâcle causée par ceux qui abusent de l’autorité divine pour mener le troupeau à l’abattoir.
L’obéissance ne consiste pas non plus à se dédouaner des méfaits de nos chefs sous une peur déguisée en humilité mal comprise.
Bien plutôt l’obéissance consiste à remarquer, chez les hommes d’Église, l’abus de pouvoir qu’ils commettent, et à se démarquer de leur conduite indigne. L’obéissance consiste à reconnaître dans les pasteurs la voix du Maître et à leur obéir comme à Lui, mais non pas à leur obéir contre Lui.
La Fraternité Saint-Pie X n’est-elle pas bénie de Dieu ? Et pourtant, ne tire-t-elle pas son origine de la désobéissance à des hommes d’Église qui abusaient de l’autorité de Dieu pour instaurer la révolution et le chaos ?
Ce signe de contradiction qu’est l’Enfant du Temple, n’est-il pas naturel qu’il suscite la controverse ? Et si l’on se met à Sa suite, n’est-il pas naturel que l’on écope de la haine du monde et que les ténèbres nous condamnent ? C’est justement par Sa condamnation que cet Enfant rachètera l’humanité. Cette humanité devra coopérer, à la suite de Marie, et sous Sa direction maternelle, au Sacrifice. Puis Marie veillera à en appliquer les mérites à l’humanité tout entière, selon le plan mystérieux de la miséricorde de Dieu.
Cela se fera depuis l’autel, d’où le Sang de Dieu coulera mystiquement pour abreuver les âmes. Pour cela, Marie a besoin de prêtres. Et pour avoir des prêtres, il faut des évêques. Mais qui va les sacrer ? Ceux qui, depuis des décennies, et sous l’inspiration de Martin Luther, veulent reconstruire le plan de Dieu et le recuisiner à leur sauce satanique ? Alors que ce plan était précisément de nous sauver des griffes de Satan ?
C’est donc pour continuer une œuvre bénie, selon une lancée clairement indiquée par la Providence, que le Supérieur général a décidé de demander à NN.SS. de Galarreta et Fellay de sacrer des évêques. Si la Fraternité a bénéficié avec fruit du ministère des évêques de 1988, pourquoi faudrait-il lui interdire de bénéficier des évêques de 2026 ?
Les échanges avec le Vatican, depuis des années et tout particulièrement ces derniers mois, n’ont pas donné d’espoir. Le Supérieur général a donc fini par déclarer l’urgence, afin de donner au Vatican une opportunité pour reprendre la direction des choses dans la grande affaire du Salut du genre humain, et que le Saint-Père puisse lui donner les mandats pour ces sacres.
La Fraternité a attendu 38 ans que le Vatican revienne sur la déconfiture totale du mariage adultère de l’Église avec le monde, et les choses ont empiré — témoin la note du DDF. En 38 ans, une génération entière aurait pu être privée totalement de la prédication traditionnelle et authentique de la foi catholique, de la célébration des sacrements dans les rites anciens, et plus généralement du bénéfice incommensurable que représente la Tradition telle que défendue par la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.
En 38 ans, le patrimoine de la Tradition catholique a eu amplement le temps de disparaître. S’il a été sauvé, c’est grâce aux évêques de 1988. Si donc les mandats pontificaux arrivent à temps pour le 1er juillet 2026, alors on s’en réjouira et on sera dans l’action de grâce. S’ils n’arrivent pas, on devra se rappeler les paroles de Siméon sur le signe de contradiction, et rendre grâce tout de même.
En tout cas, les évêques de 2026 arrivent. Ils sont attendus. Il est temps.
Père du Chazaud+
