Un énième ex-membre de la communauté Saint-Jean, communauté très problématique connue pour de nombreux abus et dérives théologiques et spirituelles dès sa fondation, a été jugé – cette fois ce 29 janvier en Alençon. Les faits – des gestes déplacés – ont été commis sur deux mineurs âgés de plus de 15 ans, lors d’un séjour linguistique à Londres en 2014. Par ailleurs en perquisition 130 images pédopornographiques ont été découvertes au domicile de l’ex-prêtre, qui a acheté une maison dans un village de l’Orne – mais l’évêque Mgr Feillet a certifié à la presse locale qu’il n’avait aucune mission dans le diocèse de Sées, et qu’il était par ailleurs « suspendu de tout ministère public avec interdiction de célébrer en public, de prêcher ou de publier quoi que ce soit« .
Comme l’explique Ouest-France à la veille du procès, « les faits auraient été commis à Londres, en juillet 2014, sur deux frères qui participaient à un voyage avec le prêtre. À l’époque, ces adolescents auraient considéré cet homme comme un mentor. L’adulte aurait profité de cette position pour « laver le dos, puis les pieds », d’un des adolescents, « avant de lui demander qu’il lui lave ses parties intimes », rapporte une source proche du dossier. Des abus différents auraient été commis à l’égard de son frère« .

Jugé en fin de journée au tribunal correctionnel d’Alençon, l’ex père Stephan(e)-Emmanuel Simonin, originaire de Haute-Saône, a été
condamné à six mois avec sursis pour corruption de mineurs. Devant le tribunal, il se confond en dénégations et affirme n’avoir que «
lavé le dos » d’un des enfants, tandis que le juge lit les auditions des adolescents devant l’officialité de Paris, où ceux-ci expliquent que leur mère connaissait le religieux depuis avant leur naissance et que celui-ci, alors en poste en Angleterre, avait voulu «
décoincer » les adolescents, introvertis, en prenant une douche avec eux.
Contra sextum
L’affaire a été gérée, sur le plan canonique, par l’officialité de Paris, qui a ouvert l’enquête le 18 septembre 2023, auditionné les deux adolescents – dont les auditions concordent et qui accusent le prêtre de gestes inappropriés, les mêmes, dans les mêmes circonstances (une douche). Le 21 février 2024 l’officialité conclut par un précepte pénal, explique encore le juge, après avoir établi que les gestes étaient contraires au 6e commandement (contra sextum) et étaient entièrement imputables au père Simonin.
L’ordinateur avec les photos pédopornographiques ? Il aurait été « dans une salle collective » de sa communauté de Saint-Jean à Vichy
Le mis en cause essaie aussi de se dédouaner pour les photos pédopornographiques. « On m’en a montré qu’une ou deux », dit-il d’abord, avant que le président lui en montre d’autres, qu’il dit ne pas reconnaître. « Il s’agit d’un vieil ordinateur que je n’utilisais que pour regarder des vidéos en DVD, je ne comprends pas qu’il y ait des images pédoponographiques dessus. Quand j’étais en communauté à Vichy, avant d’aller à Genève, il était dans une salle publique où d’autres pouvaient aller dessus« , avant de poser une question déconcertante : « les images étaient-elles dedans au sens qu’un spécialiste puisse les consulter, ou moi? ».
Tout en essayant de se dédouaner sans mettre en cause d’autres membres de sa communauté, le prévenu lâche : « quand j’étais à Vichy, j’ai eu une addiction au porno, j’allais sur des sites d’adultes homosexuels. Les gendarmes m’ont dit qu’aujourd’hui ces sites sont classés comme pédopornographiques ». Le juge perd patience : « quand il y a un mineur et un adulte, c’est pédopornographique« .
Cruelle ironie de la Providence, l’implantation de la communauté Saint-Jean de Vichy est aujourd’hui connue pour ses
vidéos…
« J’ai eu tort »
Mêlant des récits de son service militaire, « au lycée militaire d’Autun, je m’occupais de jeunes » et affirmant qu’il a donné le biberon à l’enfant d’une amie – comme pour relativiser ses gestes, le prévenu finit par reconnaître ses torts. « Le geste que j’ai posé, le geste de lui avoir lavé le dos, a été interprété comme un geste de drague homosexuelle. J’ai eu tort », lâche-t-il, reconnaissant avoir vu sur le moment « le visage crispé » de l’adolescent.
L’expertise psychologique, elle, parle d’une « personnalité généreuse auprès des jeunes comme reflet de ses propres failles narcissiques », mentionne son « immaturité sexuelle« , une absence de dangerosité et d’altération ou d’abolition de discernement.
Passé par la France, la Suisse et l’Angleterre
En poste en Angleterre au moment de la commission des faits – il est
cité parmi le clergé du diocèse de Brentwood et était
venu «
de Londres » bénir une croix dans les Vosges en 2017, il est aussi passé par Vichy et Genève. Sa dernière nomination semble avoir été à Delémont dans le Jura suisse, de
2019 à 2021.
Jeanne ! Au secours !!!