Le Père Matthieu Rougé, ancien « aumônier » du monde politique, aujourd’hui curé de Saint-Ferdinand-des-Ternes, revient pour Figarovox sur la question des prêtres pédophiles.
Extraits
Mon sentiment et mon expérience sont qu’actuellement en France, dans la société en général et dans l’Eglise en particulier, règne un climat de rigueur et de vigilance. Les règles d’encadrement d’activités pour les jeunes, en particulier, sont précises et leur mise en œuvre est soigneusement vérifiée. Toute plainte est prise au sérieux et donne lieu à une enquête immédiate.
Ce que je comprends des règles en vigueur, c’est qu’un prêtre coupable d’actes de pédophilie ne peut tout simplement plus exercer de mission sacerdotale. Cette discipline sévère me semble indispensable. Un prêtre ayant commis des abus ou des crimes sexuels, notamment à l’encontre de personnes confiées à son ministère, est objectivement disqualifié. Le maintenir en fonction, d’une manière ou d’une autre, discrédite ses confrères, discrédite l’Eglise et porte atteinte au rayonnement de l’Évangile. Il me semble que la ligne de conduite du Saint Siège et de l’Épiscopat français est désormais très claire.
La première exigence de la miséricorde authentique consiste à prendre soin des victimes et à les protéger. La même miséricorde s’exerce à l’égard des coupables quand ils sont mis en situation de ne pas pouvoir reproduire leurs crimes. Autrement dit, on ne peut jamais s’appuyer sur l’exigence du pardon pour justifier le retour d’un coupable avéré sur le terrain pastoral de ses abus. Il me semble que si quelqu’un s’est vraiment «converti» après un acte très grave, il comprendra de lui-même qu’il doit changer radicalement d’activité. Cette compréhension sera même sans doute le signe par excellence de l’authenticité de sa conversion.
La crédibilité morale de l’Eglise et de son enseignement est évidemment atteinte par les transgressions que nous évoquons. Celles-ci cependant s’inscrivent dans un climat contemporain de permissivité qui contribue à mettre les tempéraments déséquilibrés en situation de commettre des actes pervers. Il est donc essentiel pour tous de dire et de servir la véritable dignité de la personne humaine, de promouvoir une sexualité respectueuse et équilibrée, de contribuer à l’éducation d’êtres unifiés, en paix avec eux-mêmes et avec les autres.
Les crimes commis par des prêtres sont encore plus choquants pour d’autres prêtres que pour l’opinion en général. A titre personnel, je me sens souillé par de tels agissements, blessé dans mon identité sacerdotale, et j’enrage de voir ainsi abîmé le fruit du dur labeur de tant de prêtres zélés.
Cette crise est évidemment une dure épreuve, d’abord pour les victimes concernées évidemment mais aussi pour l’Eglise, c’est-à-dire pour tous les baptisés. Comme toute épreuve, si elle est vécue dans la vérité et dans l’humilité, elle pourra porter des fruits ultimement positifs, en renforçant notamment la vigilance des responsables ainsi que la rigueur et la droiture de tous les acteurs de terrain