Voici la traduction du discours du pape Léon XIV aux participants de l’assemblée plénière de l’Académie pontificale pour la vie, prononcé aujourd’hui :
C’est un plaisir pour moi de vous rencontrer pour la première fois, en compagnie de votre nouveau président, Monseigneur Renzo Pegoraro. Je tiens à vous remercier pour vos recherches scientifiques mises au service de la vie humaine et pour le travail accompli par l’Académie pontificale.
J’apprécie tout particulièrement le thème que vous avez choisi pour la réunion de cette année : « La santé pour tous. Durabilité et équité ». Ce sujet est d’une grande importance, tant par sa pertinence que par sa portée symbolique. En effet, dans un monde marqué par les conflits, qui absorbent d’énormes ressources économiques, technologiques et organisationnelles pour la production d’armements et d’autres équipements militaires, il est plus que jamais essentiel de consacrer du temps, des ressources humaines et des compétences à la sauvegarde de la vie et de la santé. À ce sujet, le pape François a affirmé qu’il ne s’agit pas d’un bien de consommation, mais d’un droit universel, ce qui signifie que l’accès aux services de santé ne saurait être un privilège (Discours aux « Médecins avec l’Afrique – CUAMM », 7 mai 2016). Je vous remercie donc d’avoir choisi ce thème.
Le premier aspect que je souhaite souligner est le lien entre la santé de tous et celle de chaque individu. La pandémie de Covid-19 l’a démontré, parfois brutalement. En effet, il est devenu évident à quel point notre santé et nos vies sont fondées sur la réciprocité et l’interdépendance. Étudier cette interdépendance exige un dialogue entre différents champs de connaissances : médecine, politique, éthique, gestion, etc. C’est comme une mosaïque, dont la réussite repose à la fois sur le choix des pièces et sur leur agencement. En matière de systèmes de santé et de santé publique, il s’agit, d’une part, de comprendre les phénomènes et, d’autre part, d’identifier les actions politiques, sociales et technologiques spécifiques qui affectent la famille, le travail, l’environnement et la société dans son ensemble. Notre responsabilité ne se limite donc pas à prendre des mesures pour soigner les maladies et garantir un accès équitable aux soins, mais consiste également à reconnaître comment la santé est influencée et favorisée par une combinaison de facteurs, qu’il convient d’examiner et d’appréhender dans toute leur complexité.
À cet égard, je tiens à réaffirmer que nous devons nous concentrer non pas « sur le profit immédiat, mais sur ce qui sera le mieux pour tous, en sachant être patients, généreux et solidaires, en créant des liens et en établissant des ponts, en travaillant en réseau, en optimisant les ressources, afin que chacun puisse se sentir acteur et bénéficiaire du travail commun » ( Discours aux participants du séminaire « Sur l’éthique et la gestion des entreprises dans le secteur de la santé » , 17 novembre 2025).
Nous en arrivons ici au thème de la prévention , qui requiert également une perspective globale, car les situations dans lesquelles se trouvent les communautés résultent de politiques sociales et environnementales et ont un impact sur la santé et la vie des individus. L’analyse de l’espérance de vie et de la qualité de la santé dans différents pays et groupes sociaux révèle d’énormes inégalités. Celles-ci dépendent de variables telles que le niveau de revenu, le niveau d’éducation atteint et le quartier de résidence. Malheureusement, nous sommes aujourd’hui confrontés à des guerres qui affectent les infrastructures civiles, notamment les hôpitaux, et qui constituent les atteintes les plus graves que l’homme puisse porter à la vie et à la santé publique. On affirme souvent que la vie et la santé sont des valeurs fondamentales pour tous, mais cette affirmation est hypocrite si l’on ignore les causes structurelles et les politiques qui déterminent ces inégalités. En réalité, malgré les déclarations et les prises de position contraires, toutes les vies ne sont pas respectées de la même manière et la santé n’est ni protégée ni promue de façon égale pour tous.
Le concept d’Une seule santé peut nous servir de base à une approche globale, multidisciplinaire et intégrée des enjeux de santé. Il met l’accent sur la dimension environnementale et l’interdépendance des différentes formes de vie et des facteurs écologiques qui permettent leur développement harmonieux. Il est donc important de prendre conscience que la vie humaine est inconcevable et insoutenable sans les autres créatures. En effet, pour reprendre les termes de l’encyclique Laudato Si’ , « nous sommes tous liés par des liens invisibles et formons ensemble une sorte de famille universelle, une communion sublime qui nous remplit d’un respect sacré, affectueux et humble » (n° 89). Cette approche est pleinement en phase avec la bioéthique globale à laquelle votre Académie s’est intéressée à maintes reprises et que vous avez raison de continuer à promouvoir.
Envisagée sous l’angle de l’action publique, l’approche « Une seule santé » appelle à l’intégration des considérations sanitaires dans toutes les politiques (transports, logement, agriculture, emploi, éducation, etc.), car les questions de santé touchent tous les aspects de la vie. Il est donc nécessaire de renforcer notre compréhension et notre promotion du bien commun, afin qu’il ne soit pas bafoué sous la pression d’intérêts individuels ou nationaux particuliers.
Le bien commun – l’un des principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église – risque de demeurer une notion abstraite et dénuée de sens si l’on ne reconnaît pas qu’il s’enracine dans le développement de relations étroites entre les personnes et de liens entre les membres de la société. C’est sur ce terreau que peut s’épanouir une culture démocratique, qui encourage la participation et est capable d’unir efficacité, solidarité et justice. Il nous faut redécouvrir cette attitude fondamentale de sollicitude, ce soutien et cette proximité envers autrui, non seulement parce qu’une personne est dans le besoin ou malade, mais aussi parce qu’elle éprouve une vulnérabilité, cette vulnérabilité commune à tous les êtres humains. C’est la seule façon de développer des systèmes de santé plus efficaces et durables, capables de répondre à tous les besoins de santé dans un monde aux ressources limitées, et de restaurer la confiance dans la médecine et les professionnels de santé, malgré la désinformation et le scepticisme à l’égard de la science.
Compte tenu de l’importance mondiale de cette question, je réaffirme la nécessité de trouver des moyens efficaces de renforcer les relations internationales et multilatérales, afin qu’elles « puissent retrouver la vigueur nécessaire à leur rôle de rencontre et de médiation. Ceci est indispensable pour prévenir les conflits et pour éviter que quiconque ne soit tenté de dominer autrui par la force, qu’elle soit verbale, physique ou militaire » (Discours aux membres du corps diplomatique, 9 janvier 2026). Cette vision s’applique également à la coopération et à la coordination menées par les organisations supranationales œuvrant pour la protection et la promotion de la santé.
Ainsi, mes amis, je conclus en exprimant l’espoir que votre engagement témoignera concrètement de votre entraide, à l’image de la bienveillance de Dieu envers tous ses enfants. Je vous bénis tous chaleureusement, ainsi que vos proches et votre travail. Merci.
