Après des signalements pour des dérives graves au sein d’Emmaüs dans les Côtes d’Armor – pressions, intimidations, chantage aux papiers etc. la direction d’Emmaüs France a lancé une enquête interne, tandis que la fête des 40 ans de l’association a été annulée en septembre. Plusieurs personnes mises en causes ont depuis démissionné et une enquête a été ouverte par le procureur de la République, suite à des infractions au code du travail notamment. La structure s’était déjà attirée des critiques, lorsqu’en janvier 2025 une femme qui y était hébergée a été jetée à la rue, après une altercation. Comme quoi, chez Emmaüs le problème semble plus large que le cas de l’abbé Pierre, dont le nom et la mémoire sont effacés de l’espace public…
Comme l’explique le Télégramme, » durant plusieurs semaines, près de 80 personnes – mis en cause, bénévoles, salariés, administrateurs – ont été interrogées et 300 documents ont été passés au crible. L’enquêteur a ainsi rendu un premier rapport aux représentants nationaux de la structure, à la fin du mois d’octobre ». Ouest-France publie des larges extraits de l’enquête interne, qui confirme « l’existence d’un certain nombre de dysfonctionnements caractérisés » et de « manquements professionnels quant à l’accompagnement RH des salariés de la communauté« , ainsi que « des propos et/ou agissements discriminatoires, sans retenir de phénomène systémique ou volontaire« .
Les compagnons en situation irrégulière employés dénoncent aussi des conditions de travail délétéres, des licenciements abusifs – un compagnon aurait été viré pour avoir pris un appel téléphonique sur son lieu de travail, du racisme : « Même avec des papiers d’arrêt maladie et mot du médecin, on vous demande de travailler quand vous êtes noir. Quand vous êtes blanc, non » […] La manière dont il nous parle, ça change selon ta couleur de peau. Ils crient sur nous, les Noirs, alors qu’aux Blancs, ils ne parlent pas comme ça. Et on est obligés de subir ça, on n’a pas le choix, parce qu’on n’a pas de papiers… ». Certains, soutenus par les syndicats, ont témoigné dans la presse locale.
Plusieurs membres du conseil d’administration, dont des personnes mises en cause, auraient démissionné depuis « en désaccord avec les accusations initiales et la méthode de l’enquête« . Emmaüs France prévoit un audit social, et a proposé au CA de l’association locale un renforcementde son équipe salariée, un travail sur les ressources humaines ou encore la création d’une cellule psychologique. Il n’est pas certain que ces mesures tardives calment la tempête autour de la communauté qui compte 7 salariés, 198 bénévoles, et a accueilli en 2024 66 compagnons des deux sexes.
