Dans un entretien au Salon beige, le père Jean-François Thomas, jésuite et ancien missionnaire, est notamment interrogé à propos d’une récente interview de l’archevêque de Reims :
Dans un entretien récent, Mgr de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, déclare que « le Christ n’a pas fondé l’Eglise catholique pour créer des Etats catholiques, ni même une société catholique ». Qu’en pensez-vous ?
Un évêque peut avoir des opinions personnelles mais ces dernières n’ont pas force de foi. À lire la prédication publique de Notre-Seigneur, il ressort pourtant bien que le Sauveur nous demande de transformer le monde en évangélisant et en baptisant. Il est le Christ Roi et tout lui appartient. L’Église est justement cet « État catholique » que le Maître a bien fondé, comme le rappelle en d’autres termes Pie XI dans Quas primas, l’encyclique sur le Christ-Roi. Et Léon XIII, dans Annum sacrum, avait déjà précisé : « Son empire [du Christ] ne s’étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l’Eglise même s’ils sont égarés loin d’elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l’empire du Christ Jésus, c’est, en stricte vérité, l’universalité du genre humain. » Pour que cet empire demeure et croisse visiblement, des générations de chrétiens, dans les siècles passés, ont bien compris qu’il fallait mettre la main à la pâte en essayant de donner à leurs pays, à leurs royaumes, des structures et des lois qui les transforment en « société catholique ». Tels furent, par exemple, le royaume des Francs créé par Clovis le baptisé catholique, l’empire de Charlemagne, le siècle de saint Louis etc. Aucune société n’est parfaite, mais certaines ont essayé d’échapper le plus possible à la médiocrité et au mal en vivant des principes catholiques. Considérer que seul César doit régner n’est pas conforme à ce que Dieu veut. Et faire son deuil d’une société chrétienne, par lâcheté, par souci de se conformer au monde et de rendre à César ce qui est à César n’est jamais digne d’un disciple qui ne doit servir que le Maître.