Dans Liturgie et transmission de la foi, Zachée, descends de ton arbre, Arnaud de Beauchef nous livre une analyse intéressante sur la crise de l’Eglise, crise de la foi, crise de la liturgie. Les familles chrétiennes, comme Zachée en son temps, attendent de leurs pasteurs, évêques et prêtres, qu’ils les visitent et les conduisent à celui qui, seul, est « La voie, la vérité et la Vie ». La crise de la transmission de la foi atteint l’Église en plein cœur. Or, il existe un rapport étroit entre la liturgie et la foi. L’Église croit comme elle prie. Restaurer une liturgie digne de Dieu est un devoir de justice mais aussi une condition de la « ré-évangélisation ».
Dans un chapitre, l’auteur évoque la fragilisation de l’autorité au sein de l’Eglise.
La crise a d’abord été structurelle : le clergé local a été dépouillé d’une partie de ses prérogatives de son statut au profit de l’évêque. Dans le même temps, l’évêque s’est appuyé plus fortement sur la communauté épiscopale et sur l’institution permanente qui la supporte : la conférence des évêques. Cette centralisation a eu pour effet un éloignement des évêques de la réalité pastorale de leur diocèse. Elle a aussi fait naître un écart sans cesse grandissant entre le pouvoir accru des nouvelles structures anonymes du type conférence épiscopale et l’affaiblissement de l’autorité des personnes, curés et évêques.
L’auteur parle ensuite de l’instabilité des curés, qui, contrairement au saint curé d’Ars, reçoivent des mandats, assez court, 6 ans, éventuellement renouvelables.
le « rapport de forces » entre l’évêque et le prêtre, curé pasteur d’une communauté, a considérablement évolué en faveur de l’évêque qui, seul, dispose du bénéfice de la durée. On en est au point où le terme même de curé est en voie de disparition, faisant place à la notion de délégation et d’assignation d’un prêtre par l’évêque à un secteur géographique régulièrement remodelé.
Le prêtre est donc soumis en quelque sorte aux caprices de son évêques, capable de le muter d’une année sur l’autre, et à la pression des fidèles activistes, qui font la pluie et le beau temps dans les paroisses. Mais cet effacement du curé ne profite pas tant à l’évêque, puisque lui-même a démissionné au profit de la conférence des évêques, devenue la conférence épiscopale, sorte de Sénat supérieur et non plus lieu de l’exercice de la collégialité. Et l’auteur pointe le problème de fond, qui explique la crise d’autorité et la crise de foi :
Dans la société chrétienne, il n’y a pas d’autorité sans relation personnalisée de paternité et sans esprit de service. Par la création de ces instances administratives nouvelles et leur mode de gestion en assemblées, il n’existe plus de responsabilité personnelle de quiconque. Par exemple, qui blâmer pour la publication dans les années 80 du parcours catéchistique ambigu Pierres vivantes, promu par une des instances de cette conférence épiscopale et imposé, en son temps, à tous les diocèses de France ?
L’intérêt de cet ouvrage c’est aussi que l’auteur ne se contente pas de pointer les défauts structurels qui nuisent à l’Eglise qui est en France. Il propose aussi des solutions. Celles-ci seront-elles acceptées ? Seront-elles seulement discutées ? La nouvelle évangélisation est à ce prix : soit la conférence épiscopale reste une structure mondaine, dénoncée par le pape François, c’est-à-dire loin des fidèles, auto-référentielle, soit elle renoue avec sa véritable vocation.
Pour sortir de l’ornière, la solution est sans doute de réévaluer d’abord le rôle du curé de paroisse, et de redéfinir son rôle par rapport à celui de l’évêque : en replaçant la réalité de l’autorité au plus près des fidèles et en faisant de l’évêque le serviteur de ses curés, service par et pour lequel il est doté d’une autorité paternelle, incluant les droits d’inspection et de contrôle. La concentration des pouvoirs de fait entre les mains de la conférence épiscopale a été un échec ; il faut maintenant en tirer les conséquences et rétablir la légitimité du curé, dans le respect de la doctrine des corps intermédiaires, tout en réduisant considérablement, voire en supprimant les instances permanentes de cette conférence épiscopale.
Et l’auteur ajoute :
En renouant avec une organisation plus claire, il deviendra possible de rendre à l’évêque son rôle de gardien de la mémoire en son diocèse.
L’évêque n’a plus même de pouvoir dans son propre diocèse. Récemment, prenant acte de la diminution des prêtres dans son diocèse, un évêque a publié une lettre pastorale dans laquelle il disait que là où la messe dominicale ne peut plus être célébrée, il faudrait au moins que les fidèles puissent se rassembler pour une liturgie de la Parole. L’évêque souhaitait toutefois qu’il n’y ait pas de distribution de la communion lors de ces rassemblements. Mais il a dû céder face à son presbyterium qui, lui, était favorable à une distribution de la communion au cours des célébrations de la Parole. Et ainsi, la lettre pastorale autorise… etc.
De même, un évêque qui se rend dans une paroisse n’est plus libre de célébrer la messe en suivant le missel (pour autant qu’il veuille le suivre…) Il faut désormais qu’il se plie au programme de l’équipe liturgique en place, laquelle est généralement composée de personnes qui – j’en ai la preuve – n’ont jamais lu ni les textes de Vatican II ni la Présentation générale du Missel romain.
Bonnes observations. Les évêques ne veulent plus de curés parce qu’ils veulent être les seuls « pères » du Peuple de Dieu. Mais en rabotant l’autorité de leurs prêtres, ils n’en deviennent pas plus souverains dans leur diocèse, car ils sont dans l’obligation de complaire à la fois à la Conférence épiscopale et aux associations de fidèles auxquelles on a laissé, je ne sais pourquoi, le contrôle de presque tout dans les églises paroissiales. C’est comme si l’on avait voulu entraîner les gens à se passer de prêtres… Et maintenant, les laïques « engagés » sont tellement bien entraînés que s’ils supportent la présence d’un prêtre, c’est juste pour apposer une espèce de sceau d’authenticité catholique à des activités dont ils sont les créateurs et les réalisateurs. Les prêtres n’ont presque plus d’autre choix que surfer sur la vague de ce que font leurs paroissiens ou passer pour psycho-rigides, tridentins, fachisants et dangereux pour fragile équilibre émotionnel de leurs ouailles. En fait, les pasteurs qui arrivent à une certaine respectabilité sont bien souvent des hommes particulièrement doués pour la « diplomatie », c’est-à-dire le même type d’hommes que l’on retrouve dans les hautes fonctions de l’Etat. Ce n’est pas d’abord à leur doctrine qu’ils doivent leur solidité dans le corps social de l’Eglise. C’est surtout à leur talent pour louvoyer, pour l’élégante désinvolture avec laquelle ils savent oublier des promesses et virer de bord constamment pour être toujours au plus près du vent – le vent de la puissance mondaine, je veux dire, d’où qu’elle vienne et quoi qu’elle manigance. Cette brillante pleutrerie est, semble-t-il, ce qui rend de nos jours le catholicisme si tristement bourgeois et futile.
Votre analyse globale est brillamment exposée et peut faire chaud au cœur de certains – dont moi -, mais la question la plus difficile de l’errance contemporaine reste: Que faire?
comme je dis et redit revenons a la PAROLE de DIEU pour mettre chaque ministre a sa véritable place quand on notifie la PAROLE de DIEU nous voyons ou va l église
Il est vrai que cette omélie faite avec lucidité et critique inspirée de la part de ce grand clérgé,réflête la réalité de notre Eglise Mater.surtout dans notre diocaise de bukavu au sud-kivu où le fait que certains de nos prêtres abbés ne veulent pas mettre en pratique la demande du pape françois qui disait qu’il faut sortir des structures qui font que la foi ne se répande pas comme il se devait.c’est ainsi que les chrétiens ont du mal à aller vers leurs clérgés du fait qu’ils s’en ferment dans leurs couvents sans l’idée de penser qu’à part la célebratio de l’euchartie ils peuvent aussi faire autres apostolats dans les familles de chrétiens à travers leur courtoisie.et donc ces structures cléricales font que les prêtre sois considérés comme des soldats devant qui on a peur de s’avancer vers lui à cause de son fusi qu’on crois instrument de tuerie. Vraiment cette evangile interprêté saintement frappe notre diocaise de bukavu où la vérité n’est plus une vertu fondamentale pour un prêtre. Union de prière!!!
prions pour nos prêtres et nos évêques, afin que Dieu éclaire son peuple et remette dans les esprits la réalité de son message.
Je ne suis pas trop d’accord avec la première partie de la démonstration : je crois que les curés sont en fait assez indépendants et que certains évêques ont plutôt des difficultés à se faire entendre et même parfois obéir.
En revanche, tout ce qui est écrit sur le caractère néfaste de la conférence des évêques est, hélas, bien exact.
Je n’ai jamais rien vu d’aussi mou, d’aussi conformiste, d’aussi « langue de bois » que les productions de la CEF.
En plus, aucun soutien (voire même l’inverse) pour les manifestations en faveur de l’école libre en 1984 et pour la Manif pour Tous en 2013.
En fait, la Conférence des évêques de France est vis à vis des Pouvoirs publics ce que Pierre Laval était vis à vis des Allemands pendant la guerre.
L’Episcopat en France est très médiocre sinon nuisible et depuis le concile dictatorial!!!
Il serait bon de revoir ce pouvoir et le trasfèrer aux CURES.
Voir Gerson…
Dans le diocèse de BALE en Suisse, on ne veut plus de prêtres, et on les remplace par des assistants pastoraux…laics!
Ces derniers ont une foi très peu catholiques et sont puissants.
Puis, il y a les conseils avec les présidents (laics) et autres qui ORDONNENT aux prêtres de faire ou de ne pas faire…
Puis il y a l’évêque, celui ci inexistant et absent….
C’est cela la dite église Catho-progressiste!
C’est exactement cela qui nous attend (c’est déjà fait d’ailleurs dans certains diocèses de France). Les progressistes sont en état de péché d’orgueil car ce qu’ils cherchent c’est le pouvoir ou du moins un statut (les fous!) , une position sociale qu’ils n’ont jamais pu obtenir dans leur vie professionnelle. Ce sont souvent des médiocres qui essaient ainsi d’exister. Ils s’autoproclament responsables de ceci ou de cela dans l’église locale mais de quel droit? Le prêtre n’a pas son mot a dire, Un prêtre qui fait du KT ou qui célèbre des funérailles, mais c’est un scandale pour ces gens là
Chacun d’entre nous en connait forcement dans sa paroisse: cette bonne petite dame patronnesse qui fait du catéchisme ( et surtout du découpage) depuis 30 ans (pitié pour nos enfants!), ou ce diacre qui vomis des diatribes gauchistes dans ses homélies.
Dans l’église chacun a sa place mais chacun doit rester a sa place.
La fonction de l’évêque est cruciale ! C’est vrai avec un constat que c’est dans son entourage, dans l’attitude du vue et m’as-tu-vue, et dans l’organisation que le problème persiste.
Manque-t-on réellement d’ouvriers et d’ouvrières ? Bizarrement, je ne le pense pas ! Je crois sincèrement que l’on recherche inutilement des perfections et des copies conformes à ce que l’on a connu alors que nous sommes tous uniques + + +
Que Rome nous donne de bons évêques fidèles à la vrai doctrine catholique,que ces évêques soient de véritables pasteurs proches du peuple qui leur est confié,soucieux des vocations.
L’Eglise catholique traverse une très grave crise,plus d’unité,plus de cohésion et à travers tout cela alors qu’en France et en d’autres pays d’Europe et d’Amérique du Nord l’Eglise divisée agonise ,des évêques trouvent le loisir d’écrire des ouvrages insipides alors que leur travail est d’être sur le terrain et de veiller à l’évangélisation et au salut des âmes
Nous avons trop d’évêques qui ne sont plus objectivement en communion avec Rome,trop de prêtres qui ne sont plus en communion avec leur évêque,ne soyons pas étonnés que nos églises soient vides!
Le pape Benoît XVI a autorisé chaque prêtre à célébrer la Messe selon le missel de 1962 et à chaque fidèle d’en faire la demande,qui observe se Motu Proprio?
Les évêques et les prêtres nous accordent tout au plus une chapelle ou un horaire le dimanche dans une paroisse pour l’ensemble d’un diocèse,il s’agit d’un acte de mépris envers l’autorité Romaine comme des justes aspirations de nombreux fidèles ,certains évêques refusent même cela dans leur diocèse.
Voilà les fruits de leur concile.
le système d’avant Vatican 2 fonctionnait plutôt bien! pourquoi avoir tout foutu par terre?
La proposition de l’auteur est difficilement compatible avec la tradition ancienne de l’Eglise, à savoir, comme l’écrit saint Ignace d’Antioche, que l’évêque est comme Dieu le Père dans son Eglise locale et que les prêtres doivent « lui être soumis comme au Père, qui est l’évêque de tous » (épitre aux magnésiens, 3, 1). Plus simplement, il faut reconnaitre que le modèle ecclésiologique de l’Eglise ancienne était structurée autour de l’évêque.
L’émergence du prêtre comme figure centrale du sacrement de l’ordre, au détriment de l’évêque, ne se fait qu’à partir des querelles eucharistiques du XIe siècle et de l’émergence de la distinction conceptuelle entre le pouvoir d’ordre et de juridiction (XIIIe siècle).
Enfin, la proposition de l’auteur ne met pas en avant le fait que ce sont les évêques qui sont successeurs des apôtres et non les prêtres.
Après le fait de savoir comment ils remplissent leur office est une autre question.
D’accord avec Théobaldus sur le rappel historique. Je rappelle deux autres éléments :
– C’est mal connaître la CEF que de penser que les évêques sont vis à vis d’elle « le doigt sur la couture du pantalon ». Ne prenez pas les évêques pour des petits enfants terrorisés par les débats de la CEF !
– Ensuite pour la question de la « proximité » il y pour les évêques comme pour les prêtres une grande diversité de pratiques : on peut avoir des prêtres enfermés dans leur presbytère et des évêques sur le terrain. Je connais les deux.
Je vous laisse à votre vision toujours si négative de notre église car je ne pense pas que ce soit ainsi que l’on fasse avancer quoique ce soit