Voici la lettre de Mgr Marc Aillet aux catholiques du diocèse du 18 décembre 2014 suite à la publication, dans les colonnes de Sud-Ouest du dimanche 7 décembre, de l’article de Véronique Fourcade intitulé « Le croisé de Bayonne » (Perepiscopus en avait parlé ici) :
Chers diocésains,
La publication, dans les colonnes de Sud-Ouest du dimanche 7 décembre, de l’article de Véronique Fourcade intitulé « Le croisé de Bayonne », a causé un certain trouble dans nos communautés chrétiennes et au-delà. Un grand nombre de fidèles ont, semble-t-il, écrit à la rédaction du quotidien pour exprimer leur indignation. Le Médiateur du Journal, dans son billet du samedi 13 décembre, en a même conclu à l’existence au sein de notre communauté diocésaine de « deux chapelles » opposées frontalement et à égalité, quand je suis bien placé pour savoir que la « majorité silencieuse » de notre diocèse se tient à distance de ces polémiques.
C’est pourquoi, dans un souci de vérité et d’apaisement, et pour vous communiquer des informations plus exhaustives sur la vie de notre diocèse et la mission de son évêque, j’ai décidé de m’adresser à vous, en interne. Qui aurait intérêt à faire le jeu de la division et finalement du « diviseur » ?
Les sources de l’article
Je note, en lisant l’article, que les sources de Véronique Fourcade sont de quatre ordres :
1. Les griefs portés à sa connaissance par « un groupe de chrétiens mécontents », qui parlent sous couvert d’anonymat et qui se sont rassemblés le 28 juillet à la Maison diocésaine. Leurs souffrances, pour être liées à des expériences circonscrites, méritent d’être entendues et ma porte leur est toujours ouverte, comme celle de mes collaborateurs.
2. Les archives de Sud-Ouest qui ont permis à la journaliste d’exhumer des faits déjà anciens et qui ont fait l’objet de bien des mises au point depuis six ans.
3. Le livre de Michel Oronos, publié en 2013, « Enfin don Aillet vint ». Je précise qu’après la publication de son livre, j’ai demandé à rencontrer ce prêtre, qui a fait le choix de se tenir à l’écart de tout ministère confié par l’Eglise depuis près de 40 ans, en lui signifiant d’emblée : « Qu’il soit bien entendu que je ne vous en veux pas et que si j’ai sollicité cette entrevue, c’est simplement pour faire connaissance, car au fond, je ne vous connais pas et vous ne me connaissez pas ». Cette rencontre a été cordiale et détendue et j’en ai apprécié la teneur.
4. Le dossier consacré par le magazine bimestriel Golias en août dernier et qui porte le même titre que l’article. On sait les réserves (et le mot est faible) exprimées publiquement par la Conférence des évêques de France, il y a déjà quelques années, à l’encontre de cette revue tendancieuse ; et on sait aussi hélas que Golias bénéficie sur le terrain d’informations de première main qui sont ensuite réinterprétées et déformées selon un prisme qui ne se cache pas d’être anti-institutionnel et anti-romain.
Une question de déontologie ecclésiale
Si j’ai refusé de répondre à la journaliste qui cherchait à me joindre, c’était pour ne pas risquer d’entrer en opposition avec des chrétiens sur la place publique. Comme je l’ai précisé aux trois représentants de cette assemblée du 28 juillet dernier, et que j’ai reçus le 12 septembre, déplorant l’écho que Sud-Ouest s’était empressé d’en donner dès le début du mois d’août : on ne débat pas entre chrétiens par voie de presse. La résolution des litiges au sein de l’Eglise répond à des critères précis tirés de l’Evangile : il y a l’enseignement de Jésus sur la « correction fraternelle » qui privilégie la rencontre « seul à seul » ou « avec deux ou trois témoins », dans un climat d’amitié bienveillante, avant toute dénonciation à l’Eglise de Dieu (cf. Mt 18, 15-18) ; et il y a la recommandation de l’Apôtre Paul aux chrétiens divisés de Corinthe de ne pas régler leurs litiges sur la place publique en prenant à témoin des gens qui ne sont pas chrétiens (cf. 1 Co 6, 1-11).
Les griefs concernant la « gouvernance épiscopale »
Je note que les griefs exposés dans cet article portent d’abord sur ma « gouvernance épiscopale », ce qu’on pourrait appeler l’« organisation cultuelle », qui est, je le rappelle, de la stricte compétence de l’Eglise, en régime de séparation des Eglises et de l’Etat, et selon des règles qui sont établies par le Code de Droit canonique.
Je me dois tout d’abord de récuser l’accusation selon laquelle mon gouvernement épiscopal, « par manque de concertation, ressemble à une dictature ». J’ai un conseil épiscopal qui collabore étroitement à ma charge et avec qui je prends, selon le Droit de l’Eglise, toutes les décisions qui m’incombent. Les lieux de débat ou de dialogue ne manquent pas dans notre diocèse, à commencer par les Conseils pastoraux des paroisses. Faut-il rappeler que, dans le cadre de la visite pastorale du diocèse, j’ai déjà visité 51 paroisses, à raison de 5 jours d’immersion complète dans une paroisse par mois, où je rencontre systématiquement tous les fidèles engagés dans l’animation pastorale de nos communautés chrétiennes et où un échange libre et approfondi est organisé avec le Conseil pastoral. Comme beaucoup s’en accordent, ces visites pastorales sont des lieux privilégiés d’écoute attentive et, si j’y insiste sur les fondamentaux de notre mission ecclésiale, je n’ai jamais pris aucune décision autoritaire qui soit en contradiction avec ma volonté première d’encourager les acteurs de la pastorale paroissiale. Personne, ni curé ni fidèle engagé, n’est entravé par l’évêque dans son engagement dévoué et zélé au service de l’Eglise, là où il lui est donné d’exercer sa mission.
Le Conseil presbytéral, comme le Conseil des doyens, sont des lieux où la parole est libre et il me semble pouvoir dire, au bout de six ans, que ces organismes de participation et de communion, avec la collaboration efficace des membres du bureau, progressent en confiance mutuelle et en maturité ecclésiale. J’ai même décidé d’élargir l’Association diocésaine pour avoir un lieu de plus grande transparence et favoriser ainsi les échanges entre la curie, les services et les paroisses, pour la bonne gestion des biens temporels nécessaires à notre mission pastorale. J’ai même entrepris de m’appuyer davantage sur le Collège des consulteurs, comme me le recommande le Droit de l’Eglise pour les grandes décisions, en particulier d’ordre temporel.
Les nominations sont le fruit d’une longue réflexion au sein du Conseil épiscopal, non sans concertation avec les intéressés et selon un projet pastoral qui est à l’échelle du diocèse, et j’atteste qu’aucun transfert de prêtre n’a été fait de manière arbitraire ni à titre de sanction. Un prêtre appelé à changer d’affectation n’est jamais rétrogradé dans la responsabilité qui lui est confiée. Et tout curé qui me demande de l’aide, sait que sa demande est prise au sérieux et il est rare qu’elle ne soit pas honorée.
Le renouvellement des responsables laïcs des services pastoraux diocésains se fait en fonction de critères positifs liés à la compétence et au sens ecclésial ou à des circonstances providentielles, mais jamais au détriment ni à l’exclusion de quiconque. Chacun est reconnu, tant dans les services diocésains que dans les paroisses, et bénéficie d’un suivi de la part de mes collaborateurs.
La pénurie des vocations sacerdotales dans notre diocèse et le vieillissement de notre clergé, dont j’ai conscience qu’ils sont une cause de souffrance pour tous, m’ont conduit à rouvrir le Séminaire diocésain et à appeler des prêtres de l’extérieur disponibles pour la mission. S’il n’y avait que 2 séminaristes quand je suis arrivé, qui ne se réjouirait des 21 séminaristes et des 3 propédeutes qui se préparent aujourd’hui à servir le diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron ? C’est pour eux une grande joie de découvrir les réalités diversifiées de notre église basco-béarnaise où ils commencent à bien s’intégrer. Faut-il rappeler à nos amis basques que ces séminaristes, qui n’ont pas nécessairement grandi au Pays basque, bénéficient tous les 15 jours au Séminaire d’une messe en langue basque, que plusieurs apprennent la langue et que l’un d’entre eux participe même activement à la catéchèse en langue basque dans la paroisse Notre-Dame de l’Assomption-Bayonne. Quant aux séminaristes du second cycle, ils sont en insertion, qui à Pau ou à Cambo, qui au Centre hospitalier de la côte basque, dans l’équipe d’aumônerie de l’hôpital.
La réouverture du Séminaire est sans conteste le fruit de la prière des fidèles et très spécialement de l’adoration eucharistique perpétuelle mise en place à Bayonne et à Pau depuis 2009, précisément pour demander des vocations au Seigneur. L’engagement généreux de près de 600 fidèles inscrits – sans compter les autres – à une heure hebdomadaire d’adoration, montre que cette initiative répond bien aux souhaits des baptisés. Le sensus fidei du Peuple de Dieu y reconnaît la source par excellence de la mission de l’Eglise. Comme l’affirme le Pape François dans « La joie de l’Evangile » : « L’Eglise ne peut vivre sans le poumon de la prière, et je me réjouis beaucoup que se multiplient dans toutes les institutions ecclésiales les groupes de prière, d’intercession, de lecture priante de la Parole, les adorations perpétuelles de l’Eucharistie » (n. 262).
Il est vrai que j’ai accueilli, depuis mon arrivée, des prêtres étrangers, essentiellement en provenance d’Afrique, avec une convention Fidei Donum, qui apportent une aide très appréciable dans les paroisses où ils exercent leur ministère comme prêtres coopérateurs. J’ai aussi appelé des communautés qui peuvent, grâce à Dieu, mettre des jeunes prêtres à la disposition de nos communautés paroissiales. Trois prêtres de la Fraternité Saint-Thomas Becket sont à mi-temps au service de la Paroisse Notre-Dame de l’Assomption-Bayonne, implantés sur Saint-Amand, et à mi-temps au service des jeunes, en particulier dans les établissements catholiques. S’ils assurent le service de la messe en forme extraordinaire, l’essentiel de leur ministère se déploie selon la forme ordinaire. En outre, en concertation étroite avec mon conseil épiscopal, j’ai confié la paroisse Notre-Dame du Rocher – Biarritz à la Communauté Saint-Martin, association sacerdotale de droit pontifical. Je rappelle que si le latin et le chant grégorien ont une place prépondérante dans la célébration de leur « messe de communauté », les prêtres de Saint-Martin célèbrent exclusivement selon la forme ordinaire, dans les paroisses qui leur sont confiées. Ce n’est pas parce que ces prêtres ont fait le choix de la soutane comme signe de leur appartenance communautaire qu’ils doivent être étiquetés comme « conservateurs » ou « résistants aux évolutions du Concile Vatican II » : ce sont des affirmations gratuites et sans fondement. Dois-je préciser que la Communauté Saint-Martin compte 95 séminaristes en formation, comptabilisés par la Conférence des évêques de France parmi les 750 séminaristes diocésains, qu’elle a été appelée dans 15 diocèses de France et deux diocèses étrangers (Santa Clara à Cuba et Gênes en Italie). De plus, une vingtaine de diocèses sont en liste d’attente aujourd’hui pour bénéficier de leurs services.
L’importance disproportionnée qui est donnée par l’article de Sud-Ouest à la messe selon la forme extraordinaire, puisque le pape Benoît XVI en a libéré l’usage, m’apparaît comme un point de fixation qui prétend avaliser la thèse de mes « penchants intégristes », adjectif qui, dans le contexte actuel, pourrait être assimilé à de la diffamation. Je rappelle seulement que sur 17 messes proposées aux fidèles chaque week-end sur la ville de Bayonne, 16 sont célébrées selon la forme ordinaire (dont 15 en français et 1 en basque), et 1 en latin selon la forme extraordinaire. Il faut donc raison garder. De même sur toute l’agglomération paloise, une seule messe par week-end est célébrée selon la forme extraordinaire.
J’ai été ordonné prêtre en 1982, soit 20 ans après l’ouverture du Concile Vatican II. J’ai exercé mon ministère de manière constante dans des diocèses qui vivent à l’heure du Concile et je ne saurais admettre qu’on m’accuse de « revenir en arrière » ou de cultiver « une vision rétrograde de l’Eglise ». Je suis certes trop jeune pour avoir vécu l’événement du Concile, mais je l’assume pleinement comme un héritage, en fidélité avec le Magistère de l’Eglise, depuis saint Jean XXIII et le bienheureux Paul VI jusqu’au Pape François, en passant par saint Jean Paul II et le Pape émérite Benoit XVI. Je m’interdis de les opposer et les reçois tous pareillement comme légitimes Successeurs de Pierre. Il suffit de reprendre ma première grande lettre pastorale, « La charité du Christ nous presse – L’urgence de la mission », pour s’en accorder.
Quand on assimile la dévotion aux deux Cœurs unis de Jésus et de Marie à des « symboles intégristes », en faisant référence à la Consécration du diocèse au Sacré-Cœur de Jésus et au Cœur Immaculé de Marie le jour de la Pentecôte 2014, avec la bagatelle de 1500 fidèles, c’est tout simplement odieux. Je rappelle que la dévotion au deux Cœurs unis est une donnée centrale de l’Ecole française de Spiritualité, en particulier de Saint Jean Eudes, dont Mgr Dubost, évêque d’Evry, a plaidé la cause devant l’assemblée plénière des évêques de France en novembre 2014, pour obtenir l’approbation des évêques destinée à appuyer la demande faite à Rome par les Eudistes pour que Saint Jean Eudes soit proclamé Docteur de l’Eglise.
On oublie de signaler dans cet article que j’ai fait venir dans le diocèse la communauté brésilienne, Palavra Viva, appartenant au Renouveau Charismatique, qui contribue largement aux missions paroissiales dans de nombreuses paroisses du diocèse (Oloron, Nay, Cambo, Hendaye, Biarritz…) et que je collabore avec toutes les réalités ecclésiales nouvelles – Emmanuel, Béatitudes, Réjouis-toi, chemin Néo-Catéchuménal, Fraternité Notre-Dame des prêcheurs, Famille missionnaire de Notre-Dame… – comme avec les réalités plus traditionnelles – mouvements d’action catholique, Mej etc… – pour promouvoir un nouvel élan missionnaire dans le diocèse. Qui a lu mes lettres pastorales et connaît un peu mon action dans le diocèse de Bayonne voudra bien reconnaître que ma première préoccupation est sans conteste l’annonce « de la nouveauté de l’Evangile, avec audace, à voix haute, en tout temps et en tout lieu, même à contre-courant » (n. 259), comme l’écrit le Pape François dans son exhortation apostolique « La joie de l’Evangile », où il reprend à frais nouveaux l’appel à la Nouvelle évangélisation lancé par ses prédécesseurs depuis l’exhortation du Bienheureux Paul VI sur « l’Evangélisation dans le monde moderne ». On oublie aussi de mentionner le déploiement dans le diocèse d’une pastorale des jeunes dynamique et qui touche les jeunes générations, depuis les enfants du catéchisme jusqu’aux étudiants et jeunes professionnels : n’est-ce pas là que se situe l’avenir de nos communautés chrétiennes ? On ne parle pas non plus du travail remarquable des équipes du Catéchuménat diocésain qui accompagnent vers le baptême et la confirmation un nombre croissant d’adultes qui ont soif et qui sont à mille lieux de nos discussions byzantines…
L’article énumère par ailleurs des griefs qui sont repris en boucle depuis cinq ans, comme si des mises au point n’avaient pas été déjà faites, disponibles sur le site Web du diocèse. Je pense en particulier au « renvoi des filles de chœur du service de la messe ». Dois-je préciser une énième fois qu’il s’agit, non d’un « renvoi », mais d’une répartition des rôles entre garçons et filles dans le service liturgique, à l’initiative légitime d’un curé de paroisse de Bayonne ? Tous ceux qui me voient officier dans le diocèse, chaque dimanche dans une paroisse différente, savent d’ailleurs que le service de l’autel est souvent assuré tant par des filles que par des garçons et que je n’ai jamais pris aucune mesure contraire. Et voilà comment l’on fait naître une légende !
Quant à l’ouverture de deux petites écoles hors contrat sur la côte basque et l’agglomération paloise, faut-il rappeler que cela est du ressort strict des familles, au nom de la liberté pour les parents de choisir l’école de leurs enfants, principe qui fonde l’existence même de l’enseignement catholique en France. L’évêque n’intervient que dans la mesure où ces familles, qui participent activement à la vie de notre Eglise diocésaine, demandent un soutien de type pastoral et spirituel auquel elles ont droit, au même titre que tous les fidèles. Mon engagement auprès de l’enseignement catholique diocésain est suffisamment connu pour qu’on ne m’en fasse pas reproche.
Les griefs concernant mes positions en matière sociétale
Quant à mes prises de position par rapport aux questions sociétales – l’avortement et l’Euthanasie, la loi sur le mariage entre personnes de même sexe -, je n’ai rien fait d’autre que de rappeler l’enseignement constant du Magistère de l’Eglise. Sait-on que c’est le Concile Vatican II qui a parlé de l’avortement comme d’« un crime abominable » (Constitution Gaudium et Spes n. 51 § 3) ? Connaît-on les paroles très claires et sans détour du Pape François, à de nombreuses reprises, sur le drame de l’avortement « qui nous fait horreur », a-t-il lâché il y a quelques mois devant corps diplomatique ?
Devant les Institutions européennes, en fustigeant une Europe devenue une « grand-mère » qui ne donne plus la vie, le Pape François a affirmé : « Trop de situations subsistent encore dans lesquelles les êtres humains sont traités comme des objets dont on peut programmer la conception, la configuration et l’utilité, et qui ensuite peuvent être jetés quand ils ne servent plus, parce qu’ils deviennent faibles, malades ou vieux […] L’être humain risque d’être réduit à un simple engrenage d’un mécanisme qui le traite à la manière d’un bien de consommation à utiliser, de sorte que – nous le remarquons malheureusement souvent – lorsque la vie n’est pas utile au fonctionnement de ce mécanisme elle est éliminée sans trop de scrupule, comme dans le cas des malades, des malades en phase terminale, des personnes âgées abandonnées et sans soin, ou des enfants tués avant de naître » (Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014). On se souvient aussi de ses paroles incisives dans son exhortation apostolique « La joie de l’Evangile » : « Fréquemment, pour ridiculiser allègrement la défense que l’Église fait des enfants à naître, on fait en sorte de présenter sa position comme quelque chose d’idéologique, d’obscurantiste et de conservateur […] Précisément parce qu’il s’agit d’une question qui regarde la cohérence interne de notre message sur la valeur de la personne humaine, on ne doit pas s’attendre à ce que l’Église change de position sur cette question. Je veux être tout à fait honnête à cet égard. Cette question n’est pas sujette à de prétendues réformes ou à des “modernisations”. Ce n’est pas un progrès de prétendre résoudre les problèmes en éliminant une vie humaine » (nn. 213-214).
Pour ce qui est de la position que j’ai constamment maintenue sur la loi Taubira, je l’ai fait en syntonie avec de nombreux évêques de France, à commencer par le Cardinal André Vingt-Trois, alors Président de la Conférence des évêques de France, et j’ai toujours pris soin d’appeler à considérer les personnes avec un grand respect, sans discrimination. Sait-on que le Cardinal Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires et futur Pape François, avait adressé une lettre aux Carmélites de son diocèse, le 2 juin 2010, pour dénoncer un projet de loi semblable sur le mariage entre personnes de même sexe en Argentine ? Il y écrivait : « Ici se jouent l’identité et la survivance de la famille : papa, maman, et enfants. Ici se joue la vie de tant d’enfants qui seront d’avance discriminés, les privant de l’épanouissement humain que Dieu a voulu leur donner avec un père et une mère. Est en jeu un refus frontal de la loi de Dieu gravée profondément dans nos cœurs. […] Ne soyons pas naïfs : il ne s’agit pas d’une simple lutte politique ; c’est la prétention de détruire le plan de Dieu. Il ne s’agit pas d’un simple projet législatif (celui-ci est un simple instrument) mais d’une movida du Père du mensonge qui prétend embrouiller et tromper les enfants de Dieu […] Aujourd’hui, face à cette situation, la Patrie a besoin de l’assistance spéciale de l’Esprit Saint, pour qu’il apporte la lumière de la Vérité au milieu des ténèbres de l’erreur ; cet Avocat est nécessaire pour nous défendre contre l’illusion de tels sophismes avec lesquels on cherche à justifier ce projet de loi et à embrouiller et tromper les personnes de bonne volonté ». On n’est pas surpris de trouver un article publié sur le site de Golias, le 12 juillet 2010, et intitulé : « La croisade du Cardinal Bergoglio contre le mariage Gay ». L’auteur y cite cette lettre du Cardinal, note que l’Argentine pourrait être le premier pays de l’Amérique latine à légaliser le mariage gay et ajoute en conclusion : « D’où cette pression psychologique et morale, odieuse et même inadmissible, de Bergoglio ».
Je m’attache à demeurer libre par rapport à toute orientation politique de type partisan. J’ai assez précisé que mon soutien à « la Manif pour tous » était conditionné par le constat que ce mouvement de très grande ampleur – qui a rassemblé des centaines de milliers de citoyens français, avec de très nombreux jeunes et beaucoup de familles de la génération Jean Paul II et Benoît XVI et qui comptent parmi les forces vives de notre Eglise de France – ne s’était pas laissé récupérer par les partis politiques quels qu’ils soient. D’ailleurs on a bien vu comment les partis d’opposition, dits de droite ou d’extrême droite, se sont brisés sur ce mouvement, faute de consensus en leur propre sein. Loin de toute politique partisane, qui échappe rarement à la tentation de l’intérêt et du pouvoir et qui oublie souvent le Bien commun, je parle, avec la Doctrine sociale de l’Eglise, de la Politique avec un grand « P », dont le Pape François a dit, à la suite de ses prédécesseurs, qu’elle est « une forme éminente de la charité », en vue du Bien commun. Et le Bien commun, comme l’a répété avec force le Pape François devant le Parlement européen suppose une conception des droits humains, qui pour ne pas se réduire à des droits individuels et même individualistes, doivent être assortis de devoirs précis (cf. Discours au Parlement européen, le 25 novembre 2014).
Vous me pardonnerez la longueur de cette lettre, mais il me semblait important d’apporter des éclaircissements aux fidèles et aux prêtres qui pourraient être légitimement troublés par cette nouvelle campagne de presse. Je souhaite sincèrement que se poursuive entre nous un dialogue de type évangélique, mais précisément à travers les organismes de participation et de communion prévus par le Droit de l’Eglise et qui fonctionnent à tous les niveaux de notre vie diocésaine, à commencer par l’échelon paroissial. Je confie cette grande intention à la prière de tous et je vous demande de prier pour moi.
Nous avons tous à nous recentrer sur l’essentiel, et l’essentiel c’est le Christ « toujours vivant pour intercéder en notre faveur » (He 7, 25). Il nous faut sans cesse « repartir du Christ » (Saint Jean Paul II), en particulier partout où il est rejeté et très spécialement en ses membres souffrants. A l’approche de Noël, les pensées de mon cœur vont d’abord vers les chrétiens d’Irak que j’ai visités à Erbil, et aussi ceux de Syrie, qui vivront cette fête de la Nativité du Seigneur dans la peur et le dénuement. Ne les oublions pas.
Soyez assurés, chers diocésains, de mes sentiments dévoués dans le Christ et son Eglise, et de ma prière à toutes vos intentions. Saint et joyeux Noël à tous !
+ Marc Aillet
Lettre magnifique et exemplaire , laquelle pourrait inspirer certains confrères de Mgr Aillet…….et surtout une mise au point sans équivoque adressée à ceux qui n’ont pas compris ( ou ne veulent pas comprendre !) le message évangélique et la pastorale de Mgr Aillet. Quel réconfort , merci Monseigneur, nous prions pour vous.
Complet, clair et net.
J’aurai juste trouvé encore plus percutant pour sa démonstration que Monseigneur dise qu’il avait le support de son conseil presbytéral (où normalement 50% des membres environ sont élus) plutôt que de son conseil épiscopal où les membres sont nommés par lui.
Comme il est « presque normal » depuis un certain temps, l’Église est attaquée de l’extérieur comme de l’intérieur! Les « fumées de Satan sont entrées dans l’Église » Paul VI et N-D de la Salette 1840, Marie-Julie
Jahenny… nous le confirment : prière, pénitence, conversion ! Nos pasteurs, ont quitté un confort mondain pour la suite du Christ et trop souvent nous voudrions qu’ils soient « saints »; eux aussi sont en marche et ils ont besoin plus de notre soutien que de nos critiques. Il serait bon que chacun de nous entendant ou lisant des critiques se demandent avec humilité: que ferais-je à sa place? La réponse serait souvent un grand silence et les accuser ou participer à ces dénigrements est accusation sans preuve et injuste.
Merci à Mgr Aillet de remettre les choses au point, clairement et d’enrichir par son action la vie de son diocèse.
Suggérons les bonnes idées comme celle de l’évêque de Portsmouth, pourquoi ne pas la reprendre: il ne manque pas en France de jeunes pros pleins de foi et de dynamisme et que les « ainés » les suivent plutôt que de mettre des bâtons dans les roues. Je suis d’avant le concile, si les modifications « outrancières » sont, elles , à combattre , ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain , mais développons le sens du sacré et lisons
« Corpus Christi »(Mgr Athanasius Schneider) , mettons le en application personnellement tel que le met en oeuvre Mgr Aillet dans son diocèse et les vocations refleuriront !
Alors , peut-être la France redeviendra Terre de Chrétienté !
Le diocèse de Pau a de la chance .
C’est ce que je pense après avoir lu cette lettre énergique, claire et sereine.
« Là où est l’évêque, là est l’Eglise » disait St Ignace d’Antioche, voulant signifier par là que le pasteur était signe d’unité. En faisant un pas vers ses opposants, le P.Aillet se pose en gardien de cette unité. Car il ne peut y avoir de pasteur sans peuple, ou avec un peuple divisé. Cette longue lettre est aussi une reconnaissance des difficultés rencontrées par l’évêque, que ce soit avec des chrétiens inquiets d’une certaine restauration, ou avec les Basques toujours soucieux de leur identité.
Merci Monseigneur
Aleth et Alain
Merci, Monseigneur, pour cette lettre pleine d’amour et d’espérance.
Notre Seigneur Jésus Christ est attaqué par les forces du mal (Golias,Sud Ouest…) dans cette société sans Dieu que l’on cherche à nous imposer à nous, les fils ainés de l’Eglise…
Soyez fort, vous êtes un successeur des apôtres, et vous devez vous aussi porter votre croix à l’image de Notre Seigneur.
Je prie pour vous et votre mission.
Que Dieu vous bénisse et que la Vierge Marie veille sur vous, et
Bonne fête de Noël, Monseigneur, dans la joie de la venue de l’Enfant Jésus dans la créche
Pierre ROYAL
Voila une lettre magnifique ,pleine de charité, totalement conforme à la loi de l’eglise.D’une grande honnêteté chrétienne .Si seulement tous les diocèses avaient des évêque aussi responsables sur leur rôle de « bergers du troupeau » oui les vocations refleuriraient.
Comme le signal Léa le Livre « Corpus Christi » est un livre d’une telle piété,adoration de la sainte hostie .Tout le monde devrait le lire
superbe lettre très bien rédigée. Merci Mgr Aillet
Courage Monseigneur, nous avons le même adversaire: l’intolérance. La voix de la conscience réveillera les foules, l’Esprit Saint y veille…à conditions que des veilleurs soient !
A l approche des fêtes de Noël, accueillons l enfant Jésus a la crèche, ne laissons pas le diviseur détourner nos yeux du petit enfant qui vient mettre la paix dans notre cœur . Si on lui demande qu elles sont ses blessures sur sa poitrine, tu leur répondras ce sont celles que j ai reçu dans la maison de mes amis , livre de zacharie
Quand le coeur et l’intelligence sont au rendez-vous, voilà ce que cela donne. Nous sommes très loin de « Golias »!
Manifestement Monseigneur est Divinement inspiré.
Que Dieu vous bénisse, puisse l’Esprit Saint Toujours vous éclairer.
Et votre Lumière jaillir sur tous les Coeurs.
AD MULTOS ANNOS Monseigneur !!!
Et pour l’ennemi, prions.
Quel réconfort de voir un pasteur courageux. Il est bien sûr attaqué. Souvenons-nous des attaques du Malin contre St Jean-Marie Vianney. Là où il y a des prêtres en soutane, il a de la visibilité. Là où l’Eglise est visible au sein du monde païen, elle est attaquée.
Courage, nous sommes en UDP
Bien qu’habitant l’Espagne et n’appartenant donc pas au Diocèse de Bayonne-Lescar-Oloron, c’est avec grand plaisir et non moins grand réconfort que j’ai lu la lettre de Monseigneur Marc. J’ignore bien sûr toute la portée des « divisions » qui minent cette Église locale ou diocésaine… Pourtant, je ne puis éviter d’y voir le sceau, la marque de la Croix et de Notre Seigneur. Je vous assure de mon humble et pauvre prière, Monseigneur, afin que le Coeur du Chef des Pasteurs vous inspire en tout moment les mots et les gestes qui reconduisent et réunissent les brebis vers et en un seul troupeau, le Sien. Merci