La Lettre de Paix Liturgique (numéro 1430) a publié l’homélie que Mgr Schneider a prononcée sous les voûtes de Sainte-Marie-Majeure le samedi 24 octobre dernier et au cours de laquelle le prélat avait même cité le pape François, dont la tombe est située dans cette basilique:
« Loué soit Jésus-Christ ! Chers frères et sœurs dans le Christ ! La Sainte Église, la Chaire de saint Pierre, est notre Mère. Nous sommes les enfants de l’Église et c’est pourquoi l’expression « Sainte Mère Église » est si chère à tous les vrais catholiques. L’Église est mère parce qu’il existe une autre Mère, cette Mère unique qui est immaculée, qui est toujours vierge : c’est la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu et notre Mère. Nous avons la grande joie de pouvoir célébrer en ce moment et dans cette basilique – dans la maison de notre Mère –, la Sainte Messe selon la même forme vénérable que tant de papes et d’innombrables générations de prêtres ont célébrée en ce lieu. C’est ici que certains saints et papes ont célébré leur première Sainte Messe, comme par exemple saint Ignace de Loyola et le pape Pie XII. Le pape François nourrissait une dévotion particulière pour l’icône de la Salus Populi Romani conservée dans cette basilique. C’est précisément cette basilique qu’il a choisie comme lieu de sa dernière demeure terrestre. Au cours des douze années de son pontificat, le pape François a prié devant l’icône de la Salus Populi Romani cent vingt-six fois. Sa première visite eut lieu le 14 mars 2013, au lendemain de son élection ; la dernière, une semaine avant son décès. Il effectuait ces visites avant et après chaque voyage apostolique, ainsi que lors de ses quatre séjours à l’hôpital Policlinico Gemelli. Sept autres papes sont déjà inhumés dans cette basilique.
Tout d’abord, cette basilique et la forme traditionnelle de la messe du rite romain sont liées à saint Pie V, dont le saint corps repose ici. Il est le pape qui est passé à la postérité comme le pontife du rite romain traditionnel et du saint rosaire ; grâce à la prière du rosaire, les chrétiens remportèrent la victoire sur les ennemis de la chrétienté à Lépante — contre toute attente humaine. Saint Pie V ne mit pas en œuvre une réforme du rite de la messe au sens strict, car il vouait un profond respect à la tradition liturgique de l’Église de Rome ; celle-ci possédait depuis des siècles un rite qui — par son intégrité doctrinale, sa beauté rituelle et sa maturité — ne nécessitait aucune réforme, mais servait au contraire de garantie et de point de repère sûr au milieu de l’anarchie liturgique généralisée du XVIe siècle, provoquée par les pseudo-réformes protestantes. Fort de cette vénérable tradition et de sa sainteté, saint Pie V garantit — de manière particulièrement solennelle, par la constitution apostolique Quo Primum — le libre et perpétuel usage de la forme traditionnelle de la messe à tous les prêtres du rite romain ; il établit expressément qu’aucun prêtre ne pourrait jamais être contraint de célébrer la sainte messe selon une forme autre que celle du missel qu’il avait promulgué, et que sa constitution apostolique Quo Primum ne pourrait être révoquée à l’avenir. Ainsi, saint Pie V a en quelque sorte canonisé le rite traditionnel de la messe. Par conséquent, aucun pontife romain n’a jamais osé révoquer ou « décanoniser » Quo Primum, fait reconnu par le pape Benoît XVI, qui a affirmé que cette forme de célébration du sacrifice de la messe n’avait jamais été abrogée (cf. Lettre Apostolique Summorum Pontificum du 7 juillet 2007).
Nous nous trouvons dans une basilique qui abrite également la statue de la Mère de Dieu sous le titre de « Reine de la Paix », placée là à la demande du pape Benoît XV. La Vierge Marie, Reine de la Paix, est assise sur un trône, tenant l’Enfant Jésus, qui s’apprête à laisser tomber la branche d’olivier. Le visage de la Vierge exprime la douleur et la tristesse, et, le bras levé, elle implore la fin des hostilités. Sur le piédestal, une colombe attend avec impatience que la branche d’olivier tombe afin de pouvoir porter le message de paix à l’humanité. Un grand nombre de catholiques à travers le monde — en particulier la jeune génération et les jeunes familles — nourrissent un désir légitime de participer à la Sainte Messe selon la forme traditionnelle. Le pape Jean-Paul II considérait comme légitime le désir des fidèles pour cette forme liturgique, exhortant les évêques à y répondre généreusement (cf. Lettre apostolique Ecclesia Dei). À travers cette forme liturgique, les fidèles cherchent à s’unir spirituellement aux saints et à leurs propres ancêtres ; ils désirent faire l’expérience — avec leurs yeux, leurs oreilles et leur cœur — de cette forme rituelle de la messe qui a nourri et fortifié tant de saints, de martyrs et de confesseurs dans leur vie chrétienne. Or, aujourd’hui, en raison de restrictions réglementaires rigides et d’une discrimination pastorale, ces fidèles — en particulier les jeunes — se sentent traités comme des catholiques de seconde zone. Ils n’éprouvent toutefois aucune amertume ; au contraire, ils continuent d’aimer leur Mère, l’Église, même si, pour l’instant, ils ne se sentent pas compris par cette même Mère — par l’Église de Rome.
Si la basilique du Latran est la « Mère et le Chef de toutes les églises de la Ville et du monde », la basilique Sainte-Marie-Majeure est la « Mère et le Chef de tous les sanctuaires mariaux du monde ». Puissent les saints et les papes qui entretiennent un lien particulier avec notre sanctuaire marial implorer de la Mère de Dieu – la Salus Populi Romani et la Regina Pacis – la grâce que le rameau d’olivier, tenu par la main de l’Enfant Jésus sur les genoux de la Regina Pacis, tombe sur nous et nous apporte la paix liturgique tant attendue, celle qui rétablisse la pratique pleine et sans discrimination de la forme traditionnelle du rite romain. Puissent ceux qui, au sein de l’Église, ont la responsabilité de favoriser l’avènement de cette paix liturgique se laisser toucher par la voix de la Regina Pacis et par celle des plus petits enfants de l’Église – marginalisés sur le plan liturgique –, en se souvenant également des paroles de Jean-Paul II : « Dans le Missel romain, dit de saint Pie V… se trouvent de très belles prières par lesquelles le prêtre exprime le sens le plus profond d’humilité et de révérence face aux saints mystères : elles révèlent la substance même de toute liturgie » (Message aux participants à l’Assemblée plénière de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. 21 septembre 2001), ainsi que celles du pape François qui louait les Églises orthodoxes pour avoir conservé leur « liturgie originelle, si belle », en déclarant : « Nous avons un peu perdu le sens de l’adoration. » « Ils le préservent, ils adorent Dieu, le temps n’a pas d’importance. Dieu est au centre, et c’est là une richesse » (Conférence de presse lors du vol de retour du voyage au Brésil, le 28 juillet 2013). Aujourd’hui, le pape François pourrait peut-être dire à son successeur et aux évêques : « Restaurez et préservez la forme originelle et si belle du rite romain, canonisée par saint Pie V ». Cette forme de la messe était celle de la jeunesse du pape François et celle de sa conversion. Cette forme de la messe était celle de l’enfance et de la première communion du pape Léon XIV. Ô Marie, Mère de Dieu, ô Salus Populi Romani, ô Regina pacis, apporte-nous le rameau d’olivier de la main de l’Enfant Jésus pour l’avènement de la paix liturgique qui garantira la pleine liberté d’utiliser le rite romain traditionnel, afin que nous puissions à nouveau faire l’expérience que l’Église romaine est notre Mère. Amen. »
+ Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de Marie Très Sainte à Astana
