Agé de 95 ans, le cardinal Ruini a été interrogé dans le Corriere della Serra. Extraits :
Comment avez-vous vécu la démission de Ratzinger ?
« Cela m’a totalement surpris et j’étais très triste. »
Était-ce une erreur ?
« Je vais vous dire la vérité : c’était une mauvaise décision, du moins c’est mon avis. Bien sûr, il connaissait mieux sa situation que moi, alors je ne veux pas le juger. Sa démission ne m’a pas convaincu. »
Sur la commode devant moi, je vois des photos de Wojtyla, Ratzinger et Prevost ; je ne vois pas celle de Bergoglio.
« Retourne-toi. Elle est là, derrière toi. »
Le pape François vous a-t-il déçu ?
« J’ai eu du mal avec le pape François. Le changement a été trop radical et trop soudain. Plus que déçu, j’étais surpris. »
Comment évaluez-vous son pontificat ? A-t-il fait plus de bien ou plus de mal à l’Église ?
« Il me semble que l’évaluation est complexe, avec des aspects très positifs et d’autres beaucoup moins. Il est trop tôt pour dire lesquels prévalent. »
Dites-moi un point positif concernant François.
« Son grand courage. »
Et c’est regrettable.
« Il a accordé trop peu d’importance à la tradition. Ce n’est pas un hasard s’il était peut-être plus aimé des non-croyants que des croyants. »
Et quelle est votre impression de Léon ? L’avez-vous rencontré ?
« Il m’a accordé une audience dès les premiers jours de son pontificat. Mon impression est excellente. Je suis heureux d’avoir ce pape. »
[…]
Quel est votre avis sur Giorgia Meloni, tant sur le plan politique que personnel ?
« Absolument positif, d’un point de vue à la fois politique et personnel. »
La connaissez-vous ? Lui parlez-vous ?
« Je la connais depuis de nombreuses années et nous aimons discuter quand elle a le temps. C’est une personne très directe, très franche. Elle est aussi très affectueuse avec moi. Nous avons une véritable amitié et nous nous envoyons toujours des messages. »
Comment ?
« L’infirmière qui vient me soigner va aussi la voir. »
Que pensez-vous de Trump ?
« Je n’ai pas une opinion positive. Trump a bouleversé la politique américaine et mondiale, en prenant une direction très discutable. Et je n’aime pas son manque de scrupules. »
Reviendriez-vous à la messe en latin ?
« Certainement pas. Il est très important que les fidèles comprennent la langue dans laquelle elle est célébrée. »
Mais ils vous considèrent comme un traditionaliste.
« La tradition ne signifie pas régresser. Au contraire, “trahir” signifie passer d’une main à l’autre. La tradition, c’est la continuité de l’Église. »
L’Église a-t-elle renoncé à débattre de ce qu’on appelait autrefois les valeurs non négociables ? Le caractère sacré de la vie, l’indissolubilité du mariage, la morale sexuelle ?
« Nous ne pouvons renoncer à débattre de ces valeurs. Elles font partie intégrante de notre foi, de l’éthique chrétienne. Aujourd’hui, nous en parlons moins qu’auparavant ; mais c’est une lacune que nous devons combler. »
Dans l’Évangile selon Luc, Jésus demande : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Comment répondriez-vous à cette question ?
« Je répondrais : “Seigneur, tu le sais ; je l’espère de tout mon cœur.” »
Mais quand pensez-vous que le Christ reviendra ?
« Dieu seul le sait. »
Il n’est donc pas certain qu’il retrouve la foi sur terre ?
« Malheureusement non. »
Le christianisme est-il en crise ? Comment voyez-vous son avenir ?
« Du moins en Occident, la crise de la foi est indéniable. Et notre première réponse doit être la prière. Beaucoup de prière, afin que la lumière de la foi ne s’éteigne pas, mais qu’elle se fortifie. Je suis optimiste quant à l’avenir à long terme du christianisme. »
Pourquoi ?
« Parce qu’à son origine, il n’y a pas seulement l’homme. Il y a Dieu. »
Existe-t-il un sentiment antichrétien dans le monde ?
« Il existe assurément, et ce, sous diverses formes depuis les débuts du christianisme. Souvenons-nous des paroles de Jésus : « S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi. » Le manque de solidarité dont font preuve les croyants envers leurs frères et sœurs persécutés est frappant. »
Les églises se vident de plus en plus, alors que les gens ont désespérément besoin d’espoir et de foi. Comment expliquer cette contradiction ?
« C’est une contradiction plus apparente que réelle. Ceux qui ont perdu la foi n’ont pas forcément plus besoin d’espoir, ni même de foi. C’est un vide impossible à combler, et cela témoigne que nous avons été créés pour Dieu. Il y a aussi les limites que nous, croyants, devons laisser à l’œuvre d’évangélisation. »
Même les séminaires sont vides. N’est-il pas cruel d’empêcher les prêtres de fonder une famille ?
« Ce n’est pas une imposition, mais une condition librement acceptée. Le célibat sacerdotal a ses inconvénients, mais aussi ses avantages. À mon avis, bien plus importants. »
Pourquoi une femme ne pourrait-elle pas être prêtre ?
« L’Église ne peut pas ordonner de femmes prêtres, car le prêtre est configuré à l’image du Christ, qui est homme. »
Avez-vous peur de la mort ?
« Oui. Surtout parce que la mort est suivie du jugement de Dieu sur nos vies. La peur est apaisée par la confiance en la miséricorde infinie de Dieu. »
L’enfer peut-il donc être vide ?
« Je ne le crois pas. J’ai bien peur que l’enfer ne soit pas vide du tout. »
Avez-vous déjà douté de l’existence de Dieu ou de la résurrection de la chair ?
« Le doute au sens strict, non. La tentation, c’est autre chose. J’ai connu de nombreuses tentations concernant la foi, même de fortes. »
[…]
