Pendant que l’Eglise a les yeux tournés vers la FSSPX, l’Eglise autrichienne rompt silencieusement avec Rome, ainsi que l’écrit Nicolas Kinosky dans La Nef. Ce qui ne peut que donner du grain à moudre à la FSSPX. Extraits :
Ce samedi 24 janvier, Mgr Josef Grünwidl a été sacré archevêque de Vienne des mains de son prédécesseur, le cardinal Schönborn. C’est tout le peuple catholique qui était réuni sous les vastes arches gothiques de la Stephansdom. Un premier psaume de Mendelssohn laissa place à un rite d’aspersion chanté à la guitare par un groupe de demoiselles ; des femmes participaient à l’aspersion de l’assemblée, goupillon à la main. Arriva ensuite le long cortège des prêtres, des servants et servantes de messe, et des évêques, revêtus d’une chasuble blanche zébrée. […]
On pouvait assister à la transmission successive de la crosse entre plusieurs personnes, comme un passage de relais. Un Te Deum fut remplacé par des poignées de main échangées avec l’un ou l’autre participant de l’assemblée. Le nouvel évêque put s’installer sur son tout nouveau siège en verre. Des fidèles de toutes origines donnèrent à l’évêque les espèces du vin et du pain, sous une comptine chantée par des enfants de maternelle. À la fin de la célébration, des représentantes et représentants des différentes confessions chrétiennes – parmi lesquels la nouvelle évêque luthérienne Cornelia Richter, l’évêque vieille-catholique d’Autriche Maria Kubin, ainsi que le métropolite grec-orthodoxe d’Autriche et exarque de Hongrie et d’Europe centrale, Arsenios – donnèrent la bénédiction aaronitique. […]
L’ensemble de la célébration s’est distingué surtout par la participation des laïcs, des femmes notamment, et liturgie marquée par la variété, un patchwork musical, qui correspond bien à la devise de Josef Grünwidl : « Melodiam Dei recipite. » […]
Théologien reconnu et acteur important de l’Église universelle – notamment par sa contribution décisive au Catéchisme de l’Église catholique –, Schönborn chercha à conjuguer fidélité doctrinale et attention aux situations humaines concrètes, se montrant attentif aux « périphéries » sociales et ecclésiales. Mais, par ailleurs, Favorable au milieu LGBT, il put inviter Conchita Wurst, la célèbre chanteuse à barbe, gagnante de l’Eurovision, à la cathédrale, arborer le symbole du Sidaction ou encore consacrer une chapelle à la vaccination contre le Covid.
Son long épiscopat fut marqué par des limites notables : l’érosion continue du nombre de fidèles en Autriche, des critiques portant sur un manque de clarté ou de fermeté doctrinale dans certaines prises de position sensibles, ainsi que l’insatisfaction persistante de courants réformateurs. Le clergé autrichien ne brilla guère par des positions « ratzingériennes », rapidement oubliées, mais épousa le rythme du Synodaler Weg, tantôt encouragé par feu le pape François, tantôt freiné par lui lorsqu’il rappelait qu’« il existe déjà une Église protestante et qu’il n’est pas nécessaire d’en créer une seconde ».
Entre autorité théologique, prudence pastorale, ambiguïtés perçues et compromission avec l’esprit du temps, le bilan de Schönborn apparaît ainsi pour le moins contrasté : celui d’un pasteur respecté et influent, mais confronté aux impasses structurelles et spirituelles d’une Église européenne en crise.
Josef Grünwidl est l’une des figures marquantes du diocèse de Vienne depuis de nombreuses années. Il était l’homme qui convenait, l’homme de la partie réformatrice du diocèse. Il fut, dans ses débuts sacerdotaux, le secrétaire de l’archevêque viennois ; le premier administrateur diocésain de l’histoire de l’archidiocèse à être finalement confirmé comme évêque, puis comme archevêque ; le premier vicaire épiscopal appelé directement à la tête du diocèse. Il est encore le premier archevêque issu des paroisses de béton et de la pastorale de jeunesse, après avoir présidé durant plusieurs années le conseil des prêtres. À ce tableau déjà très contemporain s’ajoute une singularité plus rare : depuis Georg von Slatkonia, premier évêque résidant de Vienne, Grünwidl n’est que le deuxième musicien à s’asseoir sur la chaire viennoise.
L’évêque d’Innsbruck, Hermann Glettler, est un modèle de cet épiscopat « jeune », cool, qui fait des expositions d’art contemporain dans les églises – au goût douteux – tout en revendiquant avec aplomb, sans sourciller, la bénédiction et l’union des couples homosexuels, ainsi que l’implication accrue des femmes et des laïcs dans le ministère sacerdotal.
Certaines prises de position de Josef Grünwidl vont dans ce sens. Bien qu’il ait affirmé s’être ensuite distancié de l’« Initiative des prêtres », Mgr Grünwidl fut associé à ce mouvement qui, en 2011, lança explicitement un « appel à la désobéissance », contestant plusieurs points structurants de la discipline et de la doctrine catholiques : accès à la communion pour les divorcés remariés, intercommunion, redéfinition de l’Eucharistie sans prêtre, prédication confiée aux laïcs, ordination d’hommes mariés et ouverture du sacerdoce aux femmes.
Cet appel revendiquait une primauté de la conscience individuelle sur l’autorité magistérielle et assumait une logique de fait accompli face aux décisions romaines. Or, même après avoir pris ses distances formelles avec ce manifeste, Grünwidl continuait, encore en octobre 2025, à se prononcer publiquement en faveur de l’ordination sacerdotale d’hommes mariés et de l’accès des femmes au diaconat, ce qui alimente l’impression d’une continuité de fond entre certaines orientations du mouvement et ses propres prises de position pastorales, au risque d’entretenir une ambiguïté durable quant aux frontières entre fidélité institutionnelle et réforme revendiquée. […]
Toutefois, à force de positions hétérodoxes et de grands écarts, le risque est celui d’une forme de schisme vis-à-vis de Rome, soit brutal, soit silencieux. […]
