Dans un discours prononcé aujourd’hui aux préfets de la République italienne, le pape Léon XIV a souligné :
Votre saint patron, saint Ambroise de Milan, incarne un excellent exemple de la convergence de l’Église et de l’État : préfet de cette grande ville, jadis capitale de l’empire, il en devint l’évêque par acclamation populaire, comme on dit. Suite à cette transition rapide, Ambroise exerça ses fonctions publiques d’une manière nouvelle, mettant l’autorité spirituelle dont il avait été investi au service du peuple.
À la fin de l’Antiquité, une certaine similitude entre le rôle de préfet et le ministère épiscopal se manifestait également dans les noms et titres utilisés pour désigner à la fois la gestion des affaires publiques et l’administration de la communauté chrétienne. Les citoyens de Rome et les disciples de Jésus étaient organisés en diocèses, ou districts, dirigés soit par les préfets du prétoire, soit par les évêques, qui veillaient sur le peuple comme de bons pasteurs.
Ce lien historique caractérise encore aujourd’hui votre mission, qui vise à servir l’État en garantissant l’ordre public et la sécurité de tous les citoyens. Notre époque, particulièrement marquée par les conflits et les tensions internationales, souligne l’importance de protéger le bien commun, qui ne se réduit pas à des considérations matérielles, puisqu’il touche avant tout au patrimoine moral et spirituel de la République italienne. C’est dans la coexistence civile que ces valeurs trouvent les meilleures conditions pour se diffuser et progresser.
En veillant à l’harmonie sociale, le préfet contribue à préserver les fondements essentiels de la liberté et des droits des citoyens. L’ensemble de la population bénéficie de ce service, en particulier les plus vulnérables. En effet, lorsque les espaces publics sont exempts de troubles, les personnes démunies sont mieux accueillies, les personnes âgées vivent plus sereinement et les services destinés aux familles, aux malades et aux jeunes s’améliorent, favorisant ainsi une vision plus confiante de l’avenir.
L’ordre public ne se limite donc pas à la lutte nécessaire contre la criminalité ou à la prévention des émeutes ; il exige également un engagement ferme contre les formes de violence, de tromperie et de vulgarité qui nuisent au système social. Par ailleurs, vos fonctions de supervision visent à favoriser les relations sociales et à instaurer des accords toujours plus efficaces entre les institutions de l’État, les collectivités territoriales et les citoyens.
À cet égard, il est utile de rappeler un enseignement de saint Augustin, baptisé par saint Ambroise. L’évêque d’Hippone écrivait : « Ceux qui commandent sont au service de ceux qui semblent recevoir des ordres. Ils ne commandent pas par soif de pouvoir, mais par devoir de sollicitude ; non avec l’arrogance de la domination, mais avec la bienveillance du souci » ( De civitate Dei , XIX, 14). Ce principe fondamental est conforme aux dispositions de la Constitution italienne, qui stipule en son article 98 : « Les fonctionnaires sont au service exclusif de la Nation. » En établissant cette exclusivité, la disposition constitutionnelle atteste le sens profond de votre noble service, qui répond certes aux lois de l’État, mais plus encore à la conscience qui les connaît, les comprend et les applique avec fermeté et équité. D’une part, en effet, les lois sont l’expression de la volonté populaire, d’autre part, la conscience interprète votre humanité personnelle : les deux doivent être préservées de toute pression, en faisant preuve à la fois de rigueur et de magnanimité, vertus bien tempérées chez les hommes intègres.
Vous connaissez bien la discipline intérieure nécessaire pour gouverner et promouvoir sa propre pensée, avant même celle de la République ; c’est précisément pour cette raison que servir la nation signifie se consacrer, avec lucidité et conscience irréprochable, à la communauté, c’est-à-dire au bien commun du peuple italien. En ce sens, la haute fonction que vous occupez exige un double témoignage. Le premier s’accomplit par la collaboration entre les différents organes et niveaux administratifs de l’État ; le second par l’adhésion à la responsabilité professionnelle et à la conduite exemplaire, témoignant ainsi d’un dévouement exemplaire envers vos concitoyens, et notamment les jeunes générations. À cet égard, j’espère que votre autorité contribuera à améliorer le visage de la bureaucratie, en œuvrant pour une action toujours plus vertueuse au service de la société.
En particulier dans les situations d’urgence, face aux catastrophes ou aux dangers, votre rôle vous permet d’exprimer au mieux les valeurs de solidarité, de courage et de justice qui font honneur à la République italienne. La dimension éthique de votre engagement vous permet également de relever les défis posés par les nouvelles technologies, telles que l’intelligence artificielle, désormais appliquée dans l’administration publique. Ces outils doivent être gérés avec soin, non seulement pour protéger les données personnelles, mais aussi pour le bénéfice de tous, sans prétentions élitistes.
En cultivant une citoyenneté consciente, honnête et active, sachez que vous pouvez toujours compter sur la coopération et le respect de l’Église. Les relations constructives que vous entretenez avec les évêques diocésains favorisent particulièrement l’accueil des migrants et les nombreuses formes de soutien aux personnes dans le besoin, pour lesquelles nous œuvrons ensemble sur le terrain, ainsi que la gestion d’autres aspects pratiques tels que les offices religieux. La foi de la communauté chrétienne et les valeurs religieuses qu’elle incarne contribuent ainsi au développement culturel et social de l’Italie.
