Paix Liturgique résume les interventions du colloque du CIEL du 5 février dernier :
Jeudi dernier, le 5 février, s’est tenu à Rome, à l’Institut Maria Santissima Bambina, Via Paolo VI, derrière la colonnade du Bernin, le 15ème colloque du CIEL.
Le professeur Rubén Peretó Rivas, de Buenos Aires, qui enseigne notamment l’histoire de la philosophie médiévale à la Faculté de philosophie et des lettres de l’Université nationale de Cuyo, présidait les débats.
Le P. Cassian Folsom, osb, de l’abbaye de Norcia, qui fut un des conseillers de Benoît XVI sur la question de la messe traditionnelle (on dit qu’il est l’inventeur de la géniale distinction « ordinaire »/« extraordinaire »), a parlé de la typologie et de l’histoire de l’Ordo Missæ : témoins les plus anciens, sacramentaires, livres de lectures et de chants, missels pléniers.
Le P. Gabriel Díaz Patri (Londres), spécialiste des premiers missels imprimés et des éditions pré et post-tridentines, a fait une intervention sur « L’offertoire proléptique dans les différentes traditions liturgiques ». Il a défendu l’anticipation du canon romain par les prières « privées » de l’offertoire traditionnel, si critiquée par les liturgistes qui ont préparé la réforme conciliaire.
Le P. Lukasz Celinski, professeur assistant à l’Académie catholique de Varsovie, qui a beaucoup publié sur l’ensemble des traditions liturgiques occidentales (romaine, ambrosienne, hispano-mozarabe et gallicane), a traité du transfert des dons dans l’’histoire de la messe hispanique (mozarabe).
Le diacre Daniel Galadza, professeur à la Faculté des Sciences ecclésiastiques de l’Institut Pontifical Oriental, qui se consacre à l’étude de la liturgie byzantine, a donné une intervention sur les perspectives du rite byzantin sur l’offertoire, qui va s’ajouter à un ensemble d’études déjà fort riche qu’il a publié sur ce rite.
L’abbé Claude Barthe a parlé de « Abolition de l’offertoire et création d’une présentation des dons par la réforme liturgique ». Cette intervention avait un intérêt particulier pour les débats critiques autour de la réforme liturgique, car la disparition de l’offertoire traditionnel et son remplacement par une présentation des dons est un des éléments les plus marquants de la réforme de la messe par Paul VI. C’est tout un ensemble de prières à tonalité sacrificielle insistante, entourant et explicitant l’offrande des oblats, qui a ainsi disparu de la célébration de la messe. La suppression on peut dire violente de l’offertoire traditionnel a produit un affaiblissement notable de l’explicitation de la signification du sacrifice eucharistique.
À la dernière époque du Mouvement liturgique, des auteurs comme dom Jean-Thierry Mærtens, et surtout Josef Andreas Jungmann sj, mais aussi comme le P. Louis Bouyer, de l’oratoire, considéraient que l’offertoire était un inutile « doublet » ou « doublon » du canon romain. Il a été finalement remplacé par une simple « présentation des dons », avec de courtes prières inspirées de berakhot, bénédictions au cours des repas festifs dans le judaïsme, une berakha prononcée sur la première coupe de vin (« Béni sois-tu, Seigneur, notre Dieu, Roi des siècles, qui nous donnes ce fruit de la vigne »), et berakha sur le pain rompu (« Béni sois-tu, Seigneur, notre Dieu, Roi des siècles, qui fais produire ce pain à la terre »).
Et il m’est revenu de conclure les débats du colloque.
L’abbé Barthe faisait remarquer cette étrange particularité de la « présentation des dons » : dans une liturgie nouvelle, où les options sont innombrables pour la quasi-totalité des prières et textes, y compris pour la prière eucharistique, les prières de la présentation des dons qui remplacent celles de l’offertoire sont obligatoirement prononcées (le seul choix laissé au célébrant porte sur le fait de les prononcer à voix haute ou à voix basse). On aurait pu imaginer que les anciennes prières pourraient être dites ad libitum, au choix, comme le canon romain est resté l’une des possibles prières eucharistiques. Mais cette liberté est refusée pour les merveilleuses prières du missel tridentin : « Reçois, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant, cette hostie immaculée, que moi, ton indigne serviteur, je t’offre, à toi mon Dieu vivant et vrai, pour mes péchés, offenses et négligences sans nombre, pour tous ceux qui m’entourent et pour tous les fidèles chrétiens vivants et morts afin qu’elle serve à mon salut et au leur pour la vie éternelle. » C’est dire l’importance (hautement négative) qu’elles avaient pour les réformateurs bugniniens.
