Intéressante analyse de Rorate Caoli :
Prenons l’exemple de ce qui vient de se passer en Espagne. Il y a quelques semaines, le pape a appelé le cardinal Cobo, archevêque de Madrid, pour lui faire part de son intention de se rendre en Espagne cette année. Autrement dit, il s’est invité lui-même, et personne ne sait exactement pourquoi. Le problème est que l’invitation officielle doit être signée par le chef de l’État, le roi, et par le Premier ministre, Pedro Sánchez. Le roi obtempéra, tandis que le Premier ministre a hésité à signer l’invitation. C’est pourquoi les dates de la visite n’ont pas encore été confirmées.
Et cette visite est redoutée de tous, hommes politiques et évêques confondus. Elle se déroulerait notamment en pleine « réinterprétation » de la Vallée des Morts, approuvée et signée par le tristement célèbre cardinal Cobo lui-même, cédant ainsi aux exigences du gouvernement socialiste de Sánchez sans en avoir l’autorité, la Vallée des Morts étant une basilique pontificale.
Mais l’Église est confrontée à d’autres problèmes plus graves. La semaine dernière, sans préavis, Léon XIV a destitué un jeune évêque indonésien que François avait nommé cardinal. La crainte commence à gagner la Conférence épiscopale argentine, où de nombreux secrets sont mis au jour et où des cadavres s’accumulent dans des archives que l’on croyait inviolables. Et ces cadavres, Léon les connaît très bien, puisqu’il était préfet du Dicastère pour les évêques.
Mais la stupeur épiscopale argentine s’est manifestée le jeudi 22 janvier, il y a quelques jours à peine, lorsque le communiqué de presse du Saint-Siège annonçait que le Pape avait reçu en audience Mgr Oscar Sarlinga, évêque émérite de Zárate-Campana, le premier à bénéficier de la clémence de François, vengeant ainsi une haine personnelle qu’il avait longtemps contenue dans son cœur miséricordieux. [Note : pour l’article de 2015 concernant la destitution de Sarlinga par François, voir ici .] La question est plus qu’évidente : pourquoi le Souverain Pontife a-t-il accordé une audience à un évêque émérite tombé dans l’oubli et alors en marge de tous les cercles épiscopaux ? Ce n’était certainement pas pour boire du maté ensemble.
La présence de Sarlinga, de nouveau liée au cœur du pouvoir ecclésiastique, provoque un véritable remous. Dans les couloirs du Vatican et au siège de la Conférence épiscopale argentine (CEA), on parle de la réouverture de vieux dossiers, de la réapparition de noms au moment même où le nouveau pontificat commence à prendre ses décisions, au moment même où Léon commence à faire parler de lui.
Dans ce contexte, deux informations mineures mais révélatrices ont alimenté l’inquiétude de l’épiscopat. D’une part, le limogeage discret du nonce apostolique argentin sans remplacement (à la demande des autorités de la CEA) ; d’autre part, l’acceptation de la démission anticipée de l’évêque indonésien mentionné précédemment. Aucune explication publique n’a été fournie à ce sujet. Mais à Rome, les explications ne sont jamais la priorité.
Et, au cœur de tout cela, apparaît Sarlinga : l’évêque parti prématurément, qui n’a jamais exprimé son opinion, et qui revient maintenant là où se prennent les décisions. Pour certains, une simple coïncidence. Pour d’autres, le signe que le passé récent de l’Église argentine n’a pas encore été pleinement analysé.
« Au Vatican, personne ne réapparaît par hasard », affirme un observateur chevronné de la Curie. Pendant ce temps, le silence officiel persiste. Mais le message implicite circule avec force : quelque chose se trame, et le nom d’Óscar Sarlinga est de nouveau inscrit – même si c’est de manière superficielle – dans les arcanes du pouvoir.
