Les chiffres du nouvel Index mondial de persécution 2026, publié mercredi 14 janvier par l’ONG protestante Portes Ouvertes, montrent que la situation des chrétiens dans le monde s’est aggravée entre le 1er octobre 2024 et le 30 septembre 2025 (la période couverte par le rapport). L’organisation répertorie chaque année les 50 pays dans lesquels il est le plus dangereux de vivre et de professer sa foi. Le rapport parle de 388 millions de chrétiens dans le monde (notamment 2 sur 5 en Asie) exposés à un niveau élevé de persécution et de discrimination en raison de leur foi. Près d’un chrétien sur sept dans le monde, soit plus de 388 millions, fait face à « un niveau élevé de persécution et de discrimination » à cause de sa foi.
Le rapport, publié ce 14 janvier, indique également que sur la période étudiée, 4 849 chrétiens dans le monde ont été tués en raison de leur pratique religieuse (contre 4 476 pour l’Index 2025). L’ONG ajoute que le chiffre réel est probablement plus élevé. Le rapport explique aussi que le nombre d’agressions sexuelles, de viols et de mariages forcés liés à la foi chrétienne des victimes est passé à 5 202 (contre 3 944 en 2025). Cependant, les attaques contre des églises ou des institutions religieuses ont diminué, passant de 7 679 en 2025 à 3 632 en 2026.
Le rapport parle aussi de 28 368 attaques contre les habitations, les commerces et les entreprises (contre 25 794 l’an dernier). Il recense aussi les violences physiques et psychologiques, telles que les coups et blessures et les menaces de mort (en hausse de 54 780 à 67 843), ainsi que les déplacements forcés et le statut de réfugié (en hausse de 209 000 à environ 224 000 cas). Le rapport inclut également les détentions, les condamnations et les enlèvements, et couvre toutes les confessions chrétiennes sans distinction.
Cette année, la Corée du Nord est une nouvelle fois en tête des pays les plus dangereux pour les chrétiens (pour la 24e année consécutive, à l’exception de 2022). Selon le rapport, entre 50 000 et 70 000 chrétiens seraient détenus dans des camps de travail forcé en Corée du Nord, et de « nombreuses preuves » font état d’« interrogatoires brutaux » infligés à des fugitifs rapatriés de Chine. Tout cela alimente le phénomène de l’« Église clandestine » selon l’Index 2026.
Au total, 2 chrétiens sur 5 sont visés en Asie. Sur les dix pays en tête du classement, on trouve six pays en Afrique (dont la Somalie), deux pays au Moyen Orient (Syrie et Iran), ainsi que le Pakistan (seul autre pays asiatique, et parmi les dix premiers de la liste depuis des années). Parmi les autres pays « où la persécution est extrême », on compte aussi l’Inde, classée 12e, où l’organisation dénonce depuis des années « le recul des libertés fondamentales de la minorité chrétienne ».
Selon le rapport, sur la période étudiée, 16 chrétiens indiens ont été tués et 192 ont été « détenus sans procès, en prison ou en hôpital psychiatrique pour des raisons liées à leur foi ». Une intolérance croissante alimentée par l’idéologie nationaliste hindoue de l’Hindutva, qui « promeut l’idée que tous les Indiens devraient être hindous, présentant les chrétiens comme des traîtres ». L’Index 2026 souligne également qu’en Inde, les femmes converties au christianisme sont « particulièrement vulnérables », victimes de violences et de mariages forcés. La situation est aggravée par les lois anti-conversion en vigueur dans 12 États.
Après l’Inde, parmi les pays asiatiques recensés par l’Index 2026, se trouve la Birmanie (14e), dirigée par la junte militaire et toujours en guerre civile depuis le coup d’État de 2021. La situation y est « constamment négative » selon le rapport, en raison d’une augmentation du nombre de chrétiens tués et détenus (99 et 129 respectivement). Les attaques contre les églises ont toutefois diminué, même dans les États à majorité chrétienne. Ces dernières semaines, l’intensification des combats autour des élections (décembre 2025 et janvier 2026) a accentué les déplacements internes et les convertis sont persécutés par leurs propres familles et communautés.
Vient ensuite la Chine (17e), où le président Xi Jinping souhaite « accélérer la sinisation des religions, considérées comme un contre-pouvoir qu’il faut rendre conforme aux doctrines du Parti communiste ». Seules les Églises appartenant au Mouvement patriotique des trois autonomies (MPTA) ou à l’Association patriotique des catholiques (APC) sont autorisées ; toutes les autres sont considérées comme illégales. Selon le rapport, les chrétiens chinois « sont la cible d’une surveillance constante ». De plus, l’accès aux activités religieuses, dont les cultes, est interdit aux mineurs et restreint pour les étudiants.
Les pays asiatiques suivant sur les 50 pays de la liste sont le Laos (28e), le Bangladesh (33e), le Bhoutan (34e) et le Népal (46e). Au Bangladesh, le rapport se montre optimiste : « La situation est restée relativement calme au cours de la dernière période considérée, après les troubles qui ont conduit au renversement du Premier ministre en août 2024 ». Une tendance qui pourrait cependant être mise à l’épreuve lors des élections prévues le mois prochain, « qui pourraient révéler une influence islamique croissante et conduire à de nouvelles restrictions et persécutions ».
