Après avoir reconnu en 2023 l’existence de graves dérives – notamment envers mère Marie Vianney (Roseline de Romanet) aujourd’hui sortie de l’ordre et reconvertie comme infirmière en soins palliatifs – les Bénédictines du sacré coeur de Montmartre ont fait l’objet d’un rapport d’une commission indépendante, la CIASEP, qui reconnaît des décennies de dérives et d’emprise, notamment du fait de la supérieure entre 1968 et 2004, finalement éloignée de l’ordre et décédée en 2016.
La congrégation religieuse a communiqué et indiqué se saisir « immédiatement » des 58 recommandations… qui seront étudiées au chapitre général d’octobre prochain :
ACCUEIL DU RAPPORT DE LA CIASEP
Blaru, le 14 janvier 2026
Ce 14 janvier 2026, à Béthanie (Blaru), la Congrégation des Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre, réunie au complet, a reçu officiellement le rapport de la Commission indépendante sur les abus spirituels et les emprises psychologiques (CIASEP), étape décisive de vérité et de changement pour tout l’Institut.
La Congrégation salue le travail important, sérieux et indépendant de la commission. Elle tient particulièrement à exprimer sa profonde reconnaissance à chacun des membres, écoutants et spécialistes, qui se sont mis au service de cette mission exigeante.
Une remise solennelle du rapport
Demandée conjointement par la Congrégation et d’anciennes sœurs en 2023, la commission indépendante a reçu une lettre de mission de la prieure générale en 2024. Le travail de la CIASEP a été financé par la Congrégation. Le rapport final est accueilli comme le fruit d’un travail mené dans le souci de toutes, présentes et sorties, dans une détermination commune à prévenir toute réitération de telles dérives.
La Congrégation remercie chaque sœur qui a accepté de parler, parfois au prix d’un chemin douloureux, et toutes les personnes qui ont accepté de rencontrer la commission. Leur parole a permis de mettre en lumière les abus d’autorité et spirituels, l’emprise psychologique, les maltraitances et leurs conséquences. La confiance accordée à la commission et la qualité des verbatims et questionnaires ont constitué la condition même de ce travail.
Assumer les blessures, choisir la vie
Les dérives de gouvernance, manipulations de conscience et manquements graves dans l’exercice de l’autorité et la gestion des personnes et des biens sont reconnus sans être minimisés. Au nom de l’Institut, les responsables actuelles renouvellent la demande de pardon exprimée en mai 2023 à toutes celles qui ont été blessées, aux familles et à celles et ceux qui ont été scandalisés par ce qui s’est vécu au sein de la Congrégation.
Ce rapport a été commandé et reçu dans une optique de vie : non pour refermer le passé, mais pour continuer à transformer en profondeur les pratiques, les structures et les réflexes communautaires, afin que les mécanismes qui ont permis ces dérives ne puissent plus se reproduire. La démarche engage l’ensemble de l’Institut dans un chemin durable de vigilance, de justice et de reconstruction.
La confirmation d’un élan déjà engagé
Tout en mettant au jour des abus graves et des dysfonctionnements systémiques du passé, la commission souligne les changements importants engagés depuis plusieurs années ainsi que la réelle amélioration de la vie des sœurs.
La Congrégation salue avec gratitude le rapport qui, malgré les dérives passées, rend hommage aux sources de fécondité toujours vivantes : vie de prière authentique, formation, vie fraternelle et engagement apostolique au service des sanctuaires. Elle apprécie particulièrement l’invitation adressée à toutes les sœurs – restées ou parties – à en être fières et à reconnaître le bien présent dans leur histoire personnelle. Dans cet élan, l’Institut entend poursuivre et approfondir ses réformes, avec constance et vigilance.
Les 58 préconisations de la commission sont accueillies comme une véritable feuille de route pour la Congrégation qui s’en saisit immédiatement. Ces propositions seront étudiées, discutées et hiérarchisées particulièrement lors du chapitre général d’octobre 2026. L’Institut réaffirme que ces préconisations ont été demandées pour être réellement assumées et travaillées, en lien avec les autorités de l’Église et, le cas échéant, des instances externes d’évaluation. Elles doivent être suivies d’actions et contrôlées. La proposition d’évaluation de la CIASEP dans un délai de 24 mois est acceptée avec gratitude.
Une reconstruction qui se poursuit
Le chemin de reconstruction engagé par la Congrégation se poursuit avec détermination et humilité. Consciente des blessures du passé, elle souhaite continuer d’avancer, toujours en tenant compte des personnes victimes dont la parole a permis un travail essentiel de vérité. Les conclusions de la CIASEP constituent ainsi un repère précieux pour l’Institut : celui d’un passage d’un système de fermeture et d’emprise à une vie religieuse plus humble, fraternelle et ajustée à l’Évangile, au service de l’Église et du monde.
Conscientes de l’ampleur et de la complexité du travail engagé, les sœurs prendront maintenant le temps nécessaire d’étude approfondie et de discernement communautaire de ce rapport. Elles se confient à la prière de tous pour mener à bien ce travail, au service du respect de la vocation de chacune.
Le rapport est consultable sur le site de la Commission indépendante : www.ciasep.fr
Le diocèse de Paris a lui aussi communiqué sur le sujet et reconnu ses torts dans le suivi de la congrégation :
« Ayant pris le temps de recevoir le rapport de la CIASEP, le diocèse de Paris tient en premier lieu à rendre hommage au courage des religieuses et anciennes religieuses de la congrégation. Il tient à souligner le caractère déterminant de leur intervention pour alerter sur les graves manquements dont elles ont été victimes et témoins, d’une part ; pour engager, d’autre part, le travail de relecture de l’histoire douloureuse des dernières décennies et engager les changements entrepris depuis plusieurs années.
Le diocèse de Paris adresse également ses remerciements et sa reconnaissance à tous les membres de la Commission pour leur engagement, pour leur travail patient et déterminé, pour leur écoute de tant de personnes.
Le diocèse de Paris reconnait aujourd’hui que pendant de nombreuses années, il n’a pas exercé, en ses responsables, son propre devoir de vigilance à l’égard de la congrégation et des graves abus qui s’y sont déroulés. De même, il n’a pas veillé avec suffisamment de rigueur au respect, par la gouvernance de la congrégation, du cadre juridique qui régit toute vie religieuse, dont la finalité est de protéger les personnes dans leur singularité et leur liberté, et d’assurer l’épanouissement de chaque vocation.
Depuis plus de dix ans, le diocèse de Paris accompagne les changements importants engagés par la congrégation. Il continuera de la soutenir, et de progresser avec elle dans les années qui viennent sur le chemin qu’il lui reste à parcourir« .
