Le 9 janvier dernier, le pape Léon XIV a reçu les membres du corps diplomatique – 420 personnes représentant les pays qui entretiennent des relations avec le saint Siège – et a détaillé en anglais et en italien dans un long discours sa vision de la géopolitique et des conflits en cours.
Il a notamment déploré que « la paix était recherchée par les armes comme condition pour affirmer sa propre domination« , tendance qui a déjà « conduit l’humanité au drame de la seconde guerre mondiale« . « «Nous vivons une époque de profonds mouvements migratoires; une période de profonde réorganisation des équilibres géopolitiques et des paradigmes culturels, nous ne sommes pas, selon l’expression bien connue du Pape François, dans une époque de changement, mais dans un changement d’époque».
Il a abordé plusieurs conflits en cours :
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- l’Ukraine, où il « réaffirme avec détermination l’urgence d’un cessez-le-feu immédiat et d’un dialogue animé par une recherche sincère de voies susceptibles de conduire à la paix»
- la Palestine et la Terre Sainte, où le Vatican « une attention particulière à toute initiative diplomatique visant à garantir aux Palestiniens de la bande de Gaza un avenir de paix et de justice durables sur leur propre terre, ainsi qu’à l’ensemble du peuple palestinien et à l’ensemble du peuple israélien. La solution à deux États reste la perspective institutionnelle pour répondre aux aspirations légitimes des deux peuples; malheureusement, on constate une recrudescence de la violence en Cisjordanie à l’encontre de la population civile palestinienne, qui a le droit de vivre en paix sur sa propre terre »
- le Venezuela, où il a lancé un « appel au respect de la volonté du peuple vénézuélien et à la sauvegarde des droits humains et civils de tous » et à la « ‘construction d’une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité »
- Haïti où Léon XIV espère « qu’avec le soutien nécessaire et concret de la Communauté internationale, le pays puisse au plus vite franchir les étapes nécessaires pour rétablir l’ordre démocratique, mettre fin à la violence et parvenir à la réconciliation et à la paix »
- les Grands Lacs (est de la RD Congo, Rwanda) : où le Pape appelle à « rechercher une solution définitive, juste et durable, qui mette fin à un conflit qui dure depuis trop longtemps »
- le Soudan, « transformé en vaste champ de bataille« , et où Léon XIV a déploré « l’instabilité politique persistante au Soudan du Sud »
- la guerre civile en Birmanie, où Léon XIV souhaite que « soient courageusement choisies les voies de la paix et du dialogue inclusif, garantissant à tous un accès juste et rapide aux aides humanitaire »
Le Pape a aussi mentionné la persécution des chrétiens en Afrique noire, au Bangladesh ou au Mozambique, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis : « on ne peut toutefois ignorer que la persécution des chrétiens reste l’une des crises des droits humains les plus répandues à l’heure actuelle, touchant plus de 380 millions de croyants partout dans le monde, lesquels subissent des niveaux élevés ou extrêmes de discrimination, de violence et d’oppression en raison de leur foi. Ce phénomène touche environ un chrétien sur sept dans le monde et s’est aggravé en 2025 en raison des conflits en cours, des régimes autoritaires et de l’extrémisme religieux. Toutes ces données montrent malheureusement que, dans de nombreux contextes, la liberté religieuse est davantage considérée comme un “privilège” ou une concession que comme un droit humain fondamental.
Je voudrais ici adresser une pensée particulière aux nombreuses victimes des violences à caractère religieux au Bengladesh, dans la région du Sahel et au Nigeria, ainsi qu’à celles du grave attentat terroriste perpétré en juin dernier contre la paroisse Saint-Élie de Damas, sans oublier les victimes de la violence djihadiste à Cabo Delgado, au Mozambique.
Il ne faut toutefois pas oublier une forme subtile de discrimination religieuse à l’égard des chrétiens qui se répand également dans des pays où ils sont majoritaires, comme en Europe ou en Amérique, où ils voient parfois leur possibilité d’annoncer les vérités évangéliques limitée pour des raisons politiques ou idéologiques, en particulier lorsqu’ils défendent la dignité des plus faibles, des enfants à naître, des réfugiés et des migrants, ou lorsqu’ils promeuvent la famille« .
Le souverain Pontife a conclu son discours en affirmant que « malgré le tableau dramatique que nous avons sous les yeux, la paix reste un bien difficile mais possible. Comme le rappelle Augustin, elle « est la fin de notre bien », car elle est la fin même de la cité de Dieu, à laquelle nous aspirons, même inconsciemment, et dont nous pouvons goûter l’anticipation dans la cité terrestre. Au cours de notre pèlerinage sur cette terre, elle exige humilité et courage. L’humilité de la vérité et le courage du pardon. Dans la vie chrétienne, ceux-ci sont représentés par Noël, où la Vérité, le Verbe éternel de Dieu, se fait humble chair, et par Pâques où le Juste condamné pardonne à ses persécuteurs, leur donnant Sa vie de Ressuscité ».
Parmi les « signes d’une espérance courageuse » de la paix, il a cité pêle-mêle les accords de Dayton en Bosnie-Herzégovine [auxquels le pouvoir central en Bosnie fait des accrocs de plus en plus forts, dirigés principalement contre la minorité serbe, dont les dirigeants sont poussés à la démission, ce qui accroit des tensions guère apaisées 30 ans après leur signature en 1995], ceux entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan [par l’entremise des Etats-Unis] qui selon Léon XIV « permettra d’ouvrir la voie à une paix juste et durable dans le Caucase du Sud, en résolvant les problèmes encore en suspens de manière satisfaisante pour les deux parties » et l’amélioration des relations entre le Saint-Siège et le Vietnam.
Il a achevé en prenant l’exemple de « saint François d’Assise, un homme de paix et de dialogue, universellement reconnu même par ceux qui n’appartiennent pas à l’Église catholique. Sa vie est lumineuse parce qu’elle a été animée par le courage de la vérité et la conscience qu’un monde pacifique se construit à partir d’un cœur humble, tourné vers la cité céleste. Je souhaite à chacun d’entre nous un cœur humble et bâtisseur de paix, ainsi qu’à tous les habitants de nos pays en ce début d’année« .
