Un lecteur belge nous a envoyé il y a quelques jours le récit suivant, que nous reproduisons:
La semaine dernière, profitant de quelques jours de congé, je vais à la pâtisserie de bon matin, pour acheter un cougnou. Et là, quelle n’est pas ma surprise… Ah, mais il faut d’abord que je vous explique ce qu’est un cougnou. C’est une spécialité du sud des anciens Pays-Bas (Belgique et Hainaut et Flandre français, qui partagent historiquement la même culture), une sorte de pain brioché typique de la période de Noël. Le cougnou est presque invariablement surmonté d’un petit Jésus en sucre rose. Qu’on apprécie ou non cette petite touche littéralement “rose bonbon”, il faut en tout cas y voir une de ces expressions de la foi et de l’imagination populaires dont foisonnent nos coutumes régionales. Inutile d’ajouter que ce petit Jésus en sucre rose représente, pour les enfants, tout l’attrait du cougnou.
Eh bien, vous l’aurez deviné, les cougnous de ma pâtissière n’étaient surmontés d’aucun Jésus en sucre. Comme, pour satisfaire la gourmandise des enfants, on peut parfois en acheter des exemplaires supplémentaires, j’ai demandé s’il était possible d’en avoir. “Bien sûr, m’a répondu la commerçante. Simplement, je ne les mets pas sur le cougnou parce qu’il y a des gens qui n’aiment pas ça”. Et de m’expliquer que, soit par convictions musulmanes soit par laïcisme aigu, certains clients s’étaient plaints. Comme pour confirmer ces dires, le jour même, je vois un reportage télévisé sur le même sujet “problématique”.
Inutile d’ergoter très longtemps sur la “tolérance” et autres billevesées. Après la bière sans alcool, certains veulent un Noël sans Jésus. Comme Noël n’est autre chose que l’anniversaire de Jésus, il ne reste à ces gens qu’à ne pas fêter Noël. Personne ne les y oblige. Mais qu’ils aient la décence de ne pas retirer à cette fête sa signification même.
Permettez-moi d’ajouter ceci: la forme même du cougnou est celle d’un enfant emmailloté. Le bébé en sucre est un dédoublement de la brioche en forme de bébé. C’est à tel point que, dans certaines régions, le cougnou est appelé “pain de Jésus”. Alors, un peu de bon sens: si certains ne veulent pas de Jésus, libre à eux de ne pas acheter de pain de Jésus… et de laisser en paix ceux qui n’ont pas encore perdu le sens de Noël.
Cet épisode vient s’ajouter à la longue liste des faits de déchristianisation de Noël. Or, sur le terrain de la déchristianisation, la Belgique est bien avancée. Ce n’est pas en courbant l’échine et en acceptant de retirer l’enfant Jésus du cougnou que nous nous ferons respecter des musulmans et des athées. En ce temps de Noël, le prologue de saint Jean exaltant l’incarnation est plus valable que jamais: “In mundo erat et mundus per ipsum factus et mundus eum non cognovit”.