Mgr François Garnier aura 75 ans en avril 2018. Il y a quelques jours, il révélait avoir demandé au pape un coadjuteur pour préparer sa succession. Nous apprenons qu’il est hospitalisé depuis la veille de Noël pour des examens. Si tous les résultats ne sont pas encore connus, un premier diagnostic lui a été communiqué. Voila le message qu’il adresse depuis sa chambre d’hôpital :
« Beaucoup d’entre vous me le disaient depuis des mois : « Père vous êtes fatigué, prenez soin de vous! » Ils avaient raison! Le moteur (le cœur) est bon mais le carburant (le sang) est faible… Le sang est plus que fragile. Il faut affronter comme beaucoup d’autres ce qu’on appelle une leucémie. Le traitement est commencé. Il me donne le temps de prier pour vous, avec vous et pour ceux qui sont infiniment plus touchés que moi! »
Les médecins demandent de respecter son repos en évitant pour le moment le téléphone et les visites.
Voici le message que Mgr Garnier adressait à ses diocésains avant Noël :
Chers diocésains de Cambrai,
J’ai une idée de cadeau pour Noël ! j’ai hâte de lire le dernier livre de Jean-Claude Guillebaud : « La foi qui reste ». J’aime sa liberté de penser et sa joie de réaffirmer sa foi dans le Christ. Je cite : « Le crime de pédophilie m’horrifie, les scandales financiers (dans l’Eglise) me choquent, et la tentative du clergé de se replier dans sa citadelle m’inquiète… La raréfaction des prêtres, me donne le vertige ! ». Et puis, « la montée d’un ton ricaneur vis-à-vis de la religion, les croyants souvent traités d’imbéciles, de demeurés et d’obscurantistes, ça me met en rogne ! ». Au-delà de tout cela, l’auteur réaffirme sa foi dans le Christ de l’Évangile et son admiration pour le pape François ; il cite alors Albert Camus : « Ne vous excusez pas d’être Chrétiens ». Magnifique !
Se libérer du complexe qui transforme nombre de vieux baptisés en chiens battus, cultiver l’humble fierté d’être du Christ et d’essayer au jour le jour de vivre d’Évangile, se découvrir encore aimé et pardonné à l’heure des faiblesses, c’est ce que j’essaie de servir depuis près de 50 ans comme prêtre, depuis près de 30 ans comme évêque, depuis plus longtemps comme simple baptisé parmi les autres !Être Chrétien c’est servir pour de vrai au mieux nos sociétés : de cela je suis sûr !
Vous ne serez pas étonnés si je parle de la joie que j’ai eue à repartir dans le cours de l’été du côté d’Israël et de la Palestine. En juillet, avec une majorité d’étudiants et de jeunes professionnels, en septembre avec des diocésains de Cambrai. Bonheur de parcourir le désert, la Galilée et la Judée ; bonheur d’accompagner des groupes avec seulement la Bible à la main : elle parle si bien dans la Terre où elle est née. Épreuve aussi de ne pas voir Israël choisir de reconnaitre son petit voisin et de le développer pour qu’enfin, les deux frères ennemis, condamnés à vivre ensemble sur la même Terre, construisent des ponts et plus jamais des murs.
Cent ans après ? Nous venons de faire mémoire de la trop fameuse bataille de Cambrai en 1917 : 100 000 morts en une douzaine de jours, 50 000 allemands et 50 000 alliés dont près de 20 000 anglais. Première grande bataille de chars amenés discrètement par les anglais en novembre1917. Neuf morts par mètre linéaire de la ligne de front…La commémoration a été l’occasion pour nous tous de prier pour que chacun devienne chaque jour un artisan inlassable de Paix là où il vit, dans sa famille, parmi ses amis, au travail, dans ses loisirs, face aux épreuves ; c’est tellement plus facile de faire la guerre que de faire la Paix….Que cette fête de Noël soit pour chacun chacune une vraie provocation à laisser l’enfant de la crèche déraciner de notre cœur ce qui ne peut que le pourrir et qui s’appelle haine, vengeance, mépris… Comment renoncer définitivement à l’adage vraiment païen, « œil pour œil, dent pour dent, coup pour coup » ?
Vous ne serez pas surpris si je vous dis que je suis très heureux dans le Nord ! le pays des Ch’tis est réellement attachant. Pourtant, j’entrerai dans quelques mois dans ma soixante quinzième année ; je dois penser à l’avenir ! À cause de cela, j’ai demandé au Saint Père, par l’intermédiaire du Nonce Apostolique, de me donner un évêque coadjuteur ; le Saint Père l’a accepté ; mais bien évidemment, je ne sais rien, ni du moment où Cambrai recevra son évêque coadjuteur ni de qui il s’agit. Je voudrais rester dans la « sainte indifférence » dont parlent les Jésuites, prêt à tout à l’heure qui conviendra à l’Église, mais je serai heureux d’accueillir mon successeur et de tout faire pour qu’il s’attache vite au diocèse et en prenne la responsabilité. Je lui souhaite à l’avance d’y être aussi heureux que moi !
En attendant, je vous souhaite un très joyeux Noël !