L’auteur est un lecteur de Riposte catholique. Il analyse, à sa manière, les derniers propos du pape François sur la validité des mariages célébrés dans l’Église. Pour l’auteur, le pape s’appuie sur la séparabilité du contrat et du sacrement et va donc « à rebours de la tradition bellarminienne qui n’est qu’une opinion majoritaire, mais qu’on a présenté à tort comme la tradition occidentale, qui n’est pas traditionnelle ni œcuménique, et qui montre aujourd’hui ses limites. » Nous précisons que ce commentaire se veut rapide. Il ne constitue pas un propos définitif sur les analyses du pape François concernant la validité du mariage ou la prise en compte de la foi. En effet, il faut aussi tenir compte aussi des discours du souverain pontife tenus à la Rote en 2015 et en 2016. Enfin, nous précisons que cette opinion n’engage pas Riposte catholique. Elle apporte simplement une pierre dans un débat qui n’empêche pas les divergences, les nuances et les critiques.
Ça fait des années que de nombreux prêtres en France se plaignent d’avoir l’impression de faire la plupart du temps des mariages nuls. Donc ce n’est pas une surprise si le pape le dit : cela correspond à une réalité. Mais on ne peut en conclure que l’Église aurait trompé les gens durant des siècles. Cette situation n’est que récente, et découle de la sécularisation et de la sortie de la chrétienté, et l’on peut aussi penser qu’elle est transitoire.
En effet, les couples sont baptisés mais grandissent toute leur vie en dehors de la foi, ils s’adressent encore à l’Église pour un sacrement qui ne signifie rien pour eux, ou bien qui n’a pas la signification que l’Église lui donne. Au mieux, ils ont un vague sentiment de transcendance, ils veulent faire un mariage « religieux », mais pas chrétien.
Il faut ajouter à cela qu’une opinion (souvent présentée à tort comme la tradition de l’Église latine) fait l’équation entre l’échange des consentements et le sacrement. Alors que dans ces cas précis, il est clair que l’on peut avoir des couples qui veulent faire un mariage naturel, s’engager l’un vis-à-vis de l’autre pour la vie (autrement, c’est nul), mais n’ont aucunement l’intention de faire un mariage chrétien, qui soit le signe de l’amour du Christ pour l’Église.
L’argument du pape consiste à dire que ces mariages sont nuls parce qu’ils ne sont pas chrétiens : c’est donc qu’il fait la distinction, présentant la foi comme un critère de validité alors que l’on en faisait seulement un critère de fructuosité de grâce. Et de fait, il a présenté cette vue à la Rote en janvier 2015.
Tandis qu’à la fin de son discours, il estime que beaucoup de mariage sont valides parce qu’il y a un engagement fidèle : là, ce n’est pas au sens sacramentel, mais au sens du mariage naturel. Au mieux, il y aurait la grâce du sacrement, au sens d’un sacrement de désir, comme des catéchumènes peuvent être justifiés par la grâce du baptême, sans avoir reçu le baptême. lls en ont la grâce, mais pas le caractère sacramentel qui permet de recevoir les autres sacrement. De même les cohabitants qui ont une intention réelle de s’engager l’un envers l’autre pour la vie, dans la fidélité, pourraient faire un vrai mariage naturel, et même recevoir la grâce du sacrement, mais sans le lien sacramentel qui est un support permanent et stable pour recevoir la grâce. Donc ce ne serait pas exactement la grâce du sacrement, mais une grâce ponctuelle.
Là encore, le pape montre la séparabilité entre le contrat (mariage naturel) et le sacrement, à rebours de la tradition bellarminienne qui n’est qu’une opinion majoritaire, mais qu’on a présenté à tort comme la tradition occidentale, qui n’est pas traditionnelle ni œcuménique, et qui montre aujourd’hui ses limites.
Plutôt d’accord avec cette analyse. Le mariage naturel pour s’aimer toute la vie est accessible à tous: chrétien ou non. Dans l’amour du Christ, par contre, c’est une toute autre affaire. Et c’est là où le rappel du mariage sacramentel est nécessaire. Ceci concerne spécialement ceux qui veulent faire un mariage « religieux » uniquement parce que c’est une certaine mode, ce que n’est pas du tout la Parole du Christ. Après, nous savons tous aussi que certains couples sont en difficultés et qu’il convient à ceux qui savent comment gérer ce genre de situation les aider. On ne peut pas non plus mettre tout le monde dans le même sac. D’autant que là aussi, les difficultés concernent les catholiques en premier lieu. Nous sommes loin d’être parfait.
Je suis sceptique à propos de cet argument du manque de foi des mariés, qui permettrait d’invalider le mariage, quand par ailleurs l’Église reconnaît comme valides les engagements nuptiaux d’autres cultures ou religions et interdit le divorce pour les convertis (mis à part le cas du privilège paulien). N’y a-t-il pas là une contradiction évidente ?
Le non-séparabilisme consentement/ sacrement n’est pas une simple « opinion »qu’il serait loisible de récuser, mais un enseignement du magistère . C’est Léon XIII, notamment, dans l’encyclique » Arcanum » qui avait définitivement établi le fait qu’on ne peut pas séparer, pour des fidèles catholiques, le mariage naturel du sacrement.( Dz 3145): » dans le mariage chrétien, le contrat n’est pas dissociable du sacrement (…) dés lors, il ne peut exister de contrat vrai et légitime qui ne soit par le fait même un sacrement ».Cela dit, si l’un des époux a, au moment de l’échange des consentements, rejeté la dimension sacramentelle du mariage, par un acte positif de la volonté, alors le consentement peut être déclaré nul. Or, si consentement et sacrement pouvaient être séparés, l’exclusion partielle de la sacramentalité du mariage n’entraînerait plus l’invalidité d’un consentement qui serait par ailleurs réputé intègre, mais du seul point de vue naturel.
S’il suffit d’être baptisé pour faire un mariage sacramentel par le simple échange des consentements, alors celui-ci est réalisé par le mariage civil à la mairie. Or ce n’est pas le cas. C’est donc que cela ne suffit pas.
J’espère que le Pape a fait toutes ces distinctions et précisions…. d’autre part c’est clair que les médias en raffolent de ce genre de titre, mais lorsqu’on dit ‘nul’ il est absolument obligatoire de préciser, sinon on jète l’incompréhension et froid parmi les fidèles au lieu de raffermir leur foi…
Il n’y a pas de « tradition bellarmienne ». Il y a la vérité divine concernant le mariage: dès lors qu’il est valide il est sacramentel.
« En effet, le mariage a Dieu pour auteur. Il a été dès le principe comme une figure de l’incarnation du Verbe de Dieu. Il y a par cela même en lui quelque chose de sacré et de religieux, qui n’est pas surajouté, mais inné, qu’il ne doit pas aux hommes, mais qu’il tient de la nature. C’est pourquoi Innocent III et Honorius III, Nos prédécesseurs ont pu, avec raison et sans témérité, affirmer que le sacrement de mariage existe chez les fidèles et chez les infidèles. »
C’est clair. C’est de Léon XIII Arcanum divinæ : https://w2.vatican.va/content/leo-xiii/fr/encyclicals/documents/hf_l-xiii_enc_10021880_arcanum.html
Il n’y a pas de « mariage naturel » opposé à une autre sorte de mariage. Tout mariage valide est surnaturel. C’est de foi.
Lisez Benoît XIV, qui à la moitié du XVIIIe siècle, dit encore que l’opinion de Bellarmin n’est qu’une opinion, et que les pasteurs doivent se garder de prendre position, alors que personnellement il penche pour cette opinion. Léon XIII visait surtout à interdire le mariage civil, en s’opposant à la doctrine des régalistes qui revendiquaient pour le Roi de France tout le contentieux des mariages, ne laissant à l’Église que les questions secondaires des cérémonies liturgiques, purement décoratives selon eux. Même au XIXe siècle, Léon XIII donnait encore son approbation personnelle à un ouvrage qui défendait la position de Melchior Cano. C’est donc qu’il considérait qu’on pouvait encore la soutenir. L’histoire n’est pas si simple.
Le mariage a été institué par Dieu dès le commencement. Le Christ n’a fait que le rappeler « Ce que Dieu a uni , que l’homme ne le sépare pas ». Le mariage « naturel » n’est pas un « contrat » et tout homme sur terre, croyant ou pas se doit de suivre la loi naturelle inscrite dans sa conscience. Que par ignorance invincible, des hommes ne suivent pas la loi naturelle, n’est pas une excuse pour les autres. La preuve que le mariage « naturel » n’est pas un contrat que l’on pourrait rompre pour une raison ou une autre, c’est que l’Eglise considère comme valide le mariage « naturel » de conjoints non-baptisés qui demandent le baptême ensemble.
Les règles imposées par l’Eglise pour les baptisés ne contredisent pas le fait que les ministres du sacrement sont les époux eux-mêmes et que le prêtre n’est que le témoin privilégié. L’Eglise veille à ce que les époux soient formés à la signification surnaturelle et conscients qu’ils se donnent un sacrement institué par Dieu lui-même et qu’il est indissoluble.
Que des époux baptisés invoquent leur ignorance des exigences du sacrement pour demander l’invalidation n’est pas recevable. Il faut un défaut de liberté ou une opposition délibérée de l’un des deux (ou des deux) à respecter les obligations du mariage pour que la validité puisse être mise en cause. Autrement on tombe dans la négation protestante du sacrement de mariage. Pour les protestants, c’est un contrat révocable et non un sacrement, en contradiction avec l’Ecriture
Toto: le mariage sacramentel est un contrat, mais d’un genre particulier. En effet, il est un contrat puisqu’il est établi par la liberté des époux qui se donnent et se reçoivent mutuellement par l’échange des consentements. En revanche, les termes de ce contrat ne sont pas définis par les époux, mais par le Créateur. De ce point de vue-là, la mariage est une institution divine, dont les lois sont déterminées par Dieu, dont celle de l’indissolubilité, qui empêche de rompre le contrat. Donc, on peut dire que le mariage, tel qu’il est défini par l’Eglise catholique, est à la fois un contrat et une institution, ou, pour reprendre les termes du nouveau code de droit canonique, une Alliance.
Que les époux soient « cause efficiente » de leur mariage, comme le dit le Concile de Florence, est une chose. Que le prêtre n’en soit pas ministre est une autre chose. La seconde affirmation n’est pas traditionnelle, n’est pas conforme à l’histoire des rites orientaux comme occidentaux, ni à ce qu’enseignent les Églises orientales même catholiques, alors que nous sommes censés être en communion sur la doctrine des sacrements. Lorsque l’on dit que les époux sont ministres, ce qui est une affirmation très récente, on le dit d’ailleurs dans un sens différent du mot ministre, qui devient équivoque, car on ne prétend pas du tout le prendre dans le sens du ministre ordonné. Ce n’est qu’une tradition théologique latine, qui s’appuie de manière unilatérale sur le droit romain, en négligeant l’enseignement de la liturgie. Dans le nouveau rituel du mariage, l’insertion de l’épiclèse avec imposition des mains fait de la bénédiction nuptiale une véritable prière consécratoire, qui interdit de considérer le prêtre comme un pur témoin. Son rôle est extrêmement actif au contraire, il est exactement le même que dans les autres sacrements. On ne se donne jamais à soi-même la grâce, on ne s’envoie pas en mission : c’est bien la fonction du ministre ordonné que de signifier le don de la grâce comme venant d’ailleurs, la réception par Dieu du lien échangé entre les époux (avec le geste très expressif de l’étole liant les mains des époux), l’envoi en mission par l’Esprit saint et en Église, pour un ministère conjugal et parental d’une Église domestique. Jamais aucun sacrement n’est une auto-célébration dans un entre-soi. On voit mal au nom de quoi le mariage ferait exception. On n’a pu le dire que parce que précisément on a gommé toute référence théologique et proprement sacramentelle, et partant spirituelle, d’un mariage réduit à sa dimension naturelle.
Cette analyse, pour brillante qu’elle puisse paraître, n’est pas convaincante.
On ne peut pas faire des distinctions byzantines sur le contenu de concepts comme le mariage chrétien, et pas davantage jouer sur les mots.
« Que votre oui soit oui, votre non soit non, tout le reste vient du démon ».
Quant Notre-Seigneur parle du mariage et de l’adultère (St Matthieu, St Marc), il parle du mariage et de l’adultère tels qu’ils sont en Palestine au 1er siècle, avec leurs faiblesses et leurs arrangements.
et c’est ce mariage-là, avec ses faiblesses et ses arrangements qu’il déclare indissoluble malgré ses faiblesses et ses arrangements.
Évitons la casuistique, elle traduit l’hypocrisie.
BONJOUR,
Excellente analyse; sur le mariage et bien d’autres sujets notre Pape surprend et interpelle les ‘ »TRADITIONNALISTES » . Il n’est pas non plus en rupture avec les encycliques de ses prédécesseurs; le Pape a su prendre du recul pour traiter avec tolérance , plutôt avec charité, le cas des divorcés-remariés désirant communier; en jésuite qu’il est, il se refuse à prendre une position tranchée; il a opté pour le « cas par cas »; ce Pape, qui n’est pas « européen, ne l’oublions pas, défend « bec et ongles » le respect du sacrement du mariage, même après un divorce; j’invite ceux qui doutent des propos de FRANCOIS, à lire ce livre intitulé: « le mariage religieux à l’épreuve du divorce » ( auteur: Père BANDELIER); je conclus en disant que je suis passé par cette épreuve de la séparation conjugale, en ayant évité in-extremis un divorce; le sacrement du mariage est aussi important que le sacerdoce pour nos prêtres
En union de prières.
Hervé
Je ne suis pas convaincue, je dois le dire, par cette analyse qui témoigne pourtant de vastes connaissances et de beaucoup de largeur d’idées. Il est tout à fait exact, par exemple, que notre pape se trouve aujourd’hui en présence d’une situation qui n’existait pas il y a encore quelques décennies, ou qui du moins n’avait pas l’importance qu’elle a aujourd’hui : des couples de baptisés, soient qu’ils aient conservé l’idée que le mariage religieux est plus « sérieux » que le mariage civil, soit qu’ils obéissent simplement à une habitude qui perdure dans leur milieu familial, soit même qu’ils souhaitent uniquement que leur mariage soit entouré d’un cérémonial qu’ils ne trouveront pas à la mairie, viennent demander à se marier à l’église. La préparation qui leur sera imposée (et qui est, en revanche, superflue pour d’autres couples parfois mieux instruits que ceux qui sont chargés de les préparer !) ne permet que rarement de pallier l’ignorance abyssale où ils sont du contenu de la foi catholique et de la véritable nature du sacrement de mariage. Incontestablement, il manque à leur mariage la dimension chrétienne.
Ces mariages sont-ils, pour autant, nuls, comme semble le penser le pape François ? Il me paraît difficile de l’admettre, puisque, depuis toujours, l’Église a reconnu comme valides les mariages conclus avant leur conversion par de non baptisés : ce n’est que dans le cas où un seul des époux se convertit et ne veut pas accepter les conditions d’un mariage catholique que le mariage peut être considéré comme invalide et que l’époux converti au Catholicisme est libre de se marier.
En effet, contrairement à ce qu’affirme l’auteur de l’article et certains auteurs de commentaires, ce sont les époux qui se donnent l’un à l’autre le sacrement de mariage en échangeant leur consentement [*]. Le prêtre qui préside la cérémonie n’en est que le témoin privilégié et c’est d’ailleurs pourquoi les diacres peuvent présider un mariage.
Il arrive que le consentement des époux ne corresponde pas à ce qu’il doit être pour que le mariage soit valide : soit que l’un des époux ait trompé l’autre, en lui dissimulant son identité, ou l’existence d’un mariage valide antérieur, ou encore que l’un d’eux (ou les deux) n’ait aucunement l’intention de se donner définitivement à l’autre et n’envisage leur union que comme temporaire, susceptible d’être rompue en cas de difficultés.
Mais si cette invalidité du consentement n’existe pas au moment de l’échange des consentements, l’Église n’a pas le pouvoir de dissoudre quelque mariage que ce soit.
D’autre part, si dans des circonstances très exceptionnelles [**], des Catholiques peuvent être amenés à échanger leurs consentements sans célébration liturgique de leur mariage, il ne peut en être de même dans les situations ordinaires et le simple échange des consentements en privé ne peut alors créer un mariage valide.
Aussi j’ai été extrêmement surprise des paroles prêtées au pape François par « Actualités de la Tradition dans l’Eglise [email protected] qui rapporte que, s’adressant au Congrès ecclésial de Rome le 16 juin 2016, le pape aurait déclaré qu’il valait mieux le concubinage qu’un mariage trop rapide : « Il vaut mieux ne pas se marier si on ne sait pas ce qu’est le sacrement de mariage ». Et « J’ai vu tellement de fidélité dans ces concubinages, tant de fidélité; et je suis sûr que ce sont des mariages vrais, qu’ils ont la grâce du sacrement, parce qu’ils sont fidèles. »
La première phrase reprend ce qui a toujours été la sage réflexion des prêtres devant deux jeunes gens qui, en général à cause d’une grossesse annoncée, demandent à se marier alors que, de toute évidence, ils manquent de la maturité nécessaire pour prendre cet engagement et qu’ils y sont souvent poussés par la famille de la jeune fille : « Ce n’est pas parce que deux enfants ont fait une bêtise qu’il faut se précipiter pour leur en faire faire une autre. Ils ont, en concevant cet enfant, pris une responsabilité qu’il leur faut assumer et qui, sans doute, les privera de la plupart des plaisirs de leur jeunesse, mais il n’est pas nécessaire qu’ils contractent un engagement qui a toutes chances de leur peser rapidement ; ils ont des devoirs envers l’enfant, ils en ont l’un envers l’autre, mais ils ne sont nullement obligés de se marier. Bien entendu, ils ne devront pas vivre en concubinage. Il sera toujours temps pour eux de se marier si, plus tard, ils se rendent compte qu’ils sont réellement prêts. »
Mais la seconde phrase (qui correspond apparemment à l’idée que l’auteur de l’article se fait du sacrement de mariage) pose réellement un problème. Parce que la « grâce du sacrement » ne se présume pas, d’autant que les concubins dont parle le pape, si fidèles qu’ils soient et quelles que soient leurs autres vertus, n’en sont pas moins coupables d’un péché mortel en ayant publiquement un mode de vie contraire aux commandements du Christ. Et un tel péché en tant que tel ne permet pas de bénéficier de la « grâce du sacrement » que celui-ci soit célébré ou non.
J’espère que les paroles attribuées au pape ont été gravement déformées, mais j’avoue mon inquiétude car, depuis le 16 juin, aucune déclaration en ce sens n’est venue du Vatican.
[*] « Le consentement fait le mariage. » « Pour rendre valide le mariage, le consentement doit avoir comme objet le véritable mariage ; et il doit être un acte humain, conscient et libre, hors de toute violence et de toute contrainte. » Catéchisme de l’Église catholique abrégé, Paris, 2005, p. 139, §344.
[**] On a vu de tels cas, rarissimes, dans des goulags, ou encore dans des pays où les prêtres catholiques sont interdits de séjour, ou peut-être, après naufrage sur une île déserte…
Si l’on prend les diverses rédactions du Catéchisme, cela montre que la question des époux comme ministres n’est pas si claire. La première édition en français ne disait pas que c’est la tradition latine, mais seulement que c’est l’opinion habituelle. Et c’est ce que tient encore aujourd’hui l’édition anglaise. Puis cela a été corrigé en latin, conformément à une théologie romaine qui inspirait déjà le code de 1917, et qui tente de faire passer cette opinion majoritaire pour la tradition latine, alors que le pape Benoît XIV au milieu du XVIIIe siècle disait encore le contraire. Si donc c’est une tradition, elle n’est que fort récente. En fait, il ne s’agit que d’une tradition théologique, et elle n’est pas confirmée par le rituel qui donne au contraire au prêtre un rôle actif, loin de se limiter à celui d’un simple témoin. Que les époux échangent leur consentement est une chose, mais le prêtre est le ministre de la réception de ce consentement par Dieu et l’Église.
1ere édition française :
1623 Dans l’Eglise latine, on considère habituellement que ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du Mariage en exprimant devant l’Eglise leur consentement. Dans les liturgies orientales, le ministre du sacrement (appelé « Couronnement ») est le prêtre ou l’évêque qui, après avoir reçu le consentement réciproque des époux, couronne successivement l’époux et l’épouse en signe de l’alliance matrimoniale.
Édition anglaise :
1623 In the Latin Church, it is ordinarily understood that the spouses, as ministers of Christ’s grace, mutually confer upon each other the sacrament of Matrimony by expressing their consent before the Church. In the Eastern liturgies the minister of this sacrament (which is called « Crowning ») is the priest or bishop who, after receiving the mutual consent of the spouses, successively crowns the bridegroom and the bride as a sign of the marriage covenant.
Édition latine :
1623 Secundum traditionem latinam, sponsi, tamquam ministri gratiae Christi, sibi mutuo Matrimonii conferunt sacramentum, suum consensum coram Ecclesia significantes. In traditionibus Ecclesiarum Orientalium, sacerdotes — Episcopi vel presbyteri — testes sunt consensus mutuo ab sponsis praestiti, 275 sed etiam eorum benedictio ad validitatem sacramenti est necessaria. 276
(275) Cf CCEO canon 817.
(276) Cf CCEO canon 828.
2eme édition française :
1623 Selon la tradition latine, ce sont les époux qui, comme ministres de la grâce du Christ, se confèrent mutuellement le sacrement du Mariage en exprimant devant l’Église leur consentement. Dans la tradition des Eglises orientales, les prêtres ou évêques qui officient sont les témoins du consentement mutuel échangé par les époux (cf. CCEO, can. 817), mais leur bénédiction est nécessaire aussi à la validité du sacrement (cf. CCEO, can. 828).
Voir aussi l’article de Thibaud Collin dans Aletheia du 30 juin :
Le Pape a-t-il fait l’éloge du concubinage ?
http://fr.aleteia.org/2016/06/30/le-pape-a-t-il-fait-leloge-du-concubinage/?ru=ec99793e0d50a0247695dc583a4439e4