Lucien Zéléa a publié un article dans le journal de L’Action française sur la nouvelle cathédrale de Créteil :
« Entièrement reconstruite, la cathédrale de Créteil Evient d’être inaugurée en présence du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et de Mgrs Vingt-Trois et Santier. Avec son clocher de plus de quarante mètres, l’édifice surprend surtout par sa coupole en bois, formée de deux coques qui se rencontrent comme des mains jointes tournées vers le ciel, lesquelles sont supposées manifester la présence de Marie. Quant aux vitraux, vierges de toute illustration, ils transforment la lumière de manière à symboliser la Trinité. L’architecte Laurent-Marc Fischer résume l’état d’esprit du bâtiment : être « présent sans dominer ». Dans cette ville multiconfessionnelle, la mode est au refus de toute affirmation de soi, qui pourrait résonner comme une odieuse provocation ; en ce règne du “Cool”, la tolérance est pensée comme effacement volontaire. Une petite mort.
L’ extrême dépouillement de l’ ensemble frappe le profane, insensible à cette nudité aux accents kierkegaardiens et ce style “art déco” d’ une tristesse cristal- line qui rappelle la Scandinavie, l’ épicéa renforçant l’ impression de pénétrer les vestiges d’un drakkar. De ce parfum de Baltique, l’ édifice se réclame d’ une symbolique abstraite. Son iconoclasme, surtout, s’inspire à l’évidence de la fausse pudeur caractéristique du ton protestant, agrémenté de sa moraline habituelle : un œcuménisme philanthropique, un “vivre- ensemble” totalitaire, souligné par une gaieté agressive et ostentatoire digne de l’homo festivus cher à Philippe Muray. L’ absence criante de tabernacle et d’ un autel proprement dit renforcent cette esthétique de plateau télé ou de salle de spectacle, et l’on ne s’étonnera pas d’apprendre que la cathédrale, conçue comme un pont entre les religions, abrite en son sein un espace culturel.
L’Église déracinée
Saisi par les traits cauchemardesques de la statue de Marie, on devine combien l’Église catholique, si elle a vocation à l’ universel en vivifiant le paysage de n’ importe quelle contrée, gagnerait à s’affranchir d’une sensibilité esthétique, voire spirituelle, d’autant plus insidieuse qu’elle est plus efficace dans ses décons- tructions. Il est assez déconcertant de la voir ici se déraciner de son empreinte romaine, laquelle a pour trait le baroque, trait d’ union entre l’ exubérance et la crainte de Dieu – loin des « cris et chu- chotements » bergmaniens – surtout quand elle se déploie naturellement dans sa spatialisation, prise entre le local et l’universel. À la différence de nos cha- pelles modernes, très modernes, “fon- dues dans le paysage”, il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas un ou plusieurs architectes qui signaient une “œuvre”, mais il était question de bâtisseurs comme l’écrivait Péguy, qui, bien souvent, ne signaient pas. L’exubérance dans l’architecture, jusqu’au gothique, ne ren- fermait pas cette fausse neutralité, celle de nos architectes “post-modernes” qui, en se réfugiant dans un minimalisme inoffensif, semblent se situer au-dessus des cieux. Contrairement à ce que croit l’époque et sa “pop théologie”, le spirituel n’ est pas l’ évanescent ou le classieux : même classique, il est éminemment en éclat, il déborde toujours, d’Aix- la-Chapelle à la basilique Saint-Pierre, en passant par Notre-Dame-de-la-Garde.
Théologie Futuroscope
Proche d’un vaisseau spatial New Age, il ne fait aucun doute que Notre-Dame de Créteil ravira les prêtres pasteurisés amateurs d’ une théologie Futuroscope et les paroissiens secoués de magie inté- rieure qui prennent, pour paraphraser Stendhal, l’ étiolement de leur âme pour de l’évangélisme et de la générosité. À défaut d’ être apostoliques et, selon le mot du ministre de l’Intérieur, les « signes visibles de l’ invisible », ces démonstra- tions de l’ architecture contemporaine ressemblent bien plutôt à des signes invi- sibles du Visible.
Autant de bêtises en si peu de mots, autant d’imbécillités pour si peu de travail… Il est bien singulier de promouvoir une époque du développement du catholicisme – le baroque – et d’ignorer les autres. Parler du gothique comme un âge de l’exaltation ! Pathétique… Oublier l’art cistercien est alors symptomatique : je ne suis pas traditionnel, je fais juste mon marché dans la tradition et j’ignore et le développement de celle-ci et le sens de ce développement.
Bien triste
Faites un petit tour dans le sud ouest, presque chaque village a sa richesse dune humble église du Moyen Age. Admirez les bastides … Toutes sont des merveilles invitant au recueillement et on y sent presque palpable « La Présence ». La lumière y est chaude, l’odeur apaisante.
Ce n’est pas du passéisme, mais l’occasion de former une longue chaine humaine avec tous ceux qui ont fréquenté ces lieux au cours des siècles, nous précédant dans la foi et marchant à la suite du Christ.
Les églises modernes invitent plus au désespoir qu’à l’élévation, elles sont tout juste une hymne à l’être suprême dans tout l’anonymat que ce terme sous entend.
» L’édifice surprend surtout par sa coupole en bois, formée de deux coques qui se rencontrent comme des mains jointes tournées vers le ciel, »…
Avez-vous remarqué que nos prêtres ne savent plus joindre les mains ? Cette attitude de prière semble bannie, comme si leurs paumes en se rencontrant allait les brûler. Ils préfère les bras ballants, les doigts croisés sur la bedaine ou plus bas…Et quand, par hasard, ils retrouvent ce geste, c’est pour bloquer leurs doigts sous leur nez…
Observation méchante peut-être et qui ne s’applique pas à nos jeunes prêtres qui ont là de bien mauvais exemples.
Hélas. Trois fois hélas, ce bâtiment ne ressemble en rien à une cathédrale. Il n’a aucune majesté. Il n’incite pas non plus le croyant au questionnement. Il ne faut pas « choquer », ne pas heurter la religion des égorgeurs. Plutôt afficher sa foi en Marianne qu’en Jésus-Christ, alors que les confréries de bâtisseurs mettaient la leur et leur savoir faire au service de la gloire de Dieu. Le plus dramatique, c’est que nos prêtres, prélats, cardinaux, se laissent eux aussi submerger par la contre-initiation, la bien-pensance et la boboïtude…
Quelle horreur. Et moi qui pensais qu’on ne pouvait pas faire pire que Sainte-Jeanne-d’Arc de Rouen.
Je ne connaissais pas cette église non plus. Elle est géniale ! Elle est rock’n’roll, elle est lumineuse, elle est colorée. Mais les gars vous vomissez à chaque fois que vous voyez un peu de joie poindre. Incapables d’être épris. Ne me parlez pas d’art, c’est vous les puritains.
Le déséquilibre de l’édifice me frappe. Ce qui me frappe encore plus, c’est l’absence de tabernacle. Adieu, l’eucharistie ! place à l’homme multi-culturel.
Dire que ce truc a coûté un peu moins de 10 000 000 € alors qu’une cathédrale centrée sur le Saint Sacrement existait déjà !
Apoc 17,14. Ils combattront contre l’Agneau, et l’Agneau les vaincra, parce qu’Il est le Seigneur des seigneurs, et le Roi des rois; et ceux qui sont avec Lui sont les appelés, les élus et les fidèles.
Apoc 19,16. Et sur Son vêtement et sur Sa cuisse Il porte ce nom écrit: Roi des rois et Seigneur des seigneurs.
Traduction Fillion du site magnificat.ca qui semble ne plus être visible sur Internet.
« C’est l’absence de tabernacle » : oui cela m’étonne aussi très très fort. Cette situation est très redoutable pour le futur. C’est le protestantisme visible made in catholique, je pense ?
Cher Onclin, je suppose qu’il y a un tabernacle… mais relégué dans un coin. C’est probable. Le Seigneur des seigneurs qui daigne visiter son peuple relégué dans un coin, comme une relique de la foi des anciens temps ! Quel attentat contre la liberté religieuse du peuple ! Quelle offense à la majesté divine !
Tout à fait d’accord avec vous cher monsieur, la foi protestante semble avoir gagné bon nombre de prêtres.
Je suis sensible à l’architecture moderne, j’aime la simplicité, les formes rondes, le bois et les vitres striées par le bois de ce bâtiment; mais j’ai du mal à y voir ce que l’artiste dit avoir voulu signifier. Je ne sais pas où est le clocher de 40 m de haut. Quant à l’intérieur, si la Vierge Marie est laide, s’il n’y a pas de tabernacle et d’autel, ce n’est pas une cathédrale, ni même une église ou une chapelle, c’est n’importe quel lieu de réunion profane. Triste époque.
Cette coque est un aquarium ou un futur musée océanographique. Qui a payé ?
Qui a payé?
Les journaux ont annoncé
– les chan tiers du Cardinal
– les fidèles
– 1 imam
Je ne suis pas sûr d’avoir visité le même édifice…
– Le tabernacle existe bien, mis en valeur comme nul part ailleurs en prolongement de l’autel (qui existe aussi) et du baptistère. Union des sacrements du baptême et de l’Eucharistie. Le Christ est au centre marqué par la croix qui domine l’autel…
– Le dépouillement réel met en valeur les reflets du vitrail sur le bois ou sur la cathèdre en fonction des heures du jour. Ainsi est reconnu la place de la cathèdre (donc de l’évêque) et les reflets évoquent parfaitement les cathédrales des siècles passés.
– Si l’extérieur n’est pas forcément d’une grande beauté, l’intérieur élève vers le ciel.
A mon avis, vous avez visité cette cathédrale pendant les travaux et vous avez pondu un article définitif rempli d’a-priori.
Cher Lucien Zéléa,
Si vous me permettez un avis d’architecte ne connaissant ce projet que sur les photos internet. Je le trouve plutôt élégant et bien réalisé. Le dynamisme de l’espace intérieur me semble intéressant, mais je ne peux juger que sur photos. La qualité de la réalisation me semble importante à noter. Elle est plutôt exceptionnelle pour un bâtiment français.
Quelques avis sur l’architecture si votre traditionalisme va jusqu’à porter du crédit à un homme du métier.
-Sur la sobriété : elle a été à l’honneur dans la tradition française notamment dans l’art cistercien comme cela a été rappelé dans un commentaire plus haut. Elle est effectivement un credo de l’architecture moderne, elle est notamment induite par le mode de production, car nous ne pouvons pas nous payer les services de sculpteurs. Quand au puritanisme, nous avons nos cathares, nos jansénistes et notre Colbert : nul besoin de recourir aux Scandinaves.
-Sur les dimensions : Je pense que le partit est très correct étant donné la massivité des tours alentour. Il eu été une erreur de vouloir rivaliser dans ce contexte. Un élément discret est précieux est bien mieux approprié. Par ailleurs il y a un programme et un budget, et un construction qui ne peut pas s’étaler dans le temps comme celle des cathédrales gothiques.
-Sur le gothique : Les références me semble patentes : -L’expressivité et l’élancement de la forme : on retrouve cette recherche de dynamisme qu’avait les constructeur de cathédrales. Je redis que ce n’est que sur photo, mais ça me semble plutôt pas mal est sans chichi. -L’arc brisé : caractéristique du style gothique, détesté par la renaissance. -La démultiplication des colonnettes. caractéristique encore du gothique : au final on voit un rappel très net des tympan gothiques, où les colonnette s’imbrique à l’infini.
Par ailleurs les progrès techniques permettent un déhanchement et une inclination de la forme pour le moins ludique. C’est pourquoi je goute mal que vous jugiez l’édifice froid. Je le trouve assez joyeux et agréable.
Quand à la référence au baroque, elle est mal venue de la part d’un français. La France qui a humilié Pierre Puget (trop pouilleux, trop marseillais) et expulsé ses jésuites. La France dont le Bernin moquait le puritanisme et la froideur de son Versaille. à moins que vous imaginiez que le baroque soit le rococo XVIIIe. Si vous alliez faire un tour un Italie, vous prendriez une claque.