Un prêtre bénédictin et spécialiste de la liturgie a qualifié de « gênants » les points soulevés par le cardinal Arthur Roche dans son récent document sur la liturgie distribué lors du consistoire extraordinaire convoqué par le pape Léon XIV.
Dom Alcuin Reid, moine bénédictin, prêtre et liturgiste, a analysé en détail le document de Roche défendant Traditionis Custodes et la suppression de la messe traditionnelle en latin, dans une étude récemment publiée par la journaliste Diane Montagna. Dans cette missive, qui devrait être examinée par le prochain consistoire fin juin, Roche affirmait qu’« il est impossible de revenir » à la messe traditionnelle en latin.
Reid a dénoncé l’invocation par Roche de la bulle de saint Pie V Quo Primum parce qu’il déclarait qu’« il ne devrait y avoir qu’un seul rite pour célébrer la messe » comme étant « gravement malhonnête sur le plan intellectuel ».
« Le concile de Trente a demandé aux évêques de corriger les abus, et non de remanier ou d’uniformiser leurs rites, et Quo Primum prévoyait explicitement que les rites ayant plus de 200 ans de pratique légitime étaient exemptés de l’intention unificatrice de ladite bulle ».
Le prêtre a mis en avant la déclaration de Roche selon laquelle « la réforme de la liturgie voulue par le concile Vatican II n’est pas seulement en pleine syntonie avec le vrai sens de la Tradition », qualifiant d’« académiquement embarrassante » son incapacité à distinguer entre la réforme que le Concile « voulait » et les rites liturgiques réels qui ont suivi le Concile.
Reid a répondu à la suggestion de Roche selon laquelle la liturgie doit être ouverte à un « progrès légitime », qu’il a utilisée pour défendre sa position selon laquelle la messe traditionnelle en latin doit céder la place au Novus Ordo.
« Parler constamment de la liturgie comme étant « dynamique », « évolutive » et « changeante », c’est risquer de la transformer en une forme de divertissement religieux pour des personnes qui, sans la formation nécessaire pour en découvrir les richesses, s’ennuieront et chercheront constamment quelque chose de nouveau, de plus dynamique et de différent si nous voulons retenir leur attention », a fait remarquer Reid.
Le théologien bénédictin avait établi une distinction entre le « développement organique » de la liturgie et « l’intervention positiviste disproportionnée », qu’il jugeait « inconnue dans l’histoire du rite occidental jusqu’au XXe siècle et ayant atteint son apogée après le concile Vatican II ». Dans le cas de la promulgation du Novus Ordo, une telle intervention n’a pas respecté « l’intégrité de la tradition liturgique héritée ».
Reid s’en est ensuite pris à l’affirmation de Roche selon laquelle la soi-disant « réforme liturgique » avait été faite « sur la base d’une enquête théologique, historique et pastorale précise », qualifiant cela d’« extrêmement embarrassant ».
Le moine bénédictin a rétorqué que « certaines des hypothèses formulées » par les réformateurs de la liturgie se sont révélées « fausses ». Il a cité en exemple l’utilisation de la « Prière eucharistique II », qui utiliserait prétendument la plus ancienne anaphore romaine, mais qui, selon Reid, est en réalité « une construction issue d’une érudition erronée du milieu du XXe siècle, théologiquement remaniée selon l’esprit du temps du milieu des années 1960 et imposée à l’Église ».
Reid a poursuivi en soulignant que les appels à une « enquête théologique, historique et pastorale précise » sur les rites « n’envisageaient certainement pas l’éviscération des enseignements centraux des Saintes Écritures ».
Force est de constater que la nouvelle liturgie « n’a pas réussi à insuffler à l’Église le renouveau qu’elle était censée promouvoir », a-t-il écrit, soulignant que la plupart des catholiques baptisés n’assistent même pas à la messe.
« Cela est dû à diverses causes », a-t-il déclaré, « mais la liturgie réformée ne s’est pas révélée être un remède efficace. Elle ne contribue pas à unir les fidèles à Dieu. » De fait, tout porte à croire que les changements survenus après Vatican II, dont les plus marquants et les plus tangibles furent les modifications apportées à la messe, ont été corrélés au déclin important de la pratique catholique. La fréquentation des messes et les vocations religieuses ont chuté de façon spectaculaire depuis Vatican II dans le monde entier.
L’objectif de Roche consiste non seulement à promouvoir la messe du Novus Ordo mais aussi à supprimer la messe latine traditionnelle, cela « ne vise pas le bien des âmes aujourd’hui ; il vise plutôt à protéger à tout prix les idéologies liturgiques chéries d’hier. »
« En définitive, il faut affirmer clairement que ce document d’information manque d’honnêteté intellectuelle et témoigne d’une ignorance déplorable de l’histoire liturgique ». « De même, il est dépourvu de la sollicitude pastorale et de la générosité que l’on pourrait attendre, et les remplace par une rigidité qui s’accroche à une vision très étroite de la vie et de l’histoire liturgiques de l’Église. »
« Que ce document porte le nom du Préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements est tout simplement scandaleux ». « S’il est l’œuvre du Préfet lui-même, il devrait, comme diraient les politiciens de son pays, “s’interroger sur sa position”. S’il est l’œuvre de son personnel, il devrait également s’interroger sur leur position, tout en assumant l’entière responsabilité de sa diffusion auprès des membres du Collège Sacré. »
« Ce document n’est assurément pas une enquête théologique, historique et pastorale approfondie visant à préserver une tradition saine tout en laissant la voie ouverte à un progrès légitime. Il n’est guère plus qu’un instrument de propagande superficielle et devrait être rejeté comme tel. Le Collège des cardinaux, et même l’Église – et plus particulièrement ses fidèles – méritent bien mieux. »
