Recevant les participants du chapitre général des Légionnaires du Christ, le pape Léon XIV a déclaré :
Je suis heureux de vous accueillir dans la phase finale de votre Chapitre général. Comme dans la vie de toute institution religieuse, c’est un temps de grâce, car il constitue un moment privilégié de discernement communautaire et d’écoute de l’Esprit Saint, qui continue de guider votre histoire et de soutenir la mission confiée à votre congrégation, en fidélité au charisme reçu comme don de Dieu pour l’Église tout entière.
C’est aussi pour vous l’occasion de vous reconnaître comme héritiers d’un charisme qui, par des chemins et des expressions historiques différents – parfois douloureux et non sans crises – a donné naissance à la Congrégation des Légionnaires du Christ, unie par les mêmes racines spirituelles et une même passion apostolique. Cette mémoire partagée ne se tourne pas seulement vers le passé, mais nous invite aussi à un renouvellement constant dans le présent, fidèles à l’Évangile.
Le charisme est un don de l’Esprit Saint. Chaque institut et chacun de ses membres sont appelés à l’incarner, personnellement et dans la communauté, dans un cheminement continu d’approfondissement de leur identité qui les situe et les définit au sein de l’Église et de la société. Ce cheminement constitue, à son tour, une contribution précieuse à l’Église tout entière et, plus particulièrement, à la famille spirituelle de Regnum Christi .
La diversité des formes, des styles et des accents dans la mise en œuvre du charisme reçu n’affaiblit pas l’unité, mais l’enrichit, à l’image du « polyèdre qui reflète la convergence de toutes ses parties, chacune conservant sa spécificité » (Exhortation apostolique Evangelii gaudium , n° 236). C’est pourquoi il ne faut pas craindre la pluralité, mais au contraire l’accueillir, la discerner et lui permettre de s’exprimer afin de répondre avec plus de transparence et de fidélité à l’appel de Dieu. De même que dans une famille chaque membre a son identité et sa mission propres, de même parmi vous, la pluralité des dons manifeste la fécondité de l’Esprit et fortifie la mission commune.
Comme on l’a rappelé, le charisme est un don de l’Esprit Saint ; c’est lui qui distribue ses dons (cf. 1 Co 12, 11), et il le fait pour le renouveau et l’édification de l’Église. Comme le dit saint Paul : « À chacun est donnée une manifestation particulière de l’Esprit pour le bien commun » ( 1 Co 12, 7). C’est pourquoi les charismes doivent être reçus avec gratitude et consolation (cf. Constitution dogmatique Lumen gentium , n° 2). Souvenez-vous donc que vous n’êtes pas maîtres des charismes, mais leurs gardiens et leurs serviteurs. Vous êtes appelés à donner votre vie pour que ce don continue de porter du fruit dans l’Église et dans le monde. C’est pourquoi ce chapitre vous invite à continuer de vous interroger sur la manière de vivre aujourd’hui, avec une fidélité créative, l’intuition charismatique qui a donné naissance à votre famille religieuse.
Un Chapitre général est aussi un temps d’évaluation des progrès accomplis et de discernement, avec l’aide de l’Esprit Saint, du chemin à parcourir. C’est pourquoi vous avez considéré l’exercice de la gouvernance et de l’autorité dans l’institut comme l’un des thèmes centraux. Dans la vie religieuse, l’autorité ne s’entend pas comme domination, mais comme service spirituel et fraternel envers ceux qui partagent la même vocation. Son exercice doit se manifester dans « l’art de l’accompagnement », qui nous enseigne à ôter nos sandales devant le lieu sacré de l’autre (cf. Ex 3, 5). Le rythme de cet accompagnement doit être constant et rassurant, reflétant notre proximité et notre regard compatissant qui guérit, libère et encourage la croissance dans la vie chrétienne (Exhortation apostolique Evangelii gaudium , n° 169). L’autorité dans la vie religieuse sert également à animer la vie communautaire, en la concentrant sur le Christ et en la guidant vers la plénitude de la vie en lui, en évitant toute forme de contrôle qui ne respecte pas la dignité et la liberté des personnes.
De même, l’une des missions fondamentales de la gouvernance religieuse est de promouvoir la fidélité au charisme. Il est donc nécessaire de renforcer un style de gouvernance caractérisé par l’écoute mutuelle, la coresponsabilité, la transparence, la proximité fraternelle et le discernement communautaire. Une bonne gouvernance, loin d’être centrée sur elle-même, favorise la subsidiarité et la participation responsable de tous les membres de la communauté.
La vie consacrée, appelée à être experte en communion, crée des espaces où l’Évangile se traduit en fraternité tangible. Ces derniers jours, vous avez sans doute vécu une authentique communion entre frères de cultures et d’origines diverses, de générations différentes, et entre ceux qui exercent la responsabilité de gouverner et ceux qui servent quotidiennement dans les communautés et les missions.
Votre mission consiste à offrir ce témoignage visible d’écoute mutuelle et de recherche commune de la volonté de Dieu, tant pour vos communautés que pour ceux que vous rencontrez sur votre chemin dans l’accomplissement de votre mission.
« L’unité missionnaire ne doit pas être comprise comme uniformité ». [1] Il ne s’agit pas d’éliminer les différences, mais d’avoir la capacité d’harmoniser la diversité au bénéfice de tous, d’accepter les divergences comme une richesse et de discerner ensemble les chemins que le Seigneur nous propose.
Ce processus exige l’humilité d’écouter, la liberté intérieure de s’exprimer sincèrement et l’ouverture d’esprit nécessaire pour accepter un discernement partagé. Il s’agit d’une exigence inhérente à toute vocation vécue en communauté.
L’Église ressent aujourd’hui un fort appel à la synodalité, c’est-à-dire à cheminer, écouter et discerner ensemble. Le Chapitre général est, par essence, un exercice synodal où chacun est appelé à offrir son expérience et sa sensibilité pour construire ensemble l’avenir de l’institution. […]
