Dans le débat qui oppose l’abbé Claude Barthe à l’abbé Spriet à propos du livre Les sept sacrements d’hier à aujourd’hui. Bref examen critiques des nouveaux rituels, le père Jean-Christophe de Nadaï, ancien enseignant à l’Institut catholique de Rennes et au séminaire interdiocésain Saint-Yves de Rennes, membre de la Commission Léonine depuis 2013, livre sa réflexion dans une lettre très intéressante :
« J’ai suivi avec intérêt la dispute qui s’est émue entre MM. les abbés Claude Barthe et Laurent Spriet suite à la publication par le premier de son ouvrage : Les sept sacrements d’hier à aujourd’hui.
Cette dispute a donné lieu à ce que M. l’abbé Barthe caractérise de « tradilibéralisme » concernant la position de M. l’abbé Spriet. Celui-ci célèbre ordinairement le rite traditionnel, tout en reconnaissant le prix du rite réformé. Or, M. l’abbé Barthe voit dans le rite réformé l’expression de vues « libérales » dont le Concile Vatican II aurait signé le triomphe. La liturgie réformée est « libérale » à ses yeux en ce qu’elle omet désormais de proclamer des vérités propres à effaroucher l’optimisme anthropologique dont la conscience moderne serait prévenue. « Libérale », elle le serait encore dans son ars celebrandi par des rubriques laissant place à l’expression des vues personnelles du célébrant.
Cependant, à examiner les propos de M. l’abbé Spriet, son libéralisme nous semble tout matériel. Il prise le rite réformé, non parce qu’il serait libéral – il n’entreprend même pas de discuter ce point – mais parce qu’il est catholique, scellé qu’il est de l’autorité romaine : la même autorité qui permet encore, à titre exceptionnel, que soit célébrée l’ancienne liturgie, et qui a conféré à M. l’abbé Spriet mandat pour cela, mandat qu’il peut dire par conséquent remplir au nom de l’obéissance.
Ma situation personnelle, comme prêtre, a quelque chose de conforme à celle de M. l’abbé Spriet. Je pense demeurer dans cette obéissance qu’il invoque, la différence étant que, religieux dominicain, je pratique ordinairement la liturgie réformée, ne participant que certains dimanches à l’œuvre d’une paroisse de Paris proposant l’une et l’autre liturgie. Il m’arrive aussi occasionnellement, dans d’autres paroisses, d’administrer l’ancien baptême et d’assister au mariage dans l’ancienne forme, avec l’accord du curé. Enfin, je ne refuse pas, quand on me le demande directement, d’administrer l’ancienne extrême onction dans l’urgence.
Je crois rendre ainsi ce que je dois à l’obéissance à l’Église. J’estime cependant que le devoir d’obéissance ne comporte pas l’aveuglement volontaire. Or, à mon sentiment, il faudrait être aveugle pour ne pas voir la différence d’accent doctrinal qui s’observe entre les textes des anciens livres et ceux des livres réformés ; et, s’agissant de l’ars celebrandi, pour ne pas distinguer de même un changement assez considérable du rapport de la foi chrétienne aux actes extérieurs de la religion qu’elle impère. Aussi ai-je trouvé précieux le livre de M. l’abbé Barthe, en ce qu’il permet de prendre la mesure de ces changements ainsi que de leur portée, comme condition pour examiner la pertinence des raisons qui ont pu y présider.
Prêtre, je suis personnellement reconnaissant aux confrères qui ont opté pour l’ancienne liturgie de manière exclusive, par une conduite qui revêt à mes yeux une valeur prophétique, jusque dans l’embarras qu’elle provoque. Je trouve que c’est aujourd’hui une manière utile de relever la pertinence de questions passées sous silence comme par une sorte de conjuration. J’estime ainsi qu’on ne saurait invoquer l’autorité pour les taire, sauf à la dégrader en autoritarisme. »
Père Jean-Christophe de Nadaï, op.
