Dans le numéro 207 du bulletin Introibo, bulletin des fidèles attachés à la messe traditionnelle dans le diocèse de Lausanne-Genève-Fribourg, l’abbé Arnaud Evrat, FSSP, évoque la perspective de la Croix
En effet, le temps de la Septuagésime, avec lequel commence notre préparation éloignée au mystère pascal, place déjà à l’horizon la « bienheureuse Passion » que dominera la Croix rédemptrice. Cette expression pourrait à juste titre nous choquer. Comment, dans la Canon de la messe, juste après la consécration, l’Église peut-elle nous inviter à offrir à Dieu la Victime parfaite « en mémoire de la bienheureuse Passion du Christ » ? Comme l’explique le cardinal Journet, « la Passion est une chose horrible et la Passion est une chose bienheureuse. Les deux sont vraies. C’est d’elle que nous vient toute la douceur chrétienne qui s’est répandue sur le monde. Pendant ces semaines, où votre pensée reviendra à la Passion de Jésus et à sa crucifixion, regardez-les avec la foi : ce n’est pas la douleur, l’écrasement, la crucifixion d’un simple homme – qui ne serait qu’une chose terrible -, c’est la douleur, la Passion, la crucifixion du Verbe fait chair. Il y a dans la Croix, au cœur de la Croix, une lumière adorable. C’est pourquoi, on peut demander de la serrer sur son cœur. Si cela n’était que la croix d’un homme, non, on ne pourrait pas demander de la serrer sur son cœur ! On n’en trouverait pas la force, ni le désir. Il y a, à l’intérieur de la Passion de Jésus, il y a la lumière du Verbe. Et quand on s’approche d’elle, cette lumière traverse le rideau de souffrance, de douleur, d’angoisse et d’agonie, et vient pacifier nos cœurs. C’est cela qu’il faut que nous gardions : cette foi en la divinité du Sauveur Jésus. »
Contempler un crucifix peut nous aider à poser ce regard de foi. Celui de la Basilique a la particularité de représenter les mains de Jésus dans un geste de bénédiction, les deux derniers doigts étant repliés et les trois premiers étendus. Cela manifeste, certes discrètement, que c’est bien en mourant sur cette Croix que le Fils de Dieu fait homme nous a obtenu toute bénédiction et toute grâce. « C’est là que nous l’adorons, nous avertit Journet. En pressant la souffrance de Jésus, en pressant les ténèbres qui entourent sa venue contre notre cœur, à ce moment-là passera jusqu’au fond de nos cœurs un degré d’amour de plus. »
