Chers frères,
Je suis très heureux de vous accueillir. Merci de votre présence ! Que le Saint-Esprit, que nous avons invoqué, nous guide durant ces deux jours de réflexion et de dialogue.
Je considère comme très significatif que nous soyons réunis en consistoire le lendemain de la solennité de l’Épiphanie du Seigneur, et je voudrais introduire nos travaux en proposant une réflexion tirée précisément de ce mystère.
La liturgie faisait écho à l’appel toujours vibrant du prophète Isaïe : « Lève-toi, brille, car ta lumière est venue, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Car les ténèbres couvrent la terre, et l’obscurité profonde les peuples ; mais le Seigneur se lèvera sur toi, et sa gloire paraîtra sur toi. Les nations marcheront à ta lumière, et les rois à la clarté de ton aurore » (Is 60, 1-3).
Ces paroles rappellent le début de la Constitution sur l’Église du Concile Vatican II. Je vais lire le premier paragraphe dans son intégralité : « Le Christ est lumière des nations et, par conséquent, ce saint Synode, réuni dans l’Esprit Saint, désire ardemment apporter à toute l’humanité cette lumière du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église, en proclamant son Évangile à toute la création (cf. Mc 16, 15). Puisque l’Église, dans le Christ, est sacrement – signe et instrument, c’est-à-dire de communion avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain –, elle se propose ici, pour le bien des fidèles et du monde entier, de décrire plus clairement, et dans la tradition établie par les conciles antérieurs, sa propre nature et sa mission universelle. La situation actuelle confère une plus grande urgence à ce devoir de l’Église, afin que tous les hommes, aujourd’hui toujours plus unis par des liens sociaux, techniques et culturels, puissent parvenir à la pleine unité dans le Christ » (Lumen Gentium, 1).
Bien que séparés par des siècles, nous pouvons affirmer que l’Esprit Saint a inspiré la même vision au prophète et aux Pères conciliaires : celle de la lumière du Seigneur illuminant la ville sainte – d’abord Jérusalem, puis l’Église. La lumière qui guide tous les peuples leur permet de cheminer au milieu des ténèbres du monde. Ce qu’Isaïe annonçait de manière figurative, le Concile le reconnaît dans la réalité pleinement révélée du Christ, lumière des nations.
Nous pouvons comprendre les pontificats de saint Paul VI et de saint Jean-Paul II dans cette perspective conciliaire, qui considère le mystère de l’Église comme entièrement contenu dans le mystère du Christ, et comprend ainsi la mission d’évangélisation comme un rayonnement de l’énergie inépuisable libérée par l’événement central de l’histoire du salut.
Les papes Benoît XVI et François, à leur tour, ont résumé cette vision en un seul mot : « attraction ». Benoît XVI y faisait référence dans son homélie d’ouverture de la Conférence d’Aparecida en 2007 : « L’Église ne fait pas de prosélytisme. Elle grandit par “attraction” : de même que le Christ “attire tous à lui” par la puissance de son amour, culminant dans le sacrifice de la Croix, de même l’Église accomplit sa mission dans la mesure où, unie au Christ, elle réalise chacune de ses œuvres à l’image, spirituellement et concrètement, de l’amour de son Seigneur. » Le pape François partageait pleinement cette vision et l’a reprise à plusieurs reprises dans différents contextes.
Aujourd’hui, je reviens avec joie sur ce thème et le partage avec vous. Je nous invite à porter une attention particulière à ce que le pape Benoît XVI a désigné comme la « force » qui anime ce mouvement d’attraction. Cette force, c’est la Charité, l’Agapè, l’amour de Dieu incarné en Jésus-Christ et qui, par l’Esprit Saint, est donné à l’Église, sanctifiant tous ses actes. De plus, ce n’est pas l’Église qui attire, mais le Christ ; et si un chrétien ou une communauté ecclésiale attire, c’est parce que, par ce « canal », coule le flux de la Charité qui jaillit du Cœur du Sauveur. Par ailleurs, il est significatif que le pape François ait commencé par Evangelii Gaudium, « sur la proclamation de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui », et conclu par Dilexit Nos, « sur l’amour humain et divin du Cœur de Jésus-Christ ».
Saint Paul écrit : « L’amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14). Le verbe « nous presse » signifie que l’amour du Christ nous presse parce qu’il nous possède, nous enveloppe et nous captive. C’est cette force qui attire tous les hommes au Christ, comme il l’a lui-même prédit : « Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12, 32). Dans la mesure où nous nous aimons les uns les autres comme le Christ nous a aimés, nous lui appartenons, nous sommes sa communauté, et il peut continuer à attirer les autres à lui par notre intermédiaire. En effet, seul l’amour est crédible ; seul l’amour est digne de confiance. [1 Cf. HU Von Balthasar, Glaubhaft ist nur Liebe, Johannes Verlag, Einsiedeln 1963.]
L’unité attire, la division disperse. Il me semble que la physique le confirme également, tant au niveau microscopique que macroscopique. Par conséquent, pour être une Église véritablement missionnaire, capable de témoigner de la puissance d’attraction de l’amour du Christ, nous devons avant tout mettre en pratique son commandement, le seul qu’il nous ait donné après avoir lavé les pieds de ses disciples : « Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » Il ajoute ensuite : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13, 34-35). Saint Augustin observe : « C’est pour cela qu’il nous a aimés, afin que nous aussi nous nous aimions les uns les autres. En nous aimant, il nous a donné l’aide dont nous avions besoin pour nous unir dans l’amour mutuel, et, unis par un lien si beau, nous sommes le corps d’une Tête si puissante » (Homélie 65 sur l’Évangile de Jean, 2).
Chers Frères, je voudrais commencer par ces paroles du Seigneur, pour notre premier consistoire et plus particulièrement pour le cheminement collégial que, par la grâce de Dieu, nous sommes appelés à entreprendre. Nous formons un groupe très diversifié, enrichi par une grande variété d’origines, de cultures, de traditions ecclésiales et sociales, de parcours de formation et d’études, d’expériences pastorales, sans oublier nos caractéristiques et traits de caractère. Nous sommes d’abord appelés à apprendre à nous connaître et à dialoguer, afin de pouvoir œuvrer ensemble au service de l’Église. J’espère que nous pourrons grandir dans la communion et ainsi offrir un modèle de collégialité.
Aujourd’hui, d’une certaine manière, nous poursuivons cette rencontre mémorable, que j’ai eu le plaisir de partager avec nombre d’entre vous immédiatement après le conclave, dans « un moment de communion et de fraternité, de réflexion et de partage, destiné à soutenir et à conseiller le Pape dans l’exigeante responsabilité de gouverner l’Église universelle » (Lettre convoquant le Consistoire extraordinaire, 12 décembre 2025).
Dans les prochains jours, nous aurons l’occasion d’une réflexion commune sur quatre thèmes :
- Evangelii Gaudium, c’est-à-dire la mission de l’Église dans le monde d’aujourd’hui ;
- Praedicate Evangelium, à savoir le service du Saint-Siège, en particulier auprès des Églises particulières ;
- le synode et la synodalité comme instrument et mode de coopération ;
- et la liturgie, source et sommet de la vie chrétienne.
Par manque de temps, et afin de favoriser une analyse approfondie, seuls deux de ces thèmes seront abordés en détail.
Bien que chacun des vingt et un groupes contribue au choix que nous ferons, les groupes qui feront rapport seront les neuf provenant des Églises locales, car il est naturellement plus facile pour moi de demander conseil à ceux qui travaillent à la Curie et vivent à Rome.
Je suis ici pour écouter. Comme nous l’avons constaté lors des deux Assemblées du Synode des évêques de 2023 et 2024, la dynamique synodale implique une écoute d’excellence. Chaque instant de ce genre est une occasion d’approfondir notre attachement commun à la synodalité. « Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir, malgré ses contradictions, exige que l’Église renforce sa coopération dans tous les domaines de sa mission. C’est précisément ce chemin de synodalité que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire » (François, Discours prononcé à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’institution du Synode des évêques, 17 octobre 2015).
Cette journée et demie passée ensemble nous permettra de tracer la voie à suivre. Nous ne devons pas nous contenter d’un texte, mais poursuivre un dialogue qui me permettra de mieux servir la mission de toute l’Église.
Demain, nous aborderons les deux thèmes choisis, en nous appuyant sur la question suivante :
Au regard des orientations des une ou deux prochaines années, quelles considérations et priorités pourraient guider l’action du Saint-Père et de la Curie sur chaque thème ?
Voici comment nous procéderons :
- en étant attentifs au cœur, à l’esprit et à l’âme de chacun ;
- en nous écoutant les uns les autres ;
- en exprimant l’essentiel de manière concise, afin que tous puissent s’exprimer.
Les anciens Romains, dans leur sagesse, disaient : « Non multa sed multum ! » À l’avenir, cette manière de nous écouter les uns les autres, de rechercher la guidance du Saint-Esprit et de cheminer ensemble, continuera d’être d’un grand secours pour le ministère pétrinien qui m’a été confié. Même la manière dont nous apprenons à travailler ensemble, dans un esprit de fraternité et d’amitié sincère, peut donner naissance à quelque chose de nouveau, qui éclaire à la fois le présent et l’avenir.
Que le Saint-Esprit nous guide toujours, et que la Vierge Marie, Mère de l’Église, nous assiste.
