Suite à cet article, un lecteur nous fait part de ses réflexions :
A. Si les catholiques ne réagissent pas davantage contre le dialogue islamo-chrétien ou, en tout cas, contre la conception dominante, consensualisatrice et non évangélisatrice, des réflexions sur l’islam et des relations avec les musulmans, c’est parce qu’ils subissent, encore plus depuis le début du pontificat de Jean-Paul II que depuis le début du Concile Vatican II, un véritable lavage de cerveau islamo-chrétien, un véritable lessivage de leurs conceptions sur l’islam et de leur convictions chrétiennes, c’est-à-dire un lessivage sentimental, culturellement et sociétalement correct, ou médiatiquement et mondialistement correct, manipulatoire, car neutralisateur de leur aptitude et de leur aspiration à avoir une réflexion orthodoxe sur la religion chrétienne et une réflexion réaliste sur les origines, les composantes et les conséquences du déploiement de l’islam.
B. En effet, au moins depuis la fin des années 1970, les fidèles catholiques sont fréquemment confrontés à une stratégie globale, dite « dialogale » ou « pastorale », qui est mise en oeuvre par un grand nombre de docteurs et de pasteurs catholiques, plus ou moins spécialisés, et qui est placée sous le quadruple signe
- du détournement ou de la transformation de la religion chrétienne en une religion du dialogue, en vue du consensus et du suivisme interreligieux, alors que cette religion du dialogue, en vue du consensus et du suivisme interreligieux, est d’inspiration agnostique et humaniste, et non chrétienne,
- de la dissimulation, par escamotage ou oblitération, des appréciations, des explications, des informations, des observations qui permettent de savoir et de comprendre ce que sont vraiment les religions non chrétiennes, dont l’islam, notamment sous l’angle du surnaturel et sur le plan théologal,
- de la légitimation ou de la valorisation presque inconditionnelle des religions et des traditions non chrétiennes en général, et de l’islam en particulier,
- de la minimisation ou de la neutralisation très hétérodoxe de la différence de nature entre la religion chrétienne et les religions non chrétiennes.
C. Comment ce lavage de cerveau fonctionne-t-il ? Ce lavage de cerveau fonctionne notamment par le recours extrêmement fréquent à des associations d’idées, en réalité, presque toujours les mêmes, qui sont très souvent employées, en direction des fidèles catholiques, notamment pour qu’ils considèrent que la bienveillance sans vigilance, face à la conception dominante du dialogue islamo-chrétien, est d’inspiration « évangélique », et pour qu’ils considèrent que la vigilance et la résistance, face à cette conception dominante, est illégitime, intransigeante, voire « intégriste », ou à la fois dépassée par « l’évolution des mentalités » et « dépourvue de charité » envers les croyants non chrétiens, donc, notamment, envers les musulmans.
D. Le mieux est de prendre un exemple concret d’expression toute faite, qui est très souvent employée en direction des fidèles catholiques, pour leur donner à croire que les trois religions monothéistes ont la même inspiration, les mêmes fondements, la même orientation, et sont de même nature ; on pense ici à cette expression : « les trois religions du Livre ».
E. Les catholiques qui essaient de réfléchir, d’une manière un tant soit peu orthodoxe et réaliste, et aussi d’une manière un tant soit peu indépendante, face au culturellement et au sociétalement correct, ou face au médiatiquement et au mondialistement correct, mais aussi, il faut bien le dire, face au quasi panchristisme postmoderne auquel ils ont fréquemment droit, au sein de l’Eglise, infiniment plus depuis 1979 que depuis 1963, ont-ils bien conscience de ce qui suit ?
F. Cette expression : « les trois religions du Livre » ne veut absolument rien dire de concret, d’exact, de précis, de prudent, mais laisse entendre
- que cette expression ne peut pas être hétérodoxe, et ne doit pas être considérée comme hétérodoxe, puisqu’elle est « bien intentionnée » ad extra,
- que les trois religions monothéistes doivent être considérées comme ayant à peu près le même fondement livresque (mais, au fait, lequel ?), comme étant plus ou moins également inspirées par Dieu, et comme étant plus ou moins également orientées vers Dieu, par les fidèles catholiques,
- que toute critique chrétienne, explicitement et spécifiquement catholique, des deux autres religions monothéistes, est infondée dans son principe même, un croyant monothéiste non chrétien ne devant plus être à incité à la conversion vers Jésus et à l’abandon d’une erreur, mais devant désormais être aimé comme un quasi coreligionnaire et devant désormais bénéficier du respect total de sa religion par les fidèles catholiques.
G. Non seulement aucun livre, qui serait concrètement et exactement le même livre, de la première à la dernière page, n’est commun aux chrétiens, aux juifs, aux musulmans, et il est plus malhonnête que réaliste de laisser entendre qu’il est possible de poser un signe d’égalité entre la Torah, la Bible, et le Coran, mais, en outre, aucune des trois religions monothéistes, considérée pour ce qu’elle est, compte tenu de ses propres fondements et de ses propres éléments, n’est réductible à une religion qui serait une religion qui prendrait appui sur UN livre : en réalité, les juifs ne prennent pas appui que sur la Torah, les chrétiens ne prennent pas appui que sur la Bible, et les musulmans ne prennent pas appui que sur le Coran, loin de là.
H. Que les uns et les autres lisent ou relisent donc les dernières pages du livre « Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans », du Père François Jourdan, ce livre étant également disponible, avec un autre livre du même auteur, sous ce titre : « Islam et christianisme, comprendre les différences de fond » : ils y trouveront ou y retrouveront la liste de presque tous les « éléments de langage » qui sont utilisés, au moins depuis quarante ans, par bien des théologiens et par des évêques, pour que le lavage de cerveau islamo-chrétien des fidèles catholiques soit presque complet et quasi définitif…
Et que ceux qui s’imaginent que la conception dominante du dialogue islamo-chrétien est vraiment d’inspiration chrétienne et que la critique catholique de cette conception dominante n’est pas du tout d’inspiration chrétienne relisent donc le Nouveau Testament, notamment Saint Jean et Saint Paul…